Crédit Mutuel Nord Europe, priorité à la rentabilité

le 27/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Le plan à horizon 2015 du groupe s’adapte à l’environnement réglementaire.

Crédit Mutuel Nord Europe, priorité à la rentabilité

S’engager aujourd’hui sur des objectifs chiffrés à horizon 2015 ne constitue certes pas le même défi pour une banque mutualiste que pour un groupe coté tel que Société Générale, mais cela reste un exercice délicat. Ainsi, la Convention qui a réuni le 20 octobre à Lille près de 3.500 salariés et élus du Crédit Mutuel Nord Europe (CMNE) ne s’est pas déroulée comme prévu. Ses équipes travaillaient depuis six mois sur le plan stratégique à moyen terme de CMNE lorsque son directeur général, Eric Charpentier, a décidé, mi-septembre, de tout remettre à plat. Pas question d’adopter la posture de la Confédération générale qui, regroupant l’ensemble des entités régionales du Crédit Mutuel à Paris début octobre, a feint d’ignorer les événements de l’été, tout en certifiant que le groupe sortirait plus fort de la crise. Alors que Michel Lucas, président de la Confédération et de CM10-CIC (constitué de dix fédérations régionales sur dix-huit) à Strasbourg, est désormais chargé de défendre les intérêts de tous auprès des pouvoirs publics, l’agence Fitch a placé sous revue la note à long terme de la Banque fédérative du Crédit Mutuel, la holding de CM10-CIC, au même titre que celles de BNP Paribas et Crédit Agricole.

Frontière belge

A Lille, le CMNE a donc joué la carte de la pédagogie concernant la crise, tiré un bilan rapide du plan stratégique achevé cette année et livré les grands axes de son « Ambition 2015 » : proximité (dans la relation avec les clients), modernité (avec des agences adaptées), responsabilité (soutenue par le développement des compétences et la motivation des équipes) et rentabilité. La grande nouveauté réside dans cette culture du résultat, affichée de façon claire. Car si les mutualistes n’ont pas l’obligation des groupes cotés d’afficher une certaine rentabilité sur fonds propres investis, leur développement, voire leur solvabilité, dépend de leurs bénéfices. Le contexte bancaire global, mais aussi celui d’un groupe où le pôle de Strasbourg est prompt à intégrer les fédérations en position difficile (L’Agefi Hebdo du 21 octobre 2010), telles que celle d’Anjou qui va le rejoindre au 1er janvier, le justifient.

En termes de croissance du résultat net à horizon 2015, le pôle Bancassurance Belgique sera le plus contraint. Le groupe de Lille a déjà eu bien du travail de l’autre côté de la frontière. Après la fusion en 2009 des banques régionales en une seule entité, BKCP, 2010 s’est soldée par un résultat d’exploitation comptable positif, grâce à un tour de vis sur les frais généraux, lorsque son plan moyen terme 2011 anticipait tout juste l’équilibre. Toutefois, ce pôle Belgique (71,4 millions d’euros de produit net bancaire et 5,4 millions de résultat net consolidé) affichait encore un coefficient d’exploitation de 87 %. Développement des ventes croisées, des compétences et de la culture commerciale, cibles bien définies (professionnels, TPE-PME et cadres) et meilleur rapport qualité-prix doivent maintenant lui permettre de développer son activité, et au moins de doubler son résultat net, tout en abaissant de 10 points son coefficient d’exploitation à horizon 2015. CMNE pourrait en outre « évaluer les options de croissance externe » : avec environ 1 % de part de marché, il regarderait le dossier de Citibank Belgium (L’Agefi Quotidien du 1er septembre 2011), dont le rachat lui permettrait de passer de la quatorzième à la septième place en Belgique.

Le pôle Assurances, dont l’activité couvre la France, la Belgique et le Luxembourg, devra aussi générer une « croissance rentable » (lire l’entretien). L’environnement réglementaire à venir a conduit CMNE à réfléchir au coût de l’allocation d’actifs et à l’évolution des produits (nouvelles offres, orientation vers les unités de compte, etc.). S’il ne remet pas en cause les partenariats de distribution externes de sa filiale ACMN Vie (y compris sur internet), il insiste sur la position centrale de son réseau bancaire dans la distribution : le poids relatif des caisses locales devra passer de 43 % en 2010 à 50 % en 2015. C’est ce qui aurait été à l’origine du départ de Bernard Le Bras qui, après quinze années au service des assurances de CMNE, a rejoint Suravenir, la filiale d’Arkéa et de Crédit Mutuel Loire-Atlantique et Centre-Ouest. De fait, à Lille comme à Brest, rester producteur d’assurances constitue un enjeu stratégique. Car en la matière, CM-CIC étend son influence aux caisses fédérales Maine-Anjou Basse-Normandie (Laval) et Océan (La Roche-sur-Yon) : celles-ci restent politiquement indépendantes, mais utilisent l’informatique de Strasbourg et distribuent les produits d’ACM, sa filiale d’assurances.

Le pôle de gestion, La Française AM, pour compte de tiers qui singularise CMNE au sein du Crédit Mutuel devra également améliorer son résultat net de 67 % et son coefficient d’exploitation de 9 points à moyen terme (L’Agefi Hebdo du 20 octobre). Une productivité commerciale renforcée, des processus centrés sur la satisfaction du client et des coûts maîtrisés : les pôles Bancassurance France et Entreprises sont eux aussi soumis à l’effort, le siège et ses fonctions supports devant pour leur part gagner en efficacité. La rentabilité devient ainsi une des priorités de CMNE pour les quatre ans à venir, alors qu’il envisage pour 2011 un repli de 15 % de son résultat net, tout en estimant qu’il sera relativement mieux loti que ses grands concurrents après provisions.

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