Le Crédit immobilier de France va pouvoir survivre jusqu’en 2035

le 05/12/2013 L'AGEFI Hebdo

La garantie de l’Etat évite une mort brutale au CIF. Sa contrepartie, la fin de la production de crédits, laisse toutefois ouvert le volet social du dossier.

On ne dira pas du Crédit Immobilier de France (CIF), comme du seigneur de La Palice, « s’il n’était mort il ferait encore envie ». Pourtant, le CIF, qui détient une part de marché d’environ 4 % des prêts d’accession à la propriété, tourne une page cornée en 2012. Fin août, la caisse centrale du groupe, 3CIF, a été dégradée par Moody’s de quatre crans. Cela lui a fermé tout accès au marché, sa seule source de refinancement. Pourtant, son résultat brut d'exploitation (173 millions d’euros) couvrait plus de deux fois le coût du risque de 2012, avec un ratio tier one d’environ 14 %. Faute de possibilité d'adossement, le CIF a obtenu une garantie de l'Etat devenue définitive le 27 novembre dernier : un gage de survie inclus dans son « plan de résolution » – en d’autres termes son testament, qui met un terme à ses activités dans vingt-deux ans maximum.

33 milliards d'encours à gérer en extinction

Désormais, le CIF ne produit plus de crédits mais doit gérer en extinction 33 milliards d’euros d’encours. « La durée de vie moyenne de nos crédits, distribués jusqu’à la fin du premier semestre 2012, est de plus de huit ans, souligne François Morlat, directeur général du CIF depuis janvier. Le refinancement du groupe est intégralement sécurisé maintenant que la Commission européenne a autorisé l’octroi d’une garantie définitive dont le plafond s’élève à 28 milliards d’euros. Cette somme a été calibrée en fonction des prévisions de baisse des encours et de réduction de l’impasse de liquidité du Crédit Immobilier de France. »

Bruxelles précise que « le CIF verse une rémunération adéquate pour les garanties qui lui sont accordées par l'État et contribue ainsi aux coûts de sa résolution. De plus, les distributions de dividendes aux actionnaires sont strictement encadrées de manière à garantir qu'ils contribuent en propre à la résolution ». En fait, l'établissement verse une commission additionnelle de 150  points de base pour la garantie externe qu’il a obtenue, selon des sources proches du comité central d’entreprise. Il pourra en outre proposer un dividende à ses actionnaires, 56 sociétés anonymes coopératives d’intérêt collectif pour l’accession à la propriété, à compter de 2018. Selon les mêmes sources, des conditions ont pour cela été introduites : un ratio de solvabilité plancher et un montant global plafonné.

Année difficile sur le plan social

Le groupe doit en outre ajuster son périmètre, avec la cession de certaines filiales ou participations, mais surtout se restructurer en profondeur. « L’année qui vient sera la plus difficile sur le plan social, admet François Morlat, avec des PSE [plans de sauvegarde de l’emploi, NDLR] qui devraient toucher plus de 1.200 personnes jusqu’à présent impliquées dans la production. L’accord de mobilité externe signé le 10 avril a déjà permis à 200 personnes de rejoindre un nouvel employeur en suspension de contrat, leurs indemnités étant versées lors de la suppression effective de leur poste : un quart est à La Banque Postale ; pour les trois autres quarts, la moitié a rejoint d’autres réseaux bancaires, et le dernier quart, divers acteurs. Nous avons passé un accord avec la Fédération bancaire française afin d’être en permanence informés des opportunités dans le secteur. Outre la troisième voie de reclassement, hors secteur financier, nous mettons nos espoirs dans le développement du courtage. A côté de projets développés par des salariés du Crédit Immobilier de France, de nouveaux projets apparaissent, tel celui du groupe Artémis [actionnaire de L’Agefi, NDLR] qui développe un pôle de courtage immobilier pour lequel il prévoit de 500 à 600 créations de postes. »

Pour accompagner ce mouvement, le CIF projette de créer début 2014 l’Université du courtage Crédit Immobilier de France, « afin de procurer en trois à quatre mois une formation certifiante, en priorité aux commerciaux touchés par le PSE qui le souhaiteraient », explique le directeur général. Le 6 novembre, la direction et les organisations syndicales ont signé le montant global de l’enveloppe destinée aux PSE sur toute leur durée. « Le 26 novembre un projet d’accord est intervenu sur la ventilation de cette enveloppe, précise François Morlat. Celle-ci sera entièrement provisionnée en 2013. »

Par ailleurs, une nouvelle organisation va être mise en place dans les deux à trois ans à venir. « Au siège, les structures juridiques et la gouvernance seront simplifiées, explique l’ancien PDG de la Banque Hervet (HSBC France). Une équipe d’environ 900 personnes sera mobilisée pour poursuivre son travail d’accompagnement des clients, dans un organigramme simplifié qui mène à la fusion d’une dizaine d’entités, des plates-formes régionales, en s’appuyant sur les équipes de terrain. »

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