Deutsche Bank confiant dans la solidité de son modèle

le 05/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Le groupe va demander à ses actionnaires la possibilité d’émettre 540 millions d’actions nouvelles. Il s’estime toutefois bien capitalisé.

Dans la gestion de son vaste périmètre d’activités, Deutsche Bank vient d’essuyer un premier revers. La vente de sa filiale BHF Bank à LGT du Liechtenstein a été bloquée par l’autorité bancaire allemande, Bafin. Raison invoquée : l’évasion fiscale pratiquée par LGT aux dépens du Trésor public allemand. Héritée du gérant de fortune Sal.Oppenheim racheté en 2009, BHF sera désormais intégrée dans Deutsche Bank. Selon les analystes, l’établissement de Francfort n’en gardera que la gestion de fortune, et se séparera des autres activités comme le négoce de titres et les relations avec les entreprises. L’abandon du processus de vente de BHF et les coûts qu’il devrait engendrer ne pèsent toutefois pas autant que le défi qu’a représenté l’intégration de Postbank, la principale banque à réseau allemande avec 14 millions de clients.

En attendant, la banque est confrontée à l’apparition de nouvelles spéculations sur ses fonds propres. Selon l’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, Simon Johnson, Deutsche Bank représente un risque systémique pour la finance allemande parce qu’elle est sous-capitalisée. Dans un entretien au quotidien de gauche Tageszeitung, il a accusé le président de la banque, Josef Ackermann, d’être l’un des patrons « les plus dangereux de la planète » parce qu’il persiste à vouloir réaliser un taux de rentabilité annuelle de 20 % à 25 %. Un but que Deutsche Bank ne pourra poursuivre, selon Simon Johnson, que parce qu’elle a la certitude d’être sauvée, en cas de difficultés, par l’Etat allemand. Un avis partagé par Gustav Horn, président de l’Institut de recherche allemand IMK, qui estime également que la banque manque de fonds propres.

Réagir en cas de besoin

Faux, rétorque Deutsche Bank qui précise que son ratio de fonds propres hors capitaux hybrides (Tier one) s’est élevé fin mars à 9,6 % contre 8,7 % fin décembre 2010, dépassant donc largement le minimum requis par l’autorité bancaire européenne pour les actuels tests de résistance. Toutefois, dans son invitation à l’assemblée générale du 26 mai, Deutsche Bank demande à ses actionnaires l’autorisation pour l’émission de 540 millions d’actions nouvelles, ce qui correspondrait au cours actuel de ses titres à plus de 20 milliards d’euros, soit deux fois le montant de l’augmentation du capital en automne dernier.

Faut-il dès lors s’attendre à une prochaine recapitalisation de la banque ? Non, expliquent ses dirigeants qui soulignent que la demande faite à ses actionnaires n’est qu’une option qui permettra de réagir rapidement en cas de besoin. En attendant, Deutsche Bank a fourni une nouvelle fois la preuve de la solidité de son modèle d’entreprise. Dépassant les prévisions des analystes, elle a réalisé au premier trimestre un bénéfice imposable de 3 milliards d’euros dont près d’un milliard provient de ses activités dites stables comme la banque de détail et la gestion de fortune. Josef Ackermann récolte ainsi les fruits de sa stratégie, notamment la reprise de Postbank à l’automne. Grâce à l’apport de cet établissement, le résultat imposable de sa banque de réseau est passé de 190 millions au premier trimestre 2010 à 788 millions au cours des trois premiers mois de cette année. Et son activité dans la gestion de fortune est sortie du rouge, dégageant un résultat imposable de 190 millions. Deutsche Bank a aussi créé la surprise en dégageant un bénéfice stable de 2,6 milliards dans sa banque de financement et d’investissement alors que la plupart de ses consœurs suisses et américaines ont subi de sévères baisses. A en croire les analystes, pourtant très dubitatifs au départ, le premier groupe bancaire allemand est désormais bien parti pour atteindre cette année son objectif d’un bénéfice avant impôts de 10 milliards. « Si l’on considère qu’un tiers de ce chiffre est d’ores et déjà réalisé, je crois que la banque a de bonnes chances d’y parvenir », estime Philipp Hässler, analyste chez Equinet.

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