Dépenses informatiques, priorité à l’efficacité

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Si les budgets informatiques des banques ont connu une embellie en 2011, l’année 2012 s’annonce plus contrastée.

Photo : Thinkstock

Cette année, le Baromètre Accenture-L’Agefi des investissements informatiques bancaires a été réalisé durant l’été, un peu plus tard que les précédents, si bien que les directeurs informatiques avaient déjà une certaine visibilité sur le budget 2012. Cela met en relief la différence entre 2011, une belle année puisque près des deux tiers d’entre eux ont vu leur budget augmenter, et 2012 pour laquelle ils anticipent majoritairement une stabilité, voire une réduction budgétaire (voir le graphique 1). Pourtant, les nouveaux projets ne sont pas sacrifiés puisque 37 % des personnes interrogées prévoient une augmentation de la part consacrée à leur financement, tandis que 53 % anticipent une stabilisation. Seuls 10 % attendent une baisse.

S’adapter à la réglementation

Quant aux motifs qui justifient de nouveaux investissements, ils varient peu même si l’adaptation aux nouvelles normes et aux nouveaux règlements prend la première place cette année, devant l’amélioration de la qualité de la relation clients et l’amélioration de la rentabilité (voir le graphique 2). L’amélioration du contrôle des risques informatiques, qui était en tête des préoccupations l’an dernier, descend en cinquième position. Pour Philippe Vidal, en charge de l’activité banque d’Accenture France (lire aussi l’entretien page 37), ces réponses reflètent le foisonnement de règlements à décortiquer et dont il faut cerner les impacts puis planifier la mise en œuvre dans le système d’information, de façon à éviter des investissements répétés sur les mêmes outils. Parmi les métiers, et ce quelle que soit la branche (banque de détail, banque privée, banque de financement et d’investissement - BFI - ou gestion d’actifs), la gestion des risques arrivent en tête à plus de 80 %, juste devant la distribution et les outils de connexion dédiés aux intermédiaires ou aux clients (voir le graphique 3).

Distribution

Ainsi, les banques sont très attentives à préserver leur fonds de commerce : elles poursuivent des investissements significatifs dans la distribution afin de donner les moyens aux conseillers de clientèle de mieux connaître leurs clients et d’être pertinents dans l’animation de la relation. D’importants programmes sont en cours depuis trois ans, impliquant des remises à niveau pour faire face aux attentes des consommateurs qui veulent être plus autonomes. Les banques sont contraintes d’offrir plus que de la simple consultation à distance, elles doivent prendre le tournant du transactionnel avec toutes ses implications en matière de contrôle des risques ou d’accompagnement des clients.

Innovation

Les projets d’innovation avancent : certains sont déjà en cours de déploiement quand d’autres sont encore à l’état de réflexion (voir le graphique 4). Si on ne parle plus tellement de gestion électronique de document, la mise en place d’outils de collaboration et l’amélioration technologique du multicanal sont largement engagées, y compris sur le mobile, puisque 56 % des banques poursuivent des projets tandis que 14 % y réfléchissent encore. De même, les projets d’architectures orientées services ou de gestion des processus métiers sont des grands classiques pour les systèmes d’information bancaires. Cette année, la technologie qui suscite plus d’attention est le cloud computing : 30 % des banques ont déjà des projets en cours quand 40 % réfléchissent à la manière de l’aborder sous l’angle de l’infrastructure ou pour le développement d’applications. L’autre innovation qui intéresse les directeurs des systèmes d’information (DSI) est le green IT, version informatique de la préoccupation environnementale qui pousse à réduire la consommation d’énergie et l’émission de gaz à effet de serre. Si l’idée était déjà présente dans le Baromètre de l’an dernier, elle concerne désormais les deux tiers des banques à divers degrés de mise en œuvre.

Infrastructures

Les investissements en infrastructures devraient se stabiliser en 2012 pour plus d’un DSI sur deux (52 %), mais 38 % d’entre eux verront tout de même ce budget augmenter. Les priorités concernant les infrastructures demeurent la sécurité, y compris les plans de reprise de l’activité (voir le graphique 5), suivie de la mutualisation au sein de plates-formes communes avec d’autres banques et de la rationalisation des infrastructures réseaux, à égalité à 47 %. La normalisation des postes de travail est toujours citée, devant la concentration des datacenters qui réunit 40 % des réponses, contre 28 % en 2010.

