L'avis de... Samshan Rasulam, chargée d'études banque assurance chez Xerfi

« Le 'crowdfunding' est complémentaire au crédit bancaire »

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Que représente la finance participative (« crowdfunding ») aujourd'hui ?

On évalue le poids du crowdfunding à 1,6 milliard de dollars aux Etats-Unis et à environ 945 millions de dollars en Europe. Quelques grands acteurs se sont fait une place comme Zopa au Royaume-Uni ou Smava en Allemagne. En France, il atteindrait les 40 millions d'euros, selon l'Association du financement participatif. Si on ne dispose pas de chiffres par segments d'activité, les plates-formes de dons restent prépondérantes en raison d’une réglementation plus souple puisque le donateur n'attend pas forcément de contrepartie. Aux Etats-Unis, le Jobs Act (Jumpstart Our Business Startups Act) signé en avril 2012 est partiellement entré en vigueur pour donner un cadre légal aux particuliers dits investisseurs avertis, avec une prise de participation maximale d'un million de dollars représentant moins de 2 % de leur revenu annuel. Pour les autres investisseurs, la législation devrait entrer en application fin 2013. L'idée étant de définir des limites de montants à ces investissements à risque élevé et de limiter la perte par la mutualisation.

Qu'est-ce que cela change en pratique ?

Que ce soit pour le prêt gratuit ou pour la prise de participation, l'idéal pour les plates-formes est de susciter la récurrence et de créer un cercle vertueux par la sélection des projets d'une part, et par la mutualisation du risque d'autre part. De nouveaux modèles apparaissent. Par exemple, une plate-forme promeut un projet pour collecter des fonds, puis l'accompagne ensuite pour l'aider à obtenir un prêt bancaire lorsque la taille de l'entreprise le lui permet. Le crowdfunding, en réalité, n'est pas concurrent des banques. Il est plutôt complémentaire puisqu'il intervient au tout début du projet, au moment où les porteurs cherchent plutôt à collecter de l'argent auprès de leur entourage. De plus, les banques exigent des garanties, qui font défaut aux porteurs de projets.

Que peut-on attendre de la réglementation qui est en cours d'élaboration ?

Une nouvelle loi devra faire sauter les barrières réglementaires pour aider les plates-formes à se développer. Le contexte y est favorable : face à la crise, la solidarité se renforce contre la précarité, de nouveaux modes de collaboration ou de consommation apparaissent. Les investisseurs qualifiés peuvent participer mais les autres, séduits par le modèle, ne peuvent pas concrétiser leur engagement. L'engouement est là mais il faut des règles pour éviter les dérapages qui remettraient en cause les fondements même du crowdfunding.

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