Entre Commerzbank et sa rivale Deutsche Bank, l’écart se creuse

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Après un trimestre positif, l’une est sanctionnée, au-delà de son augmentation de capital, l’autre défend ses choix en assemblée générale.

Plus de deux ans après le rachat de Dresdner par Commerzbank, la volonté de Berlin d’établir un deuxième champion de la finance allemande n’a pas donné le résultat escompté. Tel est en tout cas l’avis d’un nombre croissant d’observateurs qui estiment que l’écart entre le numéro un, Deutsche Bank, et ce nouveau numéro deux s’avère plus important que jamais. Selon Konrad Becker, analyste chez Merck Finck, l’objectif poursuivi par le gouvernement d’Angela Merkel d’atténuer la position dominante de Deutsche Bank en donnant son feu vert, en pleine crise financière, à l’absorption de Dresdner Bank se serait même soldé par un échec. Il en veut pour preuve le développement diamétralement opposé du total de bilan des deux établissements. Alors que celui de Commerzbank ne cesse de diminuer, revenant à la fin du premier trimestre à 697 milliards, le bilan de Deutsche Bank grandit de trimestre en trimestre, atteignant fin mars 1.842 milliards d’euros, soit deux fois et demie sa concurrente nationale.

Préparer l’avenir

Commerzbank pèche par la faiblesse de sa banque de détail, pourtant l’un de ses cœurs de métiers. En dépit de ses 11 millions de clients, dont la moitié provient de Dresdner Bank, le groupe n’y a dégagé un résultat opérationnel que de 116 millions d’euros au premier trimestre, dont 25 millions issus de sa banque directe, Comdirect. Chez Deutsche Bank, en revanche, les résultats du réseau ont été multipliés par cinq au premier trimestre à 978 millions.

Parmi les autres « chantiers » de Commerzbank, les analystes évoquent aussi la vente d’Eurohypo, demandée par Bruxelles d’ici à la fin de 2014. Un objectif ambitieux car cette filiale immobilière demeure lourdement déficitaire. En 2010, ses pertes se sont élevées à 785 millions d’euros. Etant donné la faiblesse de son portefeuille, elle a aussi dû constituer des provisions pour risques de 1,4 milliard d’euros. Enfin, les analystes ne manquent pas de souligner les 3 milliards d’actifs de Commerzbank détenus dans la dette grecque. En cas de restructuration de celle-ci, le groupe serait davantage affecté que Deutsche Bank dont les avoirs en obligations grecques sont estimés à 1,6 milliard d’euros.

La fragilité de la deuxième banque allemande et les doutes subsistant quant à sa capacité de sortir définitivement de la crise s’expriment dans la chute de son cours en Bourse. « Une catastrophe », estiment les associations de petits porteurs qui soulignent que l’action a perdu plus de la moitié sa valeur en l’espace d’un an. Une baisse qui ne s’explique pas seulement par la décote appliquée pour son augmentation de capital (5,3 milliards d’euros pour rembourser les aides publiques reçues pendant la crise). « Le cours de Commerzbank est aussi fragilisé par la présence à hauteur de 25 % de l’Etat allemand dans son capital », explique Thomas Stögner, analyste chez Macquarie. Car Berlin a l’intention de se défaire d’une partie de son paquet avant la fin de cette année.

Il en va tout autrement chez Deutsche Bank, malgré certains risques judiciaires en Allemagne et aux Etats-Unis. L’établissement que les analystes américains aimaient appeler « one trick pony » (« celle qui n’a qu’une flèche à son arc », parce qu’elle ne brillait que par sa banque de financement et d’investissement, BFI) est enfin en bonne voie pour réduire sa dépendance aux marchés financiers. Cette année, Deutsche Bank vise un résultat opérationnel de 10 milliards d’euros dont 36 %, soit 3,6 milliards, doivent venir des activités dites stables, contre 28 % l’an dernier. Et la banque ne s’arrêtera pas là.

Son patron, Josef Ackermann, a annoncé que les activités stables pourraient dégager autant, voire plus de résultats que la BFI d’ici deux à trois ans. La banque projette alors un résultat brut de 11 à 12 milliards d’euros, et ce même dans le cas où la BFI n’en dégagerait que 5 milliards, a affirmé le directeur général. Un objectif tout à fait réalisable, estiment les analystes. L’espoir de Deutsche Bank repose sur les effets de synergies provenant de l’intégration de Postbank. Détenue actuellement à hauteur de 52 %, elle passera presque entièrement sous la coupe de Deutsche Bank l’an prochain lorsque celle-ci reprendra 39,5 % d’actions supplémentaires. A moins qu’il ne laisse sa place avant le terme prévu de mai 2013, Josef Ackermann aura dès lors la main libre pour façonner Postbank à sa guise. Parallèlement, Deutsche Bank n’exclut pas des acquisitions supplémentaires dans la gestion de fortune où la banque n’a pas encore la taille critique. Des objectifs dont son homologue de Commerzbank, Martin Blessing, ne peut que rêver. 

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