Dexia autorisée à survivre pour mieux s’éteindre

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Le plan de démantèlement a été validé par Bruxelles. Mais la route sera longue avant qu'il n'aboutisse.

Démontage d’une enseigne Dexia à Bruxelles en 2012. crédit : Michel GOUVERNEUR/REPORTERS-REA

Décision forcée. Afin d’éviter la chute de Dexia, lourde de conséquences pour le système financier, la Commission européenne n’a pas eu d’autre choix que de valider le plan de sauvetage de la banque franco-belge. Cet aval, obtenu le 28 décembre dernier, permet de lever les risques d’une résolution désordonnée de la « plus grande bad bank de l’Union européenne », selon le qualificatif employé par Joaquin Almunia, commissaire à la concurrence. Dexia, dont le conseil d’administration a été resserré, aborde ainsi une nouvelle année avec pour principaux objectifs la poursuite de son démantèlement et la gestion extinctive de son portefeuille.

Le plan, soumis à Bruxelles par la France, la Belgique et le Luxembourg en octobre 2011, passe en premier lieu par une injection de 5,5 milliards d’euros réalisée le 31 décembre, de la part des Etats belge et français. La participation de la France est ainsi portée à 50 % du capital (contre 5,7 % auparavant), celle de la Belgique passant de 5,7 % à 44,4 %. Le produit de cette opération est majoritairement alloué à Dexia Crédit Local (DCL), principale entité opérationnelle de Dexia. Pour éviter un retrait de la licence bancaire de sa filiale et renflouer son capital social à 1,3 milliard, Dexia a injecté 2 milliards dans DCL, s’ajoutant à un versement 2,1 milliards destiné à mettre fin à des engagements entre les deux entités. Ce renflouement, après celui de 2008 (5,4 milliards), en appellera-t-il un troisième ? Les avis divergent. « Il faut se rappeler que les fonds propres consolidés de Dexia SA étaient négatifs, relève Dominique Daridan, responsable de la recherche crédit chez Aurel ETC Pollak, estimant leur niveau à -4 milliards d’euros avant la dernière augmentation de capital. « Les deux gouvernements prennent (…) le risque de devoir renflouer à nouveau le groupe Dexia, et même à l’extrême limite d’être appelés éventuellement en comblement de passif », poursuit-il. Si ce risque se révèle « impossible » à quantifier, selon l’analyste, ce dernier souligne que le portefeuille de crédits des activités poursuivies s’établissait à fin septembre à 220 milliards, un montant « très élevé » au regard des fonds propres consolidés.

Vaste plan de cessions

Dexia estime toutefois disposer « d’une trésorerie suffisante pour faire face à ses futurs engagements », selon son communiqué. « Dans un scénario macroéconomique raisonnable, Dexia semble armée en capital et en liquidité pour mener à bien son plan de résolution ordonnée », renchérit Philippe Lamaud, analyste chez Fitch Ratings. Car, outre l’augmentation des fonds propres, le plan prévoit de nouvelles modalités pour garantir sa liquidité avec un coût réduit de 90 à 5 points de base. Prenant le relais d'une garantie temporaire de 55 milliards, un accord définitif a été octroyé pour couvrir les financements levés jusque fin 2021, à hauteur de 85 milliards d’euros, par la Belgique (pour 51,4 %), la France (45,6 %) et le Luxembourg (3 %), le tout intégrant les 53,9 milliards déjà utilisés fin 2012 dans le cadre précédent.

Ce nouveau schéma devrait « permettre à DCL de renouer avec une marge nette d’intérêt positive », estime Moody’s. Et, précise Philippe Lamaud, « permettra à Dexia de limiter le recours aux lignes de soutien d’urgence à la liquidité (ELA, Emergency Liquidity Assistance), qui se montaient à 14 milliards à fin juin et dont le coût se révèle élevé ». En 2012, « ce fut l’année maximale de tirage, avec 73 milliards, mais nous espérons réduire le tirage à 33 milliards d’ici à 2020 », a indiqué Karel de Boeck, administrateur délégué de Dexia lors de l’assemblée générale du 21 décembre.

Au-delà d’un vaste plan de cessions (voir le graphique) largement engagé, Dexia a annoncé la vente de franchises commerciales telles que Popular Banca Privada en Espagne et le courtier français Sofaxis, d’ici à fin 2013. A l’exception de Crediop en Italie, qui bénéficiera d’une enveloppe de production de 200 millions d’euros, et de DCL, qui pourra octroyer de nouveaux crédits dans une limite de 600 millions en 2013-2014 en vue de réduire le risque de son portefeuille, les autres entités seront gérées en extinction. Bruxelles a par ailleurs validé la restructuration de Dexia Banque Belgique, rebaptisée Belfius, et laisse la voie ouverte à la nationalisation envisagée vers la fin janvier de Dexia Municipal Agency, entité portant les encours des collectivités locales françaises et dont l’Etat détiendra 75 %.

« La disparition de Dexia sera graduelle (…) : même en 2020, le bilan de la banque devrait s’élever à quelque 150 milliards d’euros, contre 384 milliards d’euros à fin septembre 2012 », rappelle le bureau CreditSights. Le bilan, qui a été réduit de 41 % depuis fin 2011, « connaîtra une diminution marquée entre 2020 et 2025 », relève Dexia. La route reste donc longue pour Dexia, qui ne prévoit pas de retour à l’équilibre avant 2018. 

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