Rencontre avec... Frédéric Oudéa, président-directeur général de Société Générale

« Deux ans, c’est le temps qu’il faut pour nous adapter tout en continuant à financer l’économie »

le 13/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Vous vous donnez un « objectif de Core Tier one bien supérieur à 9 % fin 2013, sans augmentation de capital ». Pourquoi ce niveau à cet horizon ?

Le calendrier progressif du comité de Bâle 2013-2018 est devenu théorique. Nous avions déjà prévu d’être prêts en début de phase de mise en œuvre mais les marchés demandent une accélération du processus. Bâle III pousse à une transformation des banques européennes dont le modèle consiste à davantage garder les prêts dans leurs bilans, contrairement aux banques américaines. Deux ans, c’est le temps qu’il faut pour nous adapter tout en continuant à financer l’économie. Par rapport au ratio standard de 7 %, nous visons un niveau bien supérieur à 9 %. Cela permettra de disposer d’un coussin supplémentaire pour intégrer des éléments comme le supplément de capital requis pour les établissements systémiques. Nous pensons que Société Générale ne fera pas partie des plus grosses banques et que donc le niveau que nous visons est parfaitement adapté.

Quels sont vos critères de cessions d’actifs ?

Le premier dépend de la consommation en capital et en liquidité. Par ailleurs, nous regardons la récurrence des résultats des activités. Le troisième critère dépend de nos positions concurrentielles : il s’agit d’être parmi les leaders d’un marché. Enfin, les synergies avec les activités et clients cœur du groupe sont déterminantes. C’est par exemple le cas de métiers comme l’assurance et la banque privée qui fonctionnent en étroite symbiose avec les réseaux. Quand aux services aux investisseurs (SGSS), ils consomment peu de capital, apportent des liquidités et constituent un leader européen.

A quoi va ressembler votre banque de financement et d’investissement (BFI) ?

La BFI a commencé et doit continuer de s’adapter à Bâle III. C’est l’un des principaux enjeux. La crise de confiance dans la zone euro et la réduction des ressources en dollars ont accéléré le processus. Pour limiter notre besoin de financement en dollars, après avoir réduit nos besoins court terme cet été, nous allons réduire les financements longs. Toutefois, il ne faut pas exagérer la part des activités en dollars concernées par ces réductions qui représentent environ 4 % des revenus de SGCIB. Nos investissements aux Etats-Unis ces derniers mois pour développer une plate-forme obligataire en dollars font aussi partie de notre stratégie d’adaptation vers davantage de désintermédiation. Nous accompagnons ainsi de grandes entreprises pour émettre sur les marchés obligataires au-delà de la zone euro. Les activités de marché, qui sont tournées vers les clients et ne sont pas intrinsèquement volatiles et risquées, nous permettent ainsi de redistribuer les crédits aux investisseurs. Notre développement dans les fusions-acquisitions, un métier non consommateur en capital dans lequel SGCIB est devenu un acteur crédible depuis deux ans, offre aussi une proximité stratégique avec nos clients. Et c’est une locomotive pour les autres activités. Dans les métiers de financements, nous aurons une présence sélective par pays et par secteurs : l’énergie ou les infrastructures notamment qui seront le moteur du développement de pays émergents. Le rendement des capitaux investis sera réduit, mais avec un moindre profil de risque, il devra rester supérieur à la moyenne du groupe, proche des 15 % après impôts. Toutes ces mesures en BFI vont fortement contribuer à notre objectif de réduire la taille de bilan du groupe de 75 à 95 milliards d’euros d’ici 2013 et limiter notre programme de financement à long terme 2012 entre 10 et 15 milliards d’euros.

Vous accélérez aussi la réduction du portefeuille d’activités gérées en extinction…

A mi-septembre, ce portefeuille s’élevait à 24 milliards, ayant été réduit de 8 milliards d’euros depuis le début de l’année. Il faut y distinguer les CDO* de RMBS* américains des CMBS* et CLO* qui restent liquides. Nous avons accéléré la vente de ces deux derniers types de produits ; entre cessions et amortissements, la réduction a été de 4,3 milliards entre fin juin et début septembre, sans impact sur le résultat. Par ailleurs, nous avons commencé à procéder au démantèlement des CDO de RMBS pour récupérer les actifs sous-jacents. Nous allons libérer ainsi 1,3 milliard de fonds propres à l’échéance 2013.

Les marchés estiment pourtant que vous avez besoin de capitaux frais, comme les autres banques françaises cotées.

Les marchés sont influencés par la vision américaine qui consiste à penser que l’Europe est en train de vivre ce qu’ils ont connu en 2008 et que les mêmes solutions doivent s’appliquer. Mais le risque souverain européen n’est pas comparable au subprime. Et dans le cas de Société Générale, notre exposition aux pays dits à risque est de toute façon limitée et gérable au regard de notre profitabilité et de notre niveau de fonds propres qui a doublé depuis 2007. Au-delà de la question de la recapitalisation des banques européennes dans leur ensemble comme un éventuel facteur de retour à la confiance, la solution à la crise de l’euro passe d’abord et avant tout par une réponse politique. Il faudrait que d’ici au prochain G20, le plan d’aide à la Grèce soit finalisé pour mettre un terme au cas spécifique de la dette grecque, que des mesures soient prises pour éviter de risque de contagion et qu’un chemin commun pour l’Europe soit tracé pour les années à venir.

*CDO : ’collateralized debt obligation’ ; RMBS :‘residential mortgage-backed security’ ;CMBS : ‘commercial mortgage-backed security’ ; CLO : ‘collateralized loan obligation’

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