Une deuxième vague de fusions attend les « cajas » en Espagne

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Les analystes anticipent de nouvelles restructurations et recapitalisations des caisses d’épargne pour la fin 2012.

L’Espagne vient d’achever le 30 septembre dernier le processus de recapitalisation de ses caisses d’épargne (cajas). La facture publique s’élève à 7,5 milliards d’euros puisque quatre caisses ont été renflouées afin de leur permettre d’atteindre les nouveaux seuils de solvabilité exigés par le décret adopté en février 2011. La nouvelle législation oblige désormais les cajas à disposer d’au moins 10 % de fonds propres et 8 % si des investisseurs privés possèdent au moins 20 % de leur capital.

Pour le gouverneur de la Banque d’Espagne Miguel Fernandez Ordoñez, le bilan est positif. Il s’est félicité que l’Espagne ait réussi à mener à bien une telle recapitalisation à l’un des pires moments pour le secteur financier. A y regarder de plus près, le constat mérite d’être nuancé : la caisse d’épargne Unnim a été nationalisée à 100 % et l’Etat espagnol s’est emparé de 93 % du capital de NovaCaixaGalicia et de 90 % de CaixaCatalunya. « La prise de contrôle d’Unnim revient à estimer à une valeur nulle, ou à un euro symbolique, sa valeur comptable », commente Joaquim Maudos, professeur d’économie à l’Université de Valence et chercheur à l’IVIE, un institut de recherche en économie. Miguel Ordonez a même qualifié la Caja del Mediterráneo, CAM, comme étant « le pire du pire ».

Facture sociale

Manuel Romera, directeur du secteur financier à l’IE Business School, considère que la facture publique sera plus élevée que les « 15 milliards d’euros calculés a priori ». Joaquim Maudos rappelle pour sa part que lors de la première phase de la restructuration, le Fonds de restructuration du système financier (Frob) avait mis à disposition des institutions financières une enveloppe de 10 milliards d’euros destinée à financer la cure d’amaigrissement du secteur. Ils s’ajoutent aux 7,5 milliards d’euros de fonds publics dépensés pour la recapitalisation.

Décidé suite à l’échec des tests de résistance de 19 caisses d’épargne espagnoles en 2010, ce processus de concentration s’est soldé par « sept fusions, cinq accords d’association, deux acquisitions. Jusqu’à ce jour, quatorze banques ont ainsi été créées, dont trois sont déjà cotées en Bourse », souligne lsidro Fainé, le président de la Confédération Espagnole des Caisses d’Epargne (Ceca). La facture sociale est, elle aussi, importante. Le secteur des cajas est passé de 45 à 15 caisses, soit, selon la Banque d’Espagne, une « réduction de 17,2 % des agences sur le territoire et de 16,9 % du personnel dans les établissements fusionnés ».

Les efforts réalisés ne semblent pourtant pas suffisants. Manuel Romera s’attend à « un deuxième tour de fusions et de restructuration dès l’année prochaine », au lendemain des élections du 20 novembre. Et certains analystes parlent même d’une éventuelle deuxième vague de recapitalisation. Alfonso Garcia Mora, économiste du groupe des Analystes financiers internationaux (AFI), se demande si « le processus de recapitalisation finalisé le 30 septembre sera suffisant » Selon lui, « tout va dépendre de ce qui va se décider au niveau européen car il semblerait que depuis la dernière réunion avec le Fonds monétaire international, on soit en train de travailler sur un processus de recapitalisation en Europe, qui pourrait concerner aussi l’Espagne ». Selon lui, il ne fait guère de doute que le capital dont va avoir besoin le secteur bancaire sera de plus en plus important « du fait de la détérioration de ses actifs et de l’augmentation des encours douteux ».

La conséquence prévisible devrait être l’entrée des cajas dans la guerre des dépôts, estime Manuel Romera. Il rappelle que les « banques espagnoles vont devoir refinancer 200 milliards d’euros d’emprunts obligataires qui arrivent à échéance d’ici à 2013 dont 100 milliards d’euros l’an prochain, ce qui va restreindre la distribution de crédits ».

Exclusion financière

Des voix s’élèvent pour critiquer le processus de restructuration au motif qu’il va affecter l’économie locale et l’œuvre sociale des caisses. L’analyste Alfonso Garcia y voit le risque d’une prochaine « exclusion financière » du fait de la fermeture d’un nombre croissant d’agences dans les petites municipalités. « L’économie locale dépendait beaucoup des caisses d’épargne et ce n’est pas une banque comme Santander par exemple qui va donner un crédit aux habitants des villages de province », remarque-t-il. Joaquim Maudos pense que l’œuvre sociale des cajas « va sérieusement souffrir ». Car l’une des grandes nouveautés de la réforme est que la majorité des caisses ont modifié leur statut juridique et ont créé des banques pour gérer leurs activités financières. « Les caisses d’épargne cessent d’être des entités politiques pour devenir des entités commerciales », applaudit Manuel Romera. « Désormais, la priorité est de renforcer la solvabilité et d’assainir les établissements. Il faudra couvrir les pertes et payer les actionnaires », anticipe Joaquim Maudos.

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