Crédit Agricole prêt pour une nouvelle mutation

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Le véhicule coté est remis sur les rails. L’organisation du groupe pourrait changer de voie.

Siège de CASA, à Paris. Balint Porneczi/Bloomberg

Tandis que les données 2013 du Crédit Mutuel seront dévoilées le 5 mars, Société Générale a annoncé 2,2 milliards de résultat net part de groupe ; BPCE, 2,9 milliards ; BNP Paribas, 4,8 milliards et le groupe Crédit Agricole… 5,14 milliards d’euros : « le meilleur résultat des banques françaises », a souligné Jean-Paul Chifflet, directeur général de l’organe coté, Crédit Agricole SA (CASA), et non du groupe dans son ensemble (CASA et les caisses régionales). Pour sa part, CASA (qui détient environ 25 % des caisses régionales et les filiales métiers du groupe) ne démérite pas (lire le tableau).

Pour Jean-Marie Sander, président de CASA, « ces résultats reflètent la contribution en hausse des caisses régionales et la solide performance des métiers de Crédit Agricole SA » soit, rapportée au résultat net part de groupe (RNPG), 1,68 milliard d’euros pour le pôle gestion de l’épargne et assurances, dont 992 millions pour ces dernières et 325 millions pour Amundi (filiale de gestion d’actifs détenue à 75 % aux côtés de Société Générale) ; 183 millions pour les services financiers spécialisés (hors cession des activités nordiques) ; 813 millions pour la banque de financement et d’investissement (BFI) CACIB, les activités en cours d’arrêt de la BFI ne pesant négativement que pour 16 millions d’euros.

Même si la banque de détail hors Cariparma (la filiale italienne contribue à hauteur de 104 millions d’euros au RNPG de CASA) a un impact négatif de 35 millions d’euros, pour le président de CASA, cela démontre la « force » d’un groupe qui serait « le leader de la banque de proximité en France et en Europe ». Cet objectif affirmé à horizon 2020 par le projet de groupe, pour lequel CASA va donner des chiffres à moyen terme le 20 mars, repose sur des critères tels que le nombre d’agences, le nombre de clients ou le produit net bancaire.

Tout irait donc mieux si cette communication financière, qui oscille entre le périmètre pris en compte par le superviseur (le groupe) et celui qui intéresse les investisseurs (CASA), ne révélait à quel point l’organisation de la banque verte constitue un handicap. Sur le plan financier, les opérations intra-groupe alourdissent le bilan de CASA de 274 milliards d’euros. « C’est pourquoi le ratio de levier n’a pas de sens à ce niveau, mais est calculé au niveau du groupe [4,4 %, selon la définition du Comité de Bâle, 3,8 % selon la directive européenne CRD 4, NDLR] », précise son directeur financier, Bernard Delpit. En effet, CASA joue le rôle d’organe central : 50 % de l’épargne collectée par les caisses régionales lui remontent pour leur revenir à but de financement.

Lecture des données brouillée

Des mécanismes dits de « switch » ont dû être inventés depuis la crise pour transférer les risques de CASA aux caisses régionales qui détiennent collectivement 56,2 % du véhicule coté. « Il y avait un risque d'augmentation de capital pour CASA », avait reconnu l’an dernier Jean-Paul Chifflet pour annoncer Switch 2. Avec Switch 1, les caisses régionales ont accordé à CASA 5,5 milliards d'euros de garantie, remplaçant une avance d'actionnaires et d'autres titres hybrides super-subordonnés qui n’entrent pas dans le common equity ou core tier 1 (CET 1) sous Bâle III. Switch 2 permet quant à lui une « réorganisation des passifs d’assurance, selon l’expression de Bernard Delpit, pour répondre à nos objectifs de core tier 1 ». Pénalisée par le poids de ses filiales d’assurances, pondérées dans ses encours, CASA s’est ainsi allégée de 34 milliards d’euros.

Certes, ces montages internes améliorent les ratios de CASA, qui affiche 8,3 % de CET 1 sous Bâle III, mais brouillent la lecture des données. Entre la réalité du RNPG des caisses régionales (3,88 milliards d’euros), par exemple, et la traduction dans les comptes publiés par CASA pour le groupe, il y a près de 215 millions d’euros d’écart (lire ci-contre).

En outre, si Switch 2 a évité une augmentation de capital, telle qu’en 2008, cette solution ne semble pas faite pour durer. D’où le schéma soufflé au journal Les Echos d’un transfert des fonctions d’organe central vers la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA), au statut d’association – comme la Confédération nationale du Crédit Mutuel. Quelle que soit la réorganisation retenue, après de longs mois de tractations internes, elle sera bientôt exposée. « Comptez sur moi pour tenir la barre jusqu’en mai 2015 », prévient toutefois le directeur général qui devra alors partir à la retraite, tandis que Jean-Marie Sander rappelle : « Mon mandat de président a été renouvelé l’an dernier pour trois ans, soit jusqu’à l’assemblée générale de 2016. Et je ne serai pas encore atteint par la limite d’âge ! [67 ans, NDLR] ». Le duo Sander-Chifflet, arrivé de la FNCA début 2010, aura en tous les cas rempli sa mission : remettre de l’ordre chez CASA, selon le vœu de ses actionnaires majoritaires.

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