Dexia, le divorce franco-belge prêt à être consommé

le 15/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Les Etats ont trouvé un accord. Bruxelles doit se prononcer sur les dossiers ouverts par le démantèlement du groupe. Mais tous les risques ne sont pas levés.

Si c'est un avant-goût de l'union bancaire, il est un peu amer. Au matin du 8 novembre à Bruxelles, après une nuit blanche de négociations dans le Thalys, le train à grande vitesse Paris-Bruxelles, le président de Dexia SA a chargé la barque des banquiers centraux. Il les a accusés à mots couverts d'avoir aggravé, par leur intransigeance, les problèmes de financement de ce « membre chancelant » du secteur bancaire européen, selon ses termes, dont il a la charge. « Ceux qui prennent le plus de risques (sous-entendu les Etats, NDLR) demandent le moins, a expliqué Karel de Boeck, alors que les banques centrales épuisent la banque en demandes de collatéraux. » Depuis l'adoption du premier plan de résolution en mars 2012, « la banque centrale européenne (BCE) est de plus en plus sévère et ne veut plus nous porter dans l'Eurosystème. » Cette même BCE qui devrait reprendre la main sur la supervision dans le cadre de l'union bancaire.

Le nouveau plan de financement de Dexia SA augmente doublement l'engagement des Etats. D'abord, une partie des garanties publiques est convertie en capital. La France et la Belgique souscriront pour 5,5 milliards d'euros de titres (respectivement 53 % et 47 %). Elles détiendront « 93 à 94 % » du capital suite à cette opération qui doit être approuvée lors d'une assemblée générale extraordinaire le 21 décembre. Pour les actionnaires historiques, notamment les communes belges, la perte est conforme, estime Karel de Boeck, à la manière dont la Commission européenne entend organiser les résolutions bancaires... Parallèlement, le plafond des garanties d'Etat est ramené de 90 à 85 milliards d'euros et leur coût est abaissé de 90 à 5 points de base (pb), ce qui devrait représenter une source d'économies considérables pour la SA. Au cours des neuf premiers mois, ces commissions ont coûté plus de 700 millions (expliquant un tiers des 2,2 milliards de pertes).

Demantèlement phase 2

L'augmentation de l'engagement public est le prix à payer pour jeter les bases de la seconde grande étape du démantèlement du groupe. La première avait consisté à séparer les activités de détail belge désormais réunies au sein de Belfius. La prochaine sera la cession de Dexia Crédit Local (DCL) et de son véhicule de financement Dexia Municipal Agency (DMA) à des acteurs français, attendue au premier trimestre 2013. Une fois celle-ci franchie, Dexia SA deviendra essentiellement une « structure en 'run-off' », a souligné Karel de Boeck, ce qui le rend optimiste quant à l'approbation par la Commission européenne de l'abaissement du coût des garanties.

En même temps, la recapitalisation tire un trait sur les engagements belges vis-à-vis de DCL, la branche française du groupe. Elle a été calculée suite à la mise en évidence de capitaux propres négatifs qui, eux-mêmes, résultaient d'une « mise à zéro de DCL » plombé par le coût de son funding, a précisé Karel de Boeck. Elle pave donc la voie au transfert pour un euro symbolique de DCL et de DMA aux autorités françaises. « L'opération dite DMA... devrait donc être enfin mise en place, ce qui est une bonne nouvelle pour la Belgique », a lancé le ministre de l'Economie belge Steven Vanackere. Les garanties belges diminuent par ailleurs de 55,2 à 43,7 milliards, tandis que celles de la France croissent de 32,85 à 38,75 milliards. Si l'augmentation de capital va gonfler la dette publique des Etats (sa comptabilisation dans le déficit n'est pas certaine), les garanties sont sans impact visible sur les comptes publics.

A présent, les regards se tournent vers Paris où doit être finalisé le schéma d'organisation de la nouvelle structure de financement des collectivités locales. Résolution de Dexia, restructuration de Belfius et création des nouvelles entités françaises : la commission européenne assure vouloir valider ces plans rapidement, mais aussi de façon globale. Pour autant, il faudra encore gérer le portefeuille restant de Dexia SA que Karel de Boeck espère voir ramené autour de 250 milliards mi-2013 et descendre naturellement, sous l'effet des échéances, à « 50 ou 60 milliards » en 2025. Les deux principaux risques continuant à peser sur la holding résidant dans une résurgence de la crise souveraine et la remontée de son coût de financement. Comme l’a dit prudemment le ministre belge de l’Economie : « L'objectif quand on recapitalise est bien sûr de ne pas perdre cet argent. L'avenir dira » s'il est tenable.

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