Deutsche Bank s’arme pour l’avenir mais ne veut pas de révolution

le 20/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Ambitieux, le plan à horizon 2015 du groupe allemand ne remet toutefois pas en cause son modèle dans lequel les activités de marché ont leur place.

Rompre avec le modèle d’entreprise mis en place par son ancien président Josef Ackermann : pour le tandem Anshu Jain et Jürgen Fitschen qui dirige Deutsche Bank depuis le 1er juin, il n’en est pas question. Anshu Jain, Britannique d’origine indienne qui a longtemps dirigé la banque de financement et d’investissement (BFI) de l’établissement de Francfort, a été clair lors de la présentation du nouveau plan stratégique : « Nous n’avions pas le sentiment que la banque avait besoin d’une révolution. » Son homologue, l’Allemand Jürgen Fitschen, a aussi souligné l’attachement de la nouvelle direction à la pérennité du modèle de banque universelle telle qu’elle existe depuis des décennies, parce qu’elle correspond « le mieux aux besoins d’une économie globalisée comme celle de l’Allemagne », a-t-il expliqué. La première banque du pays ne cédera donc pas face à une grande partie de la classe politique allemande de gauche comme de droite, ainsi qu’à certains dirigeants d’entreprise comme le patron du premier réassureur mondial, Munich Re, qui réclament le démantèlement des grandes banques au profit d’unités plus petites et moins vulnérables aux volatilités des marchés.

Pour autant, « nous avons l’intention de remettre la banque au service de l’économie réelle tout en développant nos activités sur les marchés en forte croissance de l’Asie et en Amérique », a précisé Jürgen Fitschen. Les piliers du groupe que sont la BFI, la banque de détail et la gestion resteront donc en place. Mais Deutsche Bank sera soumise à une sévère cure d’austérité. « Il est nécessaire de faire le ménage et de délester la banque du surpoids accumulé au cours des dernières années », estime le professeur et expert du monde bancaire Hans-Peter Burghof de l’université Hohenheim.

Un agenda précis

Ses codirigeants ont fixé à Deutsche Bank un agenda de trois ans pour se remettre à flot et se débarrasser de tous ses actifs à risques, participations industrielles et autres biens immobiliers. Pour y parvenir, elle sera dotée d’une sorte d’unité de défaisance où seront transférés 135 milliards d’euros d’actifs dont la banque veut se débarrasser. Un projet ambitieux, juge l’expert Hans-Peter Burghof, car parmi les ventes projetées figurent, outre une vingtaine d’immeubles de bureaux, des prêts défaillants ainsi que la filiale BHF Bank, héritée du gérant Sal.Oppenheim.

Les gains, non chiffrés, que la banque espère en tirer devront contribuer à renflouer les fonds propres sans passer par une augmentation du capital. Ainsi, son ratio Core Tier one doit être progressivement porté à 10 % au premier trimestre 2015 contre 7,2 % attendus au début de l’année prochaine. La majorité des analystes estime que dans l’ensemble, l’agenda 2015 correspond aux attentes. « Mais on souhaite voir des détails pour mieux juger de la crédibilité et de la faisabilité des projets annoncés », indique Amit Goel, de Credit Suisse. La persistance de la banque à renflouer ses caisses sans faire appel à ses actionnaires suscite des réactions opposées. Kian Abouhossein, analyste chez JPMorgan Cazenove, aurait souhaité que « Deutsche Bank aborde cette question avec davantage d’agressivité ». D’autres comme l’Allemand Heino Ruland, de Ruland Research, estime que l’abandon d’une augmentation du capital est « d’abord une bonne nouvelle pour tous les actionnaires ».

Une cure d’austérité

Parallèlement, les nouveaux dirigeants ont annoncé un vaste plan d’économies de 4,5 milliards d’euros par an dans les trois années à venir, avec dans la foulée la suppression de 1.900 emplois. Ils ont même laissé entendre que d’autres réductions de postes étaient envisagées. La banque n’hésite pas non plus à s’attaquer aux privilèges de ses banquiers vedettes en donnant notamment un coup de massue sur les bonus. Outre une réduction de leur montant, les hauts cadres devront aussi patienter cinq ans, au lieu de trois actuellement, pour se voir attribuer des stock-options. Jürgen Fitschen s’est dit « convaincu que l’ensemble de l’industrie financière devra réviser son modèle de rémunérations afin de mettre fin aux excès de ces dernières années ».

Il est vrai que la banque allemande doit se serrer la ceinture. Confrontée à l’effondrement de certaines activités de sa BFI, les bénéfices ont fondu. Réalistes, les dirigeants ont saisi l’occasion pour diviser par deux l’objectif de rentabilité. Au lieu de 25 %, le RoE (return on equity) visé se situe désormais à 12 %.

A lire aussi