Crédit Agricole SA - Un nouveau profil

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

L’avenir de la banque verte passe par un retour aux sources.

A Montrouge, où est installé le siège de Crédit Agricole SA, les travaux se poursuivent afin d’accueillir de nouvelles filiales. L’immeuble destiné au « leasing » doit être livré en fin d’année, celui de la banque de financement et d’investi

Alors que les investisseurs attendent les modalités de cession d’Emporiki pour évaluer la manière dont Crédit Agricole SA (CASA) sortira de Grèce, Jean-Marie Sander, président de CASA, a souligné en présentant les résultats semestriels du groupe : « Le modèle de la banque de proximité est intact ». Il a aussi insisté sur « toute sa puissance » et rappelé « l’intégration des filières de production ». Ce que Crédit Agricole a baptisé « banque universelle de proximité » (Bup) comprend en effet des distributeurs et des producteurs, avec une vision partagée et la volonté d’être plus performants. Mais il ne faudrait pas y voir une centralisation croissante (lire l’entretien page 11). Car le groupe prépare un Congrès intitulé « Notre modèle coopératif a de l’avenir » pour les 24-25 octobre prochains à Bruxelles. Pourtant des métiers, il n’en a quasiment pas été question ce 28 août, alors qu’une poignée d’entre eux devra incarner la banque verte de demain et fournir à son véhicule coté, CASA, ses résultats à venir, conformément au plan de groupe décidé fin 2010.

Hors « éléments exceptionnels », CASA a dégagé des résultats trimestriels meilleurs qu’attendu « grâce notamment à une certaine résistance des activités de détail et de gestion, note Pierre Chedeville, analyste de CM-CIC. Cela donne une idée de ce à quoi pourrait ressembler la société une fois réglés ses principaux problèmes ».

Travail d’intégration

La banque de proximité en France bénéficie d’un coût du risque qui reste bas et même en baisse par rapport au deuxième trimestre 2011 : 22 points de base (pb), contre 48 pb dans les caisses, et 28 pb chez LCL, contre 34 pb. En perspective des nouvelles exigences réglementaires de liquidité, elle a en outre amélioré son ratio crédits sur dépôts, à 127 % dans les caisses régionales et à 116 % chez LCL. Les performances de ce réseau illustrent d’ailleurs le travail d’intégration qui a été réalisé après le rachat du Crédit Lyonnais en décembre 2002, et dont l’année 2006 portait les derniers éléments de coûts liés au rapprochement (voir les tableaux). Si la contribution au résultat net part de groupe (RNPG) des caisses régionales (mises en équivalence pour environ 25 %) sur le semestre reste en progression de 6,5 % hors dépréciations des titres d’Emporiki et de Cariparma (dans Sacam International) et hors épargne logement, la croissance à venir de CASA n’est toutefois pas assurée du fait de la conjoncture (L’Agefi Hebdo du 30 août). On peut d’ailleurs ainsi déjà constater qu’entre les deuxièmes trimestres 2011 et 2012, le produit net bancaire (PNB) stagne à -0,3 % pour les caisses et +0,1 % pour LCL, tandis que les charges pourtant déjà très maîtrisées croissent de 1,2 %. De plus, en assurances, le PNB est en baisse de 14,3 %, avec une chute de 14,9 % du chiffre d’affaires de l’activité vie entre le premier et le deuxième trimestre. Enfin, les encours de crédit à la consommation diminuent dans les réseaux français. Le stock de Crédit Agricole Consumer Finance (CACF) est globalement réduit car « trois effets se sont conjugués au cours du trimestre : le ralentissement du marché, le plan d’adaptation, ainsi que des cessions de créances douteuses à hauteur de 0,6 milliard d’euros », explique le groupe.

