Crédit Mutuel cherche l’équilibre entre ses métiers

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Face à l’érosion de la rentabilité de la banque de détail, le groupe veut élargir son catalogue de services.

Michel Lucas, président du Crédit Mutuel, en mai 2012. Frédéric Maigrot/REA

Michel Lucas ne boude pas son plaisir. Lors de la présentation des résultats de son groupe, le président du Crédit Mutuel s’est fait une joie de se référer à plusieurs reprises au Top 50 des banques les plus sûres au monde établi par le magazine américain Global Finance. Et pour cause. La banque mutualiste est l’un des trois établissements français à y figurer avec la Caisse des dépôts et La Banque Postale. De fait, les chiffres semblent plaider pour lui. A fin 2012, son ratio Core Tier one sous Bâle 2,5 ressort à 14,5 % (+1,3 point), tandis que ses fonds propres ont augmenté de 11,8 %, à 38,4 milliards d’euros. « D’autres banques auront des problèmes avant nous », a estimé Michel Lucas.

Si sa solvabilité est au beau fixe, ses résultats financiers sont en revanche en demi-teinte. Après un exercice 2011 affecté par des dépréciations sur la dette grecque, le Crédit Mutuel a en effet vu son bénéfice net stagner à 2,15 milliards d’euros (+0,2 %). Comme l’ensemble du secteur, le groupe mutualiste a souffert sur le terrain de la banque de détail, son cœur de métier qui représente les deux tiers de son activité. « Les résultats des métiers reflètent un environnement difficile pour l’ensemble du secteur bancaire, souligne Philippe Lamaud, analyste chez Fitch Ratings. Les revenus subissent la pression exercée par une conjoncture économique morose, des taux d’intérêt bas et par les efforts consentis pour renforcer la liquidité et la structure de financement. » La banque de détail a ainsi vu son produit net bancaire (PNB) reculer de 4 % tandis que son résultat avant impôt accuse un repli de près de 30 % sur un an.

Une diversification bienvenue

Les performances sont à l’avenant au sein du CM11-CIC - le poids lourd du groupe qui réunit onze fédérations du Crédit Mutuel et le CIC - avec un recul de 6,3 % du PNB et une chute de près de 33 % du résultat net. « Nous n’avons jamais connu un tel écart entre le taux de l’épargne réglementée et les taux sur les marchés financiers, a indiqué Alain Fradin, directeur général du groupe mutualiste, pour expliquer ces résultats. Cet écart a été assez ravageur sur les marges financières car cela surenchérit le coût des dépôts. » Or afin de renforcer ses liquidités, le Crédit Mutuel s’est lancé dans une véritable course aux dépôts. Ces derniers ont ainsi progressé de 9,5 % tandis que les crédits n’ont crû que de 1,5 %. Résultat : son ratio crédits sur dépôts ressort à 125 %, contre 151 % il y a encore cinq ans.

A la peine dans la banque de détail, le groupe a en revanche récolté les fruits de sa diversification. A cet égard, l’assurance lui a permis de compenser la baisse de régime de la banque de réseau. Fin 2012, cette activité a dépassé pour la première fois le seuil du milliard d’euros de résultat avant impôts (1,3 milliard), en hausse de 60 % sur un an. « Heureusement que nous avons le poids de l’assurance dans nos résultats », a reconnu Alain Fradin, ce métier pesant aujourd’hui « un poids quasi équivalent » à celui de la banque de détail. De fait, les revenus du pôle assurance du CM11-CIC sont passés de 4,7 milliards en 2002 à 8,3 milliards d’euros en 2012. « En dix ans, les commissions versées au réseau ont été multipliées par 2,5 », a précisé Alain Fradin. Le groupe n’entend pas relâcher ses efforts et mise désormais sur le développement des assurances de personnes, où les marges sont plus intéressantes.

Le Crédit Mutuel a cependant d’autres relais de croissance à exploiter, à l’image des services non bancaires - télésurveillance, vente de logements, téléphonie mobile - que le groupe entend développer davantage. « Heureusement qu’on s’y est mis, n’a pas caché Michel Lucas. La banque est un réseau de distribution et on vend des services qui ‘collent’ aux besoins des clients. On doit s’adapter. » Encore modestes à l’échelle du groupe, ces activités montent toutefois en puissance. « C’est une stratégie de captation et de fidélisation de la clientèle qui est pertinente, estime Philippe Lamaud. De fait, le CM11-CIC est la plus petite des trois grandes banques de détail en France. Ces offres lui permettent ainsi de gagner des parts de marché dans un secteur très concentré et très concurrentiel. » Ainsi, la vente de logements permet de générer « entre 800 millions et un milliard d’euros de crédit à l’habitat, selon Alain Fradin. Nos agences touchent entre 35 et 40 millions d’euros de commissions de la part de nos promoteurs immobiliers et nous pouvons y associer de l’assurance habitation et des garanties de loyers impayés ». De même, l’activité de téléphonie mobile, lancée afin d’accompagner le développement du paiement sur mobile, dégage un résultat avant impôts de 27 millions d’euros et un bénéfice net de 8 millions. L’établissement ne compte pas s’arrêter là. « Notre catalogue va encore s’élargir, avertit Alain Fradin. Nous nous devons d’équilibrer nos différents métiers, et avoir un catalogue de services plus large doit nous permettre d’arriver à cet équilibre. » La direction du Crédit Mutuel est volontairement restée discrète sur ces projets. Toutefois, alors que la banque dispose déjà d’une centrale d’achat automobile, Club Auto Crédit Mutuel, qui propose des véhicules à des prix promotionnels, le groupe pourrait-il être tenté d’investir ce terrain à plus grande échelle ? La direction a préféré botter en touche. Une chose semble acquise : la banque mutualiste devrait encore faire parler d’elle dans le domaine des services non bancaires.

A lire aussi