Le crédit-bail au cœur des réflexions des groupes bancaires français

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Tandis que BNP Paribas cherche à alléger son entité de « leasing », l’ensemble des sociétés financières françaises pointent du doigt les futurs ratios de liquidité.

Environ 120 postes supprimés et une vingtaine d’autres ouverts à une mutation interne : BNP Paribas envisagerait un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) au sein de son pôle Leasing Solutions qui emploie 1.078 personnes en France, a révélé L’Agefi (Edition de 7 heures du 31 mai). La raison : les futurs ratios de Bâle III, car le crédit-bail nécessite des fonds propres sans apporter de liquidités, un double problème dans le cadre de la nouvelle réglementation. Le groupe de la rue d’Antin a confirmé une consultation des représentants du personnel dans le but d’« éviter tout départ contraint », en privilégiant la mobilité interne et les solutions de sortie volontaires. La décision paraît radicale alors que le Comité de Bâle a laissé plusieurs années aux banques pour s’adapter aux nouveaux ratios de liquidité. D’autant que l’entité issue de la fusion de BNP Paribas Lease Group et de Fortis Lease a déjà connu deux PSE, en 2007 et 2009, dont le dernier doit se solder à la fin de cette année par environ 140 suppressions de postes et 110 modifications de contrats de travail. En fait, tous les acteurs du leasing, ou plus précisément de crédit-bail portant sur les ventes et les biens d’équipement des entreprises, s’interrogent sur leur dispositif.

Des critères indépendants

Déjà dans sa réponse du 26 février 2010 à la consultation publique de la Commission européenne, l’Association française des sociétés financières (ASF) avait indiqué que « le renforcement des fonds propres, l’introduction de nouveaux ratios de liquidité ainsi que d’un ratio de levier n’étaient pas adaptés aux activités de ses adhérents du fait de leur spécialisation, et en raison de l’absence de collecte de dépôts ». En février 2011, l’ASF a cette fois adressé un courrier à ses membres pour les sensibiliser aux modifications générées par la refonte de la réglementation et les inciter à lui indiquer les difficultés auxquelles ils sont confrontés. « Les premières remarques portent notamment sur le ratio de liquidité. Sans surprise, les établissements spécialisés ne recevant pas de fonds du public sont largement pénalisés et sous l’arbitrage direct de leurs sociétés mères pour ce qui concerne l’allocation des fonds, explique l’association. Cet arbitrage dépend souvent du niveau de rentabilité des activités, de leur localisation mais aussi du point de savoir si elles entrent dans le ‘core business’ ou pas. »

Ainsi, des éléments indépendants les uns des autres décident des arbitrages actuels ou à venir. Chez Crédit Agricole (au sein de Crédit Agricole Leasing & Factoring - CAL&F, L’Agefi Hebdo du 22 avril 2010), le crédit-bail reste un métier phare, mais doit s’orienter davantage vers les réseaux LCL et caisses régionales : plus question de s’éparpiller sur différents marchés ou profils de clientèles. Dans ses engagements à horizon 2014, le groupe évoque un « nouveau modèle économique », le crédit-bail devant être complètement intégré dans l’offre de crédit à moyen terme des banques de proximité. Autonomie de décision, liberté tarifaire, refinancement… la mise en œuvre du plan de CAL&F sera désormais conduite par Philippe Carayol. Nommé directeur général le 24 mai, il prendra ses fonctions le 1er septembre 2011 (lire page 52). Pour l’heure, des arbitrages seraient déjà en cours sur les dossiers de clients de la banque de financement et d’investissement dont l’intérêt est validé un à un.

Synergies et ventes croisées

Chez Société Générale, qui cherche aussi à développer les ventes croisées, cette clientèle de grandes entreprises est en revanche cultivée, tout particulièrement pour le financement des ventes (vendor finance) des grands constructeurs et distributeurs des secteurs des équipements industriels, du transport et de la high tech. Le groupe a à l’inverse décidé, faute de synergies suffisantes, de céder sa filiale spécialisée dans les services informatiques, ECS, au groupe belge Econocom dont il a pris 10,4 % du capital. Effective depuis octobre 2010, cette opération est en outre assortie d’un accord portant sur « l’apport d’affaires par les réseaux Société Générale et le refinancement de l’activité de location par SG Equipement Finance », indique son document de référence 2011.

Les réflexions sur les métiers de crédit spécialisé sans ressources propres ont ainsi cours dans tous les groupes, avec pour chacun une volonté de concentration sur les points forts pour ne pas « gâcher » de fonds propres et de liquidités. Il en va ainsi du crédit-bail comme du crédit à la consommation, de la location longue durée ou de l’affacturage. 

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