Le Crédit Coopératif à la conquête de nouveaux territoires

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Dédiée au financement des entreprises, la banque rêve de 500.000 clients particuliers à terme. Et veut renforcer son activité d’apport de fonds propres.

Jean-Louis Bancel. Photo: Philippe Caumes.

Le projet Yanne de BPCE ne prête pas à rire au Crédit Coopératif. Le rachat à Natixis des certificats coopératifs d’investissement (CCI) détenus dans les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne est en effet lourd de conséquences financières. « L’impact est de 275 millions d’euros sur nos fonds propres et notre ratio de solvabilité va perdre 2 points tout en étant au-dessus des minima réglementaires », reconnaît Jean-Louis Bancel, président du Crédit Coopératif. Selon le rapport de Secafi, ses fonds propres common equity tier one (CET 1) passeront ainsi de 1,344 à 1,090 milliard d’euros, son ratio de solvabilité CET 1 reculant de 11,1 % à 9 % sous Bâle 2.5. Pire, la banque serait hors des clous si on lui appliquait Bâle 3 à 100 % dès 2013 au lieu de 2018. « D’ici à fin 2014, nous aurons reconstitué nos fonds propres, rassure Jean-Louis Bancel. Les discussions sont en cours avec le groupe et un certain nombre de partenaires. Nous allons discuter des modalités lors de notre conseil d’administration du 30 mai. »

Logique d’expansion

Jean-Louis Bancel n’entend pas s’apitoyer sur son sort. A l’entendre, le projet Yanne présente même une certaine vertu. « Il nous pousse à nous interroger sur notre positionnement, notre mode de fonctionnement, nos enjeux et nos activités, indique-t-il. Ce projet ne change rien à notre volonté de poursuivre notre développement de manière significative. Nous réfléchissons déjà à l’étape suivante. Le séminaire de notre conseil d’administration du 2 juillet permettra de redéfinir nos orientations à venir. » Le Crédit Coopératif, qui fête ses 120 ans d’existence, n’a pas attendu pour identifier des sujets d’avenir. Dédiée au financement des entreprises et de l’économie sociale, la banque s’est ainsi lancée il y a cinq ans à la conquête des coopératives agricoles. « Nous commençons à avoir de beaux succès auprès d’elle », souligne Jean-Louis Bancel. En partenariat avec Coop de France, ce segment a connu en 2012 une croissance de ses activités de 40 %, tant en volume d’opérations confiées qu’en dépôts ou crédits nouveaux. « L’activité est encore modeste puisqu’elle représente quelques points de produits net bancaire », nuance cependant le dirigeant. Engagé dans une logique d’expansion et de conquête de nouveaux territoires, le Crédit Coopératif entend, en parallèle, accentuer sa présence dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche. « Nous nous sommes également investis dans un certain nombre de pôles de compétitivité, ce qui nous permet d’accéder à des créations d’entreprises », fait savoir Jean-Louis Bancel.

Son axe de développement prioritaire reste cependant la conquête des clients particuliers. L’an dernier, cette clientèle a connu une progression de 7,1 % (hors majeurs protégés), portant à 130.000 le nombre de particuliers en portefeuille. « Nous avons la volonté de poursuivre sur ce segment, d’où le développement de notre banque en ligne », confie Jean-Louis Bancel. De fait, alors que son réseau se résume à 73 agences, la banque a étoffé son dispositif commercial en juin 2012 avec son site moncreditcooperatif.coop. « Mon rêve serait de tripler le nombre de clients particuliers pour atteindre les 500.000 », avance Jean-Louis Bancel sans toutefois se fixer d’échéance. Pas question pour autant d’y voir un changement de modèle. « Les particuliers représentent aujourd’hui un tiers de nos dépôts mais seulement 10 % de nos crédits, précise Jean-Louis Bancel. Notre finalité profonde reste de prêter aux entreprises et notre ambition est de permettre de construire un tissu pour l’économie sociale de demain. »

Dans cette logique, le Crédit Coopératif a pour objectif de renforcer son pôle IDES dont la vocation est d’apporter du financement en fonds propres aux entreprises de l’économie sociale. « Aujourd’hui, en moyenne, notre ticket est d’un million d’euros, observe Jean-Louis Bancel. Dès 2014, nous souhaitons renforcer notre capacité de financement et avoir plus d’argent à placer en fonds propres. Le sujet est d’avoir des tickets plus importants. »

De même, le Crédit Coopératif souhaite donner une nouvelle envergure à sa filiale de gestion Ecofi Investissements, dont les encours sont de 7,5 milliards d’euros. « Nous réfléchissons à la meilleure manière de nous adapter à l’évolution du marché avec la volonté de changer de taille, ne cache pas Jean-Louis Bancel. Au tournant de l’été, nous voulons avoir une offre globale à présenter à nos sociétaires. » Autant de projets qui doivent permettre à la banque de construire sa « story telling » alors qu’elle pourrait solliciter ses sociétaires pour restaurer sa solidité financière. 

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