Rencontre avec... Augustin de Romanet, directeur général de la Caisse des dépôts

« En matière d’intervention publique, la frontière est ténue entre l’objet initial et son détournement »

le 16/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Un accord a été trouvé entre la Caisse des dépôts (CDC), l’Etat et Dexia pour le financement des collectivités locales. Quels buts la CDC poursuivait-elle ?

Nous avons travaillé avec l’Etat et La Banque Postale pour faire émerger un nouvel acteur tout en contribuant, dans la mesure du possible, à abaisser les besoins de liquidité du groupe Dexia. Pour la CDC, il fallait veiller à ce que sa prise de participation dans Dexia Municipal Agency (Dexma), véhicule de refinancement, ne la conduise pas à provisionner dans ses comptes un écart d’acquisition (goodwill) lors du premier exercice de consolidation. Cela supposait aussi de ne pas dépasser un plafond déjà élevé en termes de liquidités apportées : 12,5 milliards d’euros. S’agissant de la nouvelle offre de prêts aux collectivités territoriales, les travaux avancent pour que soit mise en place d’ici à la fin juin une structure détenue à 65 % par La Banque Postale et 35 % par la CDC. Cette structure devrait s’adresser principalement aux collectivités locales. Toutefois, son champ pourrait être élargi dans des conditions à définir, en particulier en direction de la clientèle des hôpitaux. S’il n’est pas encore déterminé, le capital alloué à cette structure pourrait être modéré puisqu’il s’agit d’une structure commerciale. En attendant que cette banque soit opérationnelle, l’Etat a annoncé vendredi dernier le déblocage d’une nouvelle enveloppe exceptionnelle pour couvrir des besoins de financement évalués pour 2012 à 17 milliards d’euros pour les collectivités locales et 5 milliards pour les hôpitaux. Car 4 des 5 milliards débloqués fin 2011 pour la période courant jusqu’au 30 mars prochain ont d’ores et déjà été engagés. Quant à l’agence de financement des collectivités locales, à propos de laquelle l’Etat devait prendre position ce 15 février, elle n’est pas infondée, mais ne serait pas opérationnelle avant la mi-2013. D’ici là, notre coentreprise avec La Banque Postale devrait être montée en puissance. Celle-ci devra pouvoir se refinancer sur les marchés obligataires à des conditions favorables, reflétant la qualité de son actionnariat.

De nombreux facteurs pèsent sur les résultats de la CDC, y compris sur la section des fonds d’épargne. Les comptes 2011 peuvent-ils être positifs ?

S’agissant des résultats du fonds d’épargne, l’important est que l’épargne des Français est préservée. S’agissant des résultats de la Caisse des dépôts elle-même, nous sommes sur le fil du rasoir même si la situation est bien plus favorable qu’en 2008. Deux types de provisions exceptionnelles affectent nos comptes 2011 : celle liée aux pertes de Dexia dont nous avons 13 %, et celle liée à la forte chute des cours de Bourse, soit environ un milliard d’euros chacune. Alors que l’activité du groupe Caisse des dépôts s’est à nouveau bien portée en 2011, avec 1,5 milliard de résultat récurrent environ et 500 millions d’euros de plus-values, nous clôturerons donc les comptes à plus ou moins zéro, selon le traitement comptable de certaines participations, notamment l’amortissement des goodwills dans Veolia-Transdev.

Y a-t-il un repreneur pour la part de capital aujourd’hui détenue par Veolia dans cette entreprise de transport ?

Veolia, qui gère le processus de cession de sa participation (Veolia Transdev est aujourd’hui détenu à 50 % par Veolia Environnement, à parité avec la CDC), a reçu des marques d’intérêt. Pour notre part, nous souhaitons un investisseur financier à nos côtés, mais surtout que la situation soit clarifiée avant que les collectivités locales ne lancent leurs appels d’offres au second semestre.

Vous devez aussi changer de partenaire dans Belambra…

Nous détenons 34 % du capital de cette société - ex-VVF - dont nous avons soutenu l’ambitieux programme de rénovation depuis 2006. Acto Capital, société de capital-investissement de Groupama, a décidé de se retirer et nous n’avons pas trouvé d’accord sur un prix de reprise. Sa participation majoritaire est donc mise en vente. Nous entendons pour notre part rester au capital de la société.

Où en sont les autres dossiers en cours avec Groupama ?

Il y a différents volets. Construire une société foncière commune qui détiendra le premier parc tertiaire et de bureaux en France par l’alliance de sa filiale Silic et d’Icade est une opération motivante pour la CDC. Comme pour Groupama qui souhaite rester à nos côtés. Nous devrions par ailleurs souscrire à des actions de préférence dans la société Gan Eurocourtage, filiale à 100 % de Groupama. L’investissement n’a pas encore été réalisé. S’il devait l’être, ce serait néanmoins pour une courte durée puisque Groupama a manifesté son intention de vendre cette société.

Vous arrivez au terme de votre mandat. Comment jugez-vous l’intervention de l’Etat pour le financement des entreprises ?

Ce n’est pas renier mes convictions libérales que d’admettre qu’il existe des défaillances de marché, notamment pour alimenter en fonds propres les PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire, NDLR). Cela justifie l’intervention des pouvoirs publics. Mais en matière d’intervention publique, il faut être attentif à la gouvernance, car la frontière est ténue entre l’objet initial et son détournement. Enfin, la proximité des centres de décision avec les territoires doit être une priorité.

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