Dexia se donne cinq mois pour achever son démantèlement

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

La banque franco-belge vendra certaines entités à perte et doit trouver un terrain d’entente avec ses partenaires en France et dans les services titres.

Ni alternative, ni différé. Annonçant 10 milliards d’euros de pertes à fin septembre et la fonte de ses fonds propres (voir le tableau), Dexia poursuit sa vente à la découpe. Première étape, la nationalisation de Dexia Banque Belgique (DBB) se solde par une perte de 4 milliards d’euros. Le groupe aurait préféré terminer son démantèlement par ce pilier, pendant du français Dexia Crédit Local (DCL) qui reste, lui, dans son giron. « J’espère que d’ici à la fin de l’année, on aura signé l’essentiel des cessions et que d’ici à la fin du premier trimestre 2012, on aura réalisé l’essentiel des opérations », a déclaré le 9 novembre Pierre Mariani, administrateur délégué de la banque franco-belge.

Victime d’une nouvelle crise de liquidité, trois ans après son sauvetage public, Dexia prépare d’autres cessions et n’exclut pas des pertes supplémentaires. Le cabinet d’analyse KBW anticipe une moins-value de 2 milliards d’euros sur la vente de Dexia Banque Internationale à Luxembourg (BIL, pour 1,32 milliard d’euros) et celle, partielle, de Dexia Municipal Agency (DMA, pour 680 millions). Ces impacts pourraient être compensés par une plus-value de 2,24 milliards d’euros sur DenizBank (photo). L’intérêt pour cette pépite turque « pourrait potentiellement conduire à des multiples de cours sur valeur comptable supérieurs à 2 », écrit Jean-Pierre Lambert, de KBW. « Nous avons choisi plusieurs candidats parmi les nombreuses banques et fonds intéressés, qu’ils soient déjà présents en Turquie ou non », indique Alexandre Joly, directeur de la stratégie de Dexia. Les sélectionnés, dont il ne dévoile pas l’identité, ont accès au dossier depuis la mi-novembre. Mashreq, une banque des Emirats Arabes Unis, mais aussi la Qatar National Bank s’étaient dit intéressés, et HSBC et Standard Chartered ont été cités par la presse.

Accords de distribution

Pour la BIL, « nous avons conclu un accord d’exclusivité avec un véhicule qatari, rappelle Alexandre Joly. Les ‘due diligence’ ont déjà commencé ». Selon une source proche de la banque, cet investisseur ne reprendrait la banque luxembourgeoise qu’après le transfert vers Dexia SA d’une partie de son portefeuille obligataire d’environ 10 milliards d’euros. Il fait partie de la Legacy Division du groupe qui comptait encore fin septembre 98 milliards d’euros d’actifs gérés en extinction.

Côté français, la cession de DMA, inclura un « portefeuille de 12 milliards d’euros », pour un total de bilan de 89,9 milliards. Après cela, « je ne pense pas qu’il y aura d’autres opérations importantes de réduction du bilan », affirme Pierre Mariani, peu disert sur ses discussions avec la Caisse des dépôts (CDC) et La Banque Postale (LBP) qui doivent prendre respectivement 65 % et 5 % de ce véhicule de refinancement. « C’est une opération compliquée mais nous avons un prix de vente, assure Philippe Rucheton, le directeur financier. Si DCL apporte certains services à DMA, il y aura une compensation. » DCL négocie des prestations de services pour l’agence de refinancement et pour la future coentreprise de financement des collectivités locales de la CDC et de LBP. L’ancien leader français de cette activité veut continuer à servir d’autres acteurs locaux (hôpitaux, financement de projets...). Une source proche estime à environ 1,5 milliard d’euros la future production annuelle de prêts de DCL, mais le périmètre de sa future clientèle et de ses services ne semble pas arrêté. Se pose aussi la question de la solidité de la filiale française, recapitalisée à hauteur de 4,2 milliards par sa maison mère pour combler un trou de 3 milliards. Quant aux garanties d’Etat pour le refinancement du groupe, elles se font attendre.

D’autres dossiers sont en suspens, telle la reprise par Royal Bank of Canada des 50 % de Dexia dans leur coentreprise RBC Dexia Investor Services. « Il n’y avait pas de formule [de prix] » entre les deux parties, selon Pierre Mariani, « mais si le prix n’est pas en ligne avec nos attentes, nous n’irons pas plus loin ». Quant à Dexia Asset Management, sa cession n’est pas une priorité. « Nous finalisons préalablement des contrats de distribution avec DBB et la BIL qui sont des clients captifs de la société de gestion », explique Alexandre Joly. Ses filiales de crédit local en Espagne et en Italie restent invendables en raison de la crise, mais Dexia veut se délester de sa petite entité polonaise Kommunalkredit, selon le Polish News Bulletin.

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