Rencontre avec... Bernardo Sanchez Incera, directeur général délégué en charge du pôle banque de détail à l'international et des services financiers de Société Générale

En Russie, Société Générale se veut « la seule alternative solide aux banques publiques »

le 01/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Sylvie Guyony

A quelle étape en est la fusion de vos entités russes ?

La fusion juridique de nos deux réseaux, Rosbank et BSGV, a été réalisée sous l’enseigne Rosbank en juillet 2011. Nos deux autres entités spécialisées, Rusfinance et DeltaCredit, sont désormais filiales à 100 % de Rosbank et jouent le rôle de pôles de compétences dans leurs domaines pour l’ensemble du réseau : DeltaCredit, pour le crédit immobilier, et Rusfinance - qui était concurrent de Rosbank, notamment chez les concessionnaires automobiles - pour le crédit à la consommation, avec une action commerciale destinée à pousser les remboursements sur un compte Rosbank. La fusion des SI (systèmes d’information, NDLR) a été accélérée. Nous avons fait le choix le plus simple d’un point de vue opérationnel, dans un pays qui compte encore huit fuseaux horaires, d’adopter le SI de Rosbank, certes davantage orienté distribution de produits que services, mais répondant à l’exigence de la banque centrale russe d’un reportingquotidien par fuseau horaire. Nous avons lancé en parallèle un vaste plan de formation pour développer, au sein de Rosbank, une culture orientée services au client, en ligne avec notre modèle de banque universelle. Nous nous concentrons sur la structuration de nos activités. Par ailleurs, nous capitalisons sur notre savoir-faire de banque internationale en créant une coentreprise avec notre banque de financement et d’investissement, comme il en existe déjà une en République Tchèque. Nous devenons ainsi la seule alternative solide aux banques publiques.

Vous avez annoncé 2.000 suppressions de postes dont 300 réalisées : dans quels métiers ?

Après avoir traité la fusion de nos entités, nous travaillons maintenant sur l’adaptation de notre dispositif. L’ensemble russe réunit 24.000 salariés aujourd’hui, en incluant 4.000 personnes dans une société de sécurité et autant dans les transports de fonds : des filiales historiques de Rosbank qui travaillent pour nous. L’essentiel des suppressions d’emplois viendra de la rationalisation dans les fonctions administratives des directions régionales : elles sont aujourd’hui 42, pour 820 agences. Nous allons réduire leur nombre à une dizaine dans le courant de cette année jusqu’au début 2013. Ce qui supprime déjà 1.400 postes, avec des réductions de coûts immobiliers et de fonctionnement. Au-delà des SI, nous allons aussi nous attaquer aux lourdeurs des fonctions centrales et doublons inévitables lors d’une fusion de grande ampleur comme celle que nous venons d’effectuer. Par ailleurs, nous avons annoncé en septembre un plan de réduction des frais de 100 millions d’euros (sur 807 millions en 2011, NDLR) dans un environnement monétaire stable. La Russie reste un pays prioritaire pour le groupe. Nous nous voulons une banque domestique en Russie, qui développe notre approche de banque universelle. Notre management local est fort et structuré, autour de deux Russes, un Français (chez Rusfinance) et un Allemand (pour les activités de marché). Si nous restons prudents concernant l’évolution macroéconomique, nous estimons que notre principal atout réside dans la qualité de nos services. Nous croyons au potentiel de la Russie avec son potentiel économique et une faible bancarisation. Nous avons un vaste plan de formation pour le personnel en agence pour développer cette approche. Nous continuons à investir dans des projets informatiques liés au service et dans le réseau qui, une fois restructuré, pourrait dépasser les 1.000 points de vente bancaires.

Aurez-vous un jour le contrôle à 100 % de ces activités ?

Nous détenons aujourd’hui 82,4 % de Rosbank, la banque universelle, qui elle-même détient DeltaCredit Bank et Rusfinance. Le fait de monter à 100 % n’est pas une priorité pour le Groupe Société Générale, sachant que nous avons le contrôle des opérations. Nous apprécions et privilégions le fait d’être entourés d’un partenaire local au capital de notre banque russe.

Dans Ambition SG 2015, la Russie devait représenter 15 % du résultat des réseaux internationaux en 2012. Vous en êtes loin...

L’environnement n’est plus le même depuis cette présentation aux investisseurs. Le monde a changé depuis juin 2010 et nous devons faire face, comme toutes les banques, à une adaptation au nouvel environnement. Mais contrairement à certains de nos concurrents, nous avons fait le choix de rester en Russie, qui est toujours un pays majeur pour le Groupe Société Générale. Notre dynamique demeure valable et nous pouvons espérer atteindre cette part de résultat, sur la seule banque universelle en Russie, dans les prochaines années.

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