Entretien avec... Thierry Grunspan, directeur, analyste crédit secteur bancaire chez Standard & Poor’s Paris

« Une distorsion de concurrence entre banques européennes et américaines »

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelle est la raison réglementaire de l’urgence à alléger les bilans bancaires ?

La prochaine échéance, dite « Bâle 2.5 », dont la transposition en droit européen est effective avec CRD3 (capital requirement directive), est fixée au 1er

janvier 2012. Elle aura un impact important sur les risques de marchés, évalué à 100 points de base (pb) de baisse du ratio Core Tier one par Société Générale ou 160 pb par Deutsche Bank, des établissements dont la banque de financement et d’investissement (BFI) est importante. Nous estimons que les exigences en capital réglementaires au titre des risques de marché devraient tripler dans ce genre de groupes. Cela explique certaines cessions d’actifs ou de portefeuilles actuelles. A cela s’ajoute la pression supplémentaire de Bâle III, qui sera mis en œuvre début 2013.

Banques américaines et européennes ont-elles les mêmes contraintes ?

Pas à court terme. Bâle 2.5 ne sera vraisemblablement pas appliqué aux Etats-Unis avant 2013. Du retard a été pris notamment parce que, à ce jour, dans la loi de réforme financière Dodd-Frank, toute référence directe à la notation par les agences est interdite. Les deux textes ne sont donc pas totalement compatibles. En outre, les régulateurs américains ont besoin de temps pour transposer ce texte dense. De ce fait, pendant tout 2012, cela va créer une distorsion de concurrence entre banques européennes et américaines. D’ailleurs, nombre de cessions actuelles de portefeuilles des BFI des unes sont réalisées au profit des autres qui n’auront pas demain la même charge en capital.

Les françaises ont-elles pris du retard en matière de solvabilité ?

De fait, elles sont moins bien dotées que d’autres sur ce plan. Elles ont moins réduit leurs risques et ont très peu levé de capital après la première phase de la crise de 2008, dont elles étaient en effet sorties plutôt en position de force. Elles doivent maintenant rattraper le mouvement en cédant des actifs. Elles le font en ce moment sur les activités de financement de projet pour lesquelles elles disposaient pourtant de belles parts de marché. Car s’ajoute ici la plus grande difficulté d’accès au financement en dollars.

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