Deutsche Bank doit désigner son futur patron d’ici à la rentrée

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Après le départ du candidat favori Axel Weber chez UBS, la pression monte pour trouver un successeur au premier banquier allemand.

Qui remplacera Josef Acker-mann ? La question de la succession de l’emblématique président du directoire de Deutsche Bank a connu un rebondissement inattendu au début du mois avec la nomination d’Axel Weber au conseil d’administration du suisse UBS, dont il deviendra d’abord vice-président puis, en 2013, président. L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans les milieux financiers de Francfort car l’ancien patron de la Bundesbank, actuellement professeur à l’université de Chicago, passait pour le candidat favori pour succéder à Josef Ackermann à partir de 2013, voire plus tôt : le patron de Deutsche Bank n’irait pas au bout de son mandat et partirait dès l’an prochain, selon des rumeurs récurrentes. L’absence de candidat qui ferait consensus met surtout le président du conseil de Deutsche Bank, Clemens Börsig, en porte-à-faux. Selon la loi, il lui revient de présenter un successeur au président du directoire. La pression est d’autant plus grande qu’il avait déjà échoué il y a deux ans à trouver le remplaçant de Josef Ackermann. Raison pour laquelle le mandat de celui-ci a été prolongé jusqu’en 2013. La tentative de Clemens Börsig, auparavant directeur financier de Deutsche Bank, de se faire lui-même nommer à la tête de la banque, s’était heurtée au refus de la majorité des autres membres du conseil de surveillance.

Josef Ackermann s’était alors lui-même lancé à la recherche de son successeur, jetant son dévolu sur Axel Weber. Ackermann et Weber ont pu s’apprécier lors de la crise financière, lors des nombreuses rencontres à la Chancellerie de Berlin consacrées au sauvetage de la banque immobilière Hypo Real Estate (HRE). Depuis, le patron de Deutsche Bank ne cachait plus sa préférence pour l’ancien président de la Bundesbank, qualifié de « véritable personnalité ». Mais c’était sans compter l’hostilité d’une partie des membres du conseil de surveillance, à commencer par Clemens Börsig, opposé à tout candidat dépourvu d’expérience en banque de financement et d’investissement (BFI). A en croire des proches du dossier, Clemens Börsig et ses homologues du conseil auraient fait comprendre à Axel Weber, lors d’une rencontre en juin dernier, qu’ils ne voulaient pas de lui.

Guerre ouverte

La riposte d’Ackermann ne s’est pas fait attendre. Ce 4 juillet, il a fait savoir qu’il serait disposé à prendre lui-même la relève de Clemens Börsig au cas où celui-ci démissionnerait ! Il n’en fallait pas plus pour que la presse allemande parle désormais d’une « guerre de succession » à la direction de Deutsche Bank. Pour les dirigeants sociaux-démocrates du SPD, cette affaire est une « tragédie ».

L’issue du dossier est prévue pour la fin de l’été. Selon les médias allemands, Clemens Börsig présenterait un candidat d’ici à septembre. Parmi les noms régulièrement cités figurent celui d’Anshu Jain, le patron de la puissante BFI de Deutsche Bank. Surnommé le « faiseur d’or » en raison des rendements impressionnants de sa branche (lire l’encadré), cet Indien cumule cependant deux handicaps majeurs : il ne parle pas l’allemand et est quasiment inconnu dans le monde politique de Berlin. Un problème majeur pour le dirigeant de la première banque allemande, régulièrement appelé à donner son avis dans la crise de la dette. Pour y remédier, certains actionnaires, dont des gérants de fonds, favoriseraient désormais la création d’une direction bicéphale, avec Anshu Jain comme président du directoire, et Jürgen Fitschen, qui dirige actuellement les activités allemandes de Deutsche Bank. Josef Ackermann lui-même favoriserait Hugo Bänziger, un Suisse comme lui, qui est le directeur des risques de l’établissement. Une décision définitive pourrait intervenir le 25 juillet lors du prochain conseil de surveillance.

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