Le Crédit Agricole s’ouvre aux développeurs pour capter l’innovation

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

La banque propose aux informaticiens de cocréer des applications avec ses clients et de se rémunérer au sein d’une coopérative.

Voyant arriver les nouvelles générations de consommateurs, les digital natives, avec leurs habitudes qui évoluent à la vitesse de l’éclair, le Crédit Agricole a choisi de s’adapter et d’externaliser une partie de sa fonction innovation pour profiter ainsi de l’agilité des développeurs externes en mettant à leur disposition un SDK ou software development kit, une plate-forme de développement d’applications. Les applications ainsi créées, à usage bancaire ou non, seront disponibles pour les clients de la banque sur le Crédit Agricole Store ou CA Store, un portail privé. Le CA Store compte déjà cinq caisses régionales parmi ses participants et devrait progressivement se généraliser.

Pour faire connaître cette initiative, la banque l’a présentée au Pôle TES de Caen (Transactions Electroniques Sécurisées) et au pôle EuraTechnologies de Lille. Déjà 80 développeurs travaillent sur le SDK, 19 projets d’applications sont en cours de développement. Six applications ont été livrées et tournent pour l’instant sur des données fictives ; elles devraient entrer en test auprès de quelques caisses régionales entre mai et septembre. « Parmi les développeurs intéressés par ce type de collaboration, nous comptons des structures importantes comme Faber Novel, Sedona ou Comptoirs du multimédia, et d’autres plus petites implantées dans diverses régions, à l’instar de Tiki Move à Bordeaux, de Widmee à Pessac en Gironde, de WMaker à Ajaccio ou de Wassa en région parisienne, indique Michel Goutorbe, directeur général adjoint à la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA), en charge de la relation client et de l’innovation. Nous voulons clairement ancrer ce projet dans tout le territoire. »

Un laboratoire grandeur nature

L’originalité du dispositif réside également dans la possibilité offerte aux développeurs d’accéder directement à ses clients afin de recueillir leur avis et de pratiquer ainsi la cocréation, le Crédit Agricole se réservant le rôle de modérateur. Les clients pourront tester des applications et soumettre leurs demandes en toute sécurité, car leurs données resteront dans l’environnement bancaire et les applications seront passées au crible afin de détecter d’éventuelles failles.

L’autre aspect innovant tient à la création d’une coopérative de développeurs baptisée Les Digiculteurs, qui assure l’égalité de traitement et d’accès à la clientèle de la banque. Ses membres seront rémunérés non pas au téléchargement mais à l’utilisation de leurs applications : de quoi garantir leur engagement à long terme, impliquant la maintenance et la mise à jour de leurs programmes, mais aussi le choix d’applications réellement en phase avec les attentes des clients. Ils devront d’ailleurs signer une charte d’engagement éthique. « C’est une première mondiale », souligne fièrement Michel Goutorbe.

Le Crédit Agricole continue d’innover de son côté sur le sujet des relations avec les particuliers. Il compte créer son laboratoire de recherche & développement dont l’organisation et le fonctionnement se mettront en place justement en gérant le projet du CA Store. Ce « Labo 1885 by FNCA », allusion à la fondation de la première caisse locale de la banque, a vocation à structurer les échanges concernant les multiples innovations en cours dans les banques régionales. « L’objectif est de créer des prototypes solides et propres à la généralisation en s’appuyant sur les savoir-faire du groupe, explique Bernard Larrivière, directeur de l’innovation à la FNCA. Tout en préservant la diversité des caisses, nous voulons agir plus vite et de façon plus efficace dans l’industrialisation des projets innovants, et assurer leur visibilité interne et externe. » Avec trente-neuf caisses régionales, il était grand temps de trouver une organisation qui privilégie la rapidité des échanges.

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