CASA poursuit son « plan d’adaptation » à marche forcée. Outre la réduction des besoins en liquidité et la diversification des ressources des services financiers spécialisés, l’annonce de la cession du courtage qui pourrait être achevée en fin d’année pour Cheuvreux (absorbé par Kepler Capital Markets) et d’ici à juin 2013 pour CLSA (vendu à Citics) et le redimensionnement des activités destiné à réduire les emplois pondérés sous Bâle III illustrent le changement de modèle de la banque de financement et d’investissement (CACIB). « A fin juin 2012, la réduction des besoins de financement est déjà engagée à hauteur de 76 %, se félicite CASA. S’agissant des emplois pondérés, le plan est réalisé à fin juin, avec une baisse des emplois pondérés de 48 milliards d’euros, y compris transfert du portefeuille de corrélation. » Toutefois, cela ne va pas sans casse sociale. Chez CACIB, « le plan de départs devrait être réalisé en fin d’année, a indiqué son patron Jean-Yves Hocher. Outre les fermetures à l’étranger, nous visons 440 suppressions d’emplois en France, dont 340 sont déjà réalisées ».

Ainsi, « le redressement de Crédit Agricole se poursuit, estiment les analystes crédit de Natixis, et le travail de renforcement des fonds propres (avec un ratio core Tier one « honorable », de 9,6 % pour CASA, NDLR) et de son profil de ‘funding’ permet d’envisager l’avenir du groupe avec sérénité, si les conditions de sortie de Grèce ne sont pas trop pénalisantes ».

Dimension européenne

Le doute ne sera levé que « dans les semaines qui viennent », a expliqué Jean-Paul Chifflet, directeur général de CASA. La banque verte a reçu trois offres locales - d'Alpha Bank, Eurobank et National Bank of Greece - pour reprendre Emporiki et espère céder la totalité de sa filiale, mais pourrait devoir garder une participation (moins de 10 %). C’est ce scénario que retiennent les analystes actions de Natixis. Et ils y voient « la lumière au bout du tunnel ». A ce stade, Emporiki ayant été recapitalisée à hauteur de 2,3 milliards d’euros le 19 juillet dernier, l’exposition de CASA s’élève à 2,7 milliards en capital et 2,3 milliards en liquidité.

Reste que le groupe qui veut conserver une dimension européenne est surtout présent dans des pays aux prochaines perspectives de croissance nulle autour de la Méditerranée. Au Portugal, l’affaire est entendue : la cession de BES Vida a été finalisée, avec 28 millions d’euros de plus-value sur le trimestre. En Espagne, CASA, n’ayant pas suivi l’offre publique d’échange d’actions de préférence réalisée par Bankinter en août, est passée sous les 20 % de détention. Enfin, si Jean-Paul Chifflet espère que l’Italie, la Pologne ou le Maroc prendront à terme le relais de la Grèce dans les revenus du groupe, ce dernier connaît une mauvaise passe dans la Botte. CASA est tombé fin août sous le seuil de 2 % de participation dans Intesa Sanpaolo et a dû passer une dépréciation de 427 millions d’euros. Par ailleurs, Sacam International, qui a permis aux caisses régionales d’accompagner CASA dans son développement international, a aussi dû enregistrer des dépréciations. Quant à la branche de crédit à la consommation, elle a comptabilisé un complément de provisions pour Agos au deuxième trimestre, pour 84 millions d’euros. Enfin, si le réseau italien Cariparma contribue à hauteur de 41 millions d’euros au RNPG du deuxième trimestre, son coût du risque et le différentiel de croissance entre son PNB et ses charges ont conduit à un plan de départs volontaires.

La tâche de Jean-Paul Chifflet et de l’ensemble de l’équipe dirigeante de CASA est ardue. Et même si elle n’est pas achevée, certains se demandent quand ils passeront la main et à qui. La nomination surprise de Xavier Musca comme quatrième directeur général délégué le 17 juillet n’a fait qu’attiser le sujet. Avec 39 ans d’expérience au Crédit Agricole, le directeur général a sans doute plusieurs fers au feu. Mais une chose est sûre : son mandat social prendra fin au plus tard avec l’assemblée générale qui suit ses 65 ans, en mai 2015. Dans son plus proche entourage, on glisse qu’en 2010, lorsque l’équipe de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA) qui représente les caisses régionales, actionnaires majoritaires de CASA, a pris les rênes du véhicule coté, « c’est la seule fois où un secrétaire général de la FNCA est devenu directeur général de CASA ».

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