Industrialisation

L’industrialisation des modes de fonctionnement de l’informatique devrait également voir sa part se stabiliser pour près de la moitié des DSI, tandis qu’une même proportion attend une progression. Ces résultats contrastés ne doivent pas donner une image trop positive de l’année à venir. Pour Philippe Vidal, les DSI sont contraints de faire plus et mieux par la rationalisation et par la mutualisation des systèmes qui servent au même usage. Limiter les plates-formes de tenue de compte par exemple. Les réflexions autour du cloud computing sont l’expression de cette tendance. Se pose également la question du changement de technologie afin d’obtenir des gains d’efficacité. Comme l’an dernier, l’industrialisation concerne en premier lieu la production pour 77 % des réponses, puis les études (50 %) et le regroupement de différentes structures informatiques en une entité unique (40 %).

Applications

Sur le plan des applications, 48 % des directeurs informatiques s’attendent à une hausse de budget et autant à une stabilité, alors qu’en 2010, seuls 36 % prévoyaient une augmentation de l’enveloppe qui leur est dédiée. Pour la banque de détail et la banque privée, les investissements applicatifs se concentrent sur la connaissance clients (enrichissement et exploitation des données, gestion de la relation client…) pour les deux tiers des réponses, devant les applications liées à la distribution qui permettent d’unifier les interfaces du poste de travail et facilitent la prise en main par les conseillers (42 %). Les applications de conformité sont au même niveau de priorité. Côté BFI et gestion d’actifs, les applications liées à la réglementation arrivent en tête des priorités pour près de la moitié des réponses (48 %), devant la connaissance client (43 %) et les dispositifs d’e-commerce (multicanal, connexion des intermédiaires et des clients, 33 %). Parmi les fonctions transverses des banques, les applications liées aux risques constituent l’investissement numéro un (87 %), loin devant le contrôle de gestion et la comptabilité/finance (53 % pour chacun).

Les facteurs qui président aux décisions de rénover ou de remplacer un applicatif cœur de métier évoluent légèrement (voir le graphique 6) : le pilotage des risques (53 %) et la qualité de service au client (48 %) restent essentiels. L’amélioration de la qualité des données remonte en deuxième position à 50 % des réponses, car les banques ont de multiples référentiels qui nécessitent d’être unifiés et structurés. La réduction des coûts de fonctionnement est citée par 47 % des personnes interrogées. Quant aux freins qui peuvent retenir les banques de se lancer dans un projet de rénovation d’application, ce sont toujours les mêmes : l’absence de disponibilité des ressources internes pour mener le projet (47 %) et le manque de rentabilité de l’opération (43 %).

Réduire les coûts

Cette pression à la réduction des coûts s’exerce avec constance sur les DSI qui prennent les choses méthodiquement en rationalisant d’abord les infrastructures (67 %, contre 56 % en 2010), puis le patrimoine applicatif (60 %), avant d’opter pour la création de centres de services partagés (50 %) - voir le graphique 7. Le pilotage de l’investissement est moins cité, à 33 %, et le recours à l’offshore/nearshore reste stable à 20 % des réponses. Sans surprise, l’impératif de maîtrise des coûts pousse les banques à concentrer leurs programmes d’investissements sur quelques fournisseurs. Quant à l’externalisation, elle répond en premier lieu au besoin d’accéder à des technologies et à un savoir-faire non disponibles en interne (70 %), ou sert à pallier le manque de ressources humaines internes (53 %), ou permet d’augmenter la capacité de production (43 %), voire d’accélérer un projet de transformation (40 %). Les freins à l’externalisation sont la peur d’une perte de contrôle (57 %), mais aussi le risque opérationnel ou technique qui grimpe en deuxième position à 43 % des réponses, alors que les risques liés à la qualité et à la confidentialité, souvent cités l’an dernier, tombent en bas du classement.

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