Le Crédit Immobilier de France va perdre son indépendance

le 28/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Mise en difficulté, l’institution centenaire pourrait passer dans le giron de La Banque Postale.

Le siège discret du CIF, rue de Madrid, dans le 8e arrondissement à Paris.

Le Crédit immobilier de France (CIF) a un caractère unique. S’appuyant sur un réseau de 300 agences en France, il distribue « surtout des prêts dits 'sociaux' pour des emprunteurs fragiles qui n’intéressent pas les banques classiques ou qui n’ont pas pu décrocher leur crédit ailleurs, indique Philippe Taboret, directeur général du courtier en crédit immobilier Cafpi. Une banque comme le CIF est très flexible, prête sur 30 ans, distribue beaucoup de prêts à taux zéro et de prêts à l’accession sociale et propose des taux révisables ».

Alors que ses concurrents directs - Crédit Foncier, Cetelem Immobilier ou GE Money Bank - sont tous intégrés à des grands groupes, « le CIF est une des rares banques spécialisées indépendantes encore présente sur le marché français du crédit », insiste Philippe Taboret. Et c’est une institution. Le groupe CIF s’est construit autour des sociétés anonymes de crédit immobilier (les « SACI ») créées en 1908 pour promouvoir l’accession à la propriété. Aujourd’hui, il est contrôlé par le groupe Procivis : 56 sociétés coopératives d’intérêt collectif pour l'accession à la propriété (SACICAP). Crédit Immobilier de France Développement (CIFD), sa holding, contrôle ses onze filiales régionales, Banque Patrimoine et Immobilier (BPI), la Caisse Centrale du Crédit Immobilier de France (3CIF) et la société de crédit foncier du groupe CIF Euromortgage, créée en 2001. Ces deux dernières assurent le refinancement des créances à l'habitat produites par le CIF en allant sur les marchés, notamment obligataire. Faute de dépôts, il n’y a pas d’alternative.

La fin d’un modèle économique

Les agences de notation - Moody's en mai, puis Fitch le 15 juin dernier - ont jugé ce modèle économique « non viable sans soutien financier », contraignant le spécialiste de prêts hypothécaires à chercher à s’adosser. « C’était prévisible. Au bout d’un moment et particulièrement dans le contexte actuel, le CIF ne pouvait plus rester sur ce modèle trop dépendant des marchés », explique Philippe Taboret. Le CIF gérait 34,02 milliards d’euros d’encours fin 2011 (+2,5 % par rapport à 2010). A titre de comparaison, Crédit Foncier (groupe BPCE) en totalise 59,7 milliards auprès des particuliers. La Banque Postale, qui s’intéresse au dossier, dispose quant à elle de 41,7 milliards d’encours sous gestion à fin 2011. Les productions restent modestes. « Crédit Foncier, le numéro un du secteur par exemple, a distribué moins de 8 milliards d’euros de prêts en 2011 sur un marché de 160 milliards d’euros », précise Philippe Taboret.

Le CIF dispose de 2,4 milliards d’euros de fonds propres qui lui confèrent une importante solidité financière. Son ratio de solvabilité de 14,7 % au 31 décembre 2011 se situe au niveau des meilleures institutions bancaires. « Le Crédit Immobilier de France est un dommage collatéral de l’hypertrophie bilancielle des grandes banques qui a conduit à la crise de liquidité que l’on connaît depuis août 2011, remarque Christophe Nijdam, analyste chez AlphaValue. Par comparaison, Crédit Foncier était tombé à cause de la qualité de ses actifs durant la crise de l’immobilier des années 90. »

Malgré l'abaissement de la note de viabilité, la très forte probabilité d’un soutien public a conduit les agences à ne pas modifier les notes de dette à long et court terme du CIF. Le nouveau gouvernement souhaite en effet relancer l'accession à la propriété, notamment pour les ménages à faibles revenus. La perte d’un acteur ancien de référence comme le CIF n’est donc pas envisageable. « Ce type d’établissement nourrit le marché du crédit et sa disparition est regrettable, relève Philippe Taboret. La situation était beaucoup plus confortable il y a une vingtaine d’années, lorsque le marché était bien partagé entre des banques spécialisées d’un côté et des banques de dépôts de l’autre. »

Toutes les banques françaises ont décliné l'offre de reprise, y compris BNP Paribas et BPCE qui s’étaient intéressées au CIF en 2005 et 2007. « Le CIF est spécialisé dans le crédit à l’habitat sur le long terme, une activité qu’il faut pouvoir financer, observe Christophe Nijdam. Le dossier tombe au mauvais moment alors que les grandes banques sont contraintes de réduire rapidement leur bilan. » Selon la presse, une dizaine d’acheteurs potentiels seraient entrés en contact avec HSBC, mandatée par le CIF pour son adossement. Outre La Banque Postale, deux fonds américains seraient sur les rangs. Un temps évoqué, GE Capital, déjà présent sur le marché français du crédit aux particuliers à travers sa filiale GE Money Bank, a démenti tout intérêt le 21 juin dernier. « L’adossement à un fonds de 'private equity' qui deviendrait alors actionnaire majoritaire de cette petite banque est un peu trop risqué, conclut Christophe Nijdam. La Banque Postale serait une solution plus pérenne, grâce à sa base de dépôts même si, au début, elle ne semblait pas vraiment très enthousiasmée par cette idée. »

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