Dexia et ses concurrents ne prêtent plus à tout prix au secteur public

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Malgré le repli du groupe franco-belge, les autres établissements restent prudents sur leur capacité à financer les collectivités locales.

Dexia n’a toujours pas sécurisé son refinancement. Lors de la présentation de ses résultats, le 23 février, la banque franco-belge a seulement confirmé un accord de principe et pour la seule année 2011 avec La Banque Postale. Selon Pierre Mariani, administrateur délégué du groupe, celle-ci devrait acheter sans conditions préférentielles « entre 3 et 3,5 milliards d’euros » d’obligations sécurisées de Dexia. « Avoir une sécurité de financement serait un bon point, mais la Poste n’est pas payée pour aider Dexia », concède Jean-Luc Dehaene, président du conseil d’administration du groupe.

L’enveloppe négociée devrait couvrir la production 2011 de Dexia Crédit Local (DCL), l’entité française du leader déchu du financement des collectivités locales. L’an dernier, celle-ci n’a octroyé que 3,7 milliards d’euros de prêts, comme en 2009, et le poids des partenariats public-privé a crû au détriment des crédits aux collectivités et autres acteurs du secteur public tels les hôpitaux... (voir le tableau). « Nous optimisons notre enveloppe de financement et avons, comme les autres entités du groupe, augmenté nos marges (+76 % en France et en Belgique l’an dernier, NDLR) », indique Alain Clot, nouveau directeur général de DCL et responsable de l’ensemble du public and wholesale banking.

La branche parisienne continue aussi à se diversifier pour que l’activité hors crédits représente 50 % de son chiffre d’affaires en 2014. « Nous voulons bâtir avec nos clients une relation globale et moins opportuniste, où les prêts ne sont qu’une composante », explique Alain Clot. DCL s’estime bien placé pour vendre d’autres services (chèques emploi service universels, location longue durée, etc.), et drainer les dépôts des entités qui gèrent leurs flux, contrairement aux collectivités soumises au monopole du Trésor.

L’impact de Bâle III

Sur le front du financement, les autres banques ne veulent pas substituer à DCL au-delà de leurs positions actuelles. « L’ensemble des acteurs est attentif au rendement des opérations de prêt car le coût de la liquidité a augmenté pour tout le monde », juge Alain Clot.

Numéro un du marché depuis deux ans, les Caisses d’Epargne n’ont officiellement pas renoué avec leur record de 9 milliards d’euros en 2007, mais plusieurs concurrents estiment qu’elle ont accordé l’an dernier au moins 10 milliards d’euros de nouveaux crédits. Alors qu’elles revendiquaient 36 % de parts de marché auprès des collectivités et des hôpitaux en 2009, les Caisses d’Epargne souhaiteraient désormais se maintenir autour de 30 %. « Il est encore difficile de mesurer les impacts des règles prudentielles de Bâle III sur notre activité », justifie une source interne.

Lui aussi inquiet face aux changements réglementaires (L’Agefi Quotidien Edition de 7 heures du 16 février), le Crédit Agricole ne dévoile pas sa production 2010, qui aurait atteint 5 milliards d’euros, selon une source interne. « Après la crise grecque, les Caisses d’Epargne et le Crédit Agricole ont attendu le mois de septembre pour augmenter progressivement leurs marges. Aujourd’hui, ils sont prudents, ce qui entraîne quelques tensions à la hausse des prix, analyse Anne-Gaël Moulin, chef de mission au cabinet de conseil FCL. Cela dit, la dispersion des offres reste forte avec, sur les deux derniers mois, un plancher à 60 points de base (pb) sur Euribor et un maximum de 130 pb chez Dexia et 140 pb chez Société Générale. »

Après avoir quasiment doublé sa production en 2009, Société Générale l’a divisée par 3,5 l’an dernier. « Notre activité a été conforme à notre objectif, contraint par les coûts de refinancement élevés et le maintien de l’équilibre entre les tirages et nos liquidités, assure Jean-Pierre Rosello, directeur du marché des collectivités territoriales et du logement social. Car nous voulons maintenir une présence durable sur le marché. »

Nouvel entrant, la Banque Commerciale pour le Marché de l’Entreprise (BCME) a devancé Société Générale en faisant mieux que le milliard d’euros prévu. « Nous avons dépassé notre objectif initial de 50 %, dévoile Gérard Bayol, président du directoire de BCME (Crédit Mutuel Arkéa). Nous voulons nous maintenir cette année à ce niveau qui reste raisonnable à l’échelle de notre banque », même si celle-ci disposera bientôt d’une société foncière pour son refinancement. Pour tous, la prudence est de mise à l’heure où la direction du Trésor consulte sur les conséquences de Bâle III sur les collectivités… et sur un projet d’agence pour leur accès direct au marché obligataire.

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