Crédit Mutuel doit se remettre en mouvement

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Les résultats des réseaux excellent. Mais l’activité aurait besoin d’être davantage diversifiée.

Michel Lucas, président, et Alain Fradin, DG du Crédit Mutuel.REA

Le groupe Crédit Mutuel sera finalement le seul français à ne pas annoncer cette année de plan stratégique à moyen terme. La faute à l’âge du capitaine ? A 75 ans (le 4 mai prochain), Michel Lucas, passé de la direction générale à la présidence en 2010, se dit « retraité et bénévole ». Mais, renouvelé chaque année à la présidence du pôle qu’il a développé depuis Strasbourg (CM11-CIC, qui regroupe 11 fédérations sur 18) et mandaté jusqu’en 2015 à la tête de la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), l’organe central qui représente le groupe devant les pouvoirs publics, il tient encore la barre. Et entend choisir quand il se retirera.

Aller plus loin dans la diversification

Pour l’heure, Alain Fradin, 67 ans, directeur général au niveau national de l’association CNCM et de l’organisme financier du groupe, la Caisse centrale, estime que le Crédit Mutuel devrait « aller plus loin dans la diversification : modifier l’équilibre en développant les activités à l’international et les crédits à court terme ». De fait, seulement 20 % environ du produit net bancaire (PNB) du groupe est réalisé à l’étranger. Au-delà de développements transfrontaliers, à l’image de la Belgique pour Crédit Mutuel Nord Europe (une branche indépendante mais liée à CM11-CIC par son informatique, ses assurances, sa logistique, etc.), les premiers pas du groupe hors de France l’ont été via le CIC, après sa profonde restructuration entre 2000 et 2002, en Tunisie et en Italie. Un CIC dont les statuts devraient prochainement évoluer, puisque Michel Lucas en est le PDG.

Fin 2013, CM11-CIC a dénoué ses accords commerciaux avec Banca Popolare di Milano, mais détient encore 6,87 % du capital en attendant que le nouvel administrateur délégué de l’établissement coopératif italien, Giuseppe Castagna, en poste depuis fin janvier, réalise l’augmentation de capital prévue par son prédécesseur. « Détenir 33 % ou moins d’une entreprise n’est pas très utile, relève Michel Lucas. En Tunisie et au Maroc, nos participations dans la banque ou l’assurance ont passé ce seuil. Mais surtout, pour toute croissance externe actuelle ou à venir, l’important est que nous puissions utiliser notre informatique. Si nos partenaires d’Afrique du Nord se développent au sud du continent, ce sera avec nos outils et moyennant redevances. »

La décision d’acquérir auprès de Citigroup ce qui est devenu Targobank Allemagne était largement motivée par l’aspect informatique. La marque Targobank a ensuite été déclinée par le Crédit Mutuel en Espagne, avec Banco Popular, pour un réseau de 120 agences qui sera complété de 3.000 guichets automatiques co-marqués par ces partenaires à 50/50. Clé de voûte de l’édifice bâti autour de la fédération de Strasbourg, le système informatique du groupe est en cours d’adaptation pour soutenir ce développement : à partir du 1er janvier 2015, il sera multisystème bancaire, multilangue (notamment l’espagnol et le catalan) et multiréglementation.

Espagne

 

Depuis l’intégration de l’assureur Agrupacio, le groupe tisse sa toile en Espagne, où sa filiale de crédit à la consommation Cofidis est également bien implantée, au départ de Barcelone. Agrupació, qui a un réseau de 36 agences, surtout en Catalogne, doit croître à Madrid et dans le Sud du pays, et utiliser les canaux de Targobank ou du RACC, le plus grand club automobile d’Espagne, auquel le Crédit Mutuel fournit ses assurances. Dans ce dernier domaine, le groupe a en outre passé un accord avec le Mouvement Desjardins (également son partenaire dans les paiements, avec Monetivo), premier groupe financier coopératif du Canada. Après avoir investi 200 millions de dollars dans une opération avec State Farm, la plus importante mutuelle d’assurances dommages des Etats-Unis, qui permet à Desjardins de doubler sa taille, CM11-CIC détient désormais 10 % du capital de ces sociétés d’assurances non vie.

Augmentation de capital

 

Fin 2013, l’activité d’assurance représente en tant que telle environ 30 % des résultats du groupe et jusqu’à 50 % si l’on agrège « un peu plus d’un milliard d’euros avant impôts versées par les compagnies à leurs réseaux distributeurs », explique Alain Fradin. En France, l’activité du groupe est donc répartie entre banque de détail et assurances. Nul doute que sa diversification passera davantage par le développement des crédits à court terme – pour les particuliers (les crédits à la consommation représentent 36,3 milliards d’euros d’encours à fin 2013, stable) et pour les entreprises (le crédit-bail, à 11,3 milliards d’encours, a déjà augmenté de 6,8 % entre 2012 et 2013). Sachant qu’à ce stade, sur 351,2 milliards d’euros d’encours au total, le crédit à l’habitat pèse pour environ la moitié (186,7 milliards) avec une progression de 3,5 % en un an.

« On est une pure banque ‘retail’ avec 30 millions de clients ! s’exclame ainsi Alain Fradin qui ne voit pas pourquoi la loi française imposerait au groupe une filialisation d’activités de marché qui ne représentent que «10 à 15 milliards d’euros sur un total de bilan de 650 milliards ». Le Crédit Mutuel est néanmoins soumis aux règles communes et, de ce fait, impacté par la pondération de ses risques et le poids de ses activités d’assurance en matière de solvabilité. Ce qui va le contraindre à augmenter son capital, au moins sur la branche CM11-CIC, par l’entrée à hauteur de 200 millions d’euros de la Caisse Desjardins et, les résultats étant conservés dans les caisses locales, par la mise à contribution de ces dernières, explique une source proche de la direction àL’Agefi.Les Echos mentionnent une augmentation de capital de 3,9 milliards d’euros en deux tranches. Reste à savoir si Arkéa, qui contribue depuis Brest à hauteur de 7 % des résultats du groupe, fera de même. Ses dirigeants n’ont pas souhaité s’exprimer dans L’Agefi Hebdo.

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