Le crédit à la consommation révise son modèle

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Réductions de coûts et sélectivité des activités composent le menu d’acteurs inquiets de l’impact des ratios de liquidité de Bâle III.

Le crédit à la consommation révise son modèle

Le baromètre du crédit à la consommation n’est pas au beau fixe. « Nous vivons dans un contexte d’incertitudes et le secteur fait face à des changements majeurs qui le conduisent à réfléchir à l’évolution de son modèle économique », a souligné Didier Hauguel, responsable des services financiers spécialisés et de l’assurance chez Société Générale, lors du congrès organisé par la fédération européenne Eurofinas les 11 et 12 octobre à Cannes.

L’industrie européenne est soumise à des vents contraires. Crise économique oblige, après un recul de 2,8 % en 2010, les encours de crédit à la consommation en Europe ont encore diminué de 2,9 % en 2011, selon les chiffres de Crédit Agricole Consumer Finance (CACF). Quant à la production de nouveaux crédits, elle s’est effondrée entre 2007 et 2011, passant de 398 milliards d’euros à 323 milliards en 2011, selon les données d’Eurofinas portant sur dix pays européens. Le début de l’exercice 2012 n’incite guère à l’optimisme : le total de nouveaux crédits à la consommation s’est ainsi contracté de 3,6 % au premier trimestre.

Chasser la liquidité

A la baisse d'activité s’ajoute la multiplication des contraintes réglementaires. « Plus que les conditions macroéconomiques, la réglementation va produire des impacts majeurs pour notre industrie », estime Bruno Salmon, président de l’Association française des sociétés financières (ASF) et par ailleurs président de BNP Paribas Personal Finance. Les acteurs français sont bien placés pour le savoir. L’entrée en vigueur de la loi Lagarde de 2010, réformant le crédit renouvelable, a engendré une perte de revenus de 1,5 milliard d’euros sur trois ans, auxquels s’ajoutent 500 millions d’euros de mise en œuvre. Sans parler des plans sociaux initiés par certains établissements, à l’image de Cofinoga qui a supprimé 433 postes.

Désormais, les craintes se cristallisent sur la directive CRD IV, transposant les règles de Bâle III et notamment ses futurs ratios de liquidité. « En moyenne, le rendement des capitaux propres (RoE) des acteurs du crédit à la consommation pourrait diminuer de 4 % à horizon 2019 en France, en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni », avance Riadh Alimi, associé chez McKinsey. « L’application des règles sur les ratios de liquidité constitue un vrai défi puisque les établissements de crédit ne collectent pas de dépôts », déplore Bruno Salmon. Or ces nouvelles normes prudentielles arrivent à l’heure où les professionnels constatent un durcissement des conditions de refinancement, la liquidité étant devenue une ressource rare et coûteuse, et alors que l’accès au financement interne est plus contraint. Les déboires de Banque PSA Finance, filiale de crédit du groupe automobile Peugeot, illustre d’ailleurs cette problématique avec acuité (lire l’encadré).

Pour pallier cette difficulté, les professionnels diversifient tous azimuts leurs sources de financement : émissions obligataires, titrisations de portefeuilles de prêts, voire collecte de dépôts et d’épargne. Lancé en France en février 2012, le livret d’épargne Zesto de RCI Banque, filiale de Renault, affichait ainsi une collecte de 500 millions d’euros au 30 juin. L’établissement, qui table sur un objectif de 750 millions d’euros d’encours fin 2012, envisage désormais de lancer un compte à terme début 2013. Dans le courant du premier semestre 2013, RCI Banque souhaite déployer cette double offre en Allemagne. Son ambition : afficher une collecte globale de 2,5 milliards d’euros sur ces deux pays à horizon 2014. On est encore bien loin des quelque 24 milliards d’euros de dépôts détenus par Volkswagen Financial Services.

Les filiales de crédit des groupes bancaires sont également parties à l’assaut des dépôts des consommateurs, à l’instar de Cetelem Banque (BNP Paribas). « En Allemagne, où l’activité est lancée depuis dix ans, les dépôts ont augmenté de manière significative ces deux dernières années et atteignent aujourd'hui 1,5 milliard d’euros, soit près de 100 % de nos besoins de financements, énonce ainsi Gianluca Soma, directeur général de Société Générale Consumer Finance. En Pologne, nous affichons environ 1,3 milliard d’euros de dépôts, ce qui couvre près de 50 % des besoins de notre filiale. » Comme ses homologues, CACF - qui a diminué de 4 milliards ses besoins de financement alors que sa maison mère exige une réduction de 8 milliards au total - s’est converti à la chasse aux dépôts en Allemagne, via sa filiale locale CreditPlus Bank. Ciblant les particuliers et les petits institutionnels, sa collecte atteignait 963 millions d’euros à fin septembre 2012. « Le problème est que tous les acteurs du crédit à la consommation ne peuvent pas facilement capter des dépôts », nuance Barbara Frohn, managing director chez Banco Santander.

Face à une telle adversité, nul n’échappe à une révision de son modèle et de sa stratégie (lire l’entretien). Avec deux mots d’ordre : réductions de la base de coûts et sélectivité dans les activités et les implantations. Dès 2011, BNP Paribas Personal Finance (BNP PPF) a ainsi remis à plat son dispositif en crédit immobilier, d’une part en rapprochant cette activité des réseaux domestiques de la banque de détail et, d’autre part, en arrêtant les autres activités, à l’exception de son partenariat avec Santander. « Depuis l’année dernière, nous gérons ainsi en extinction ('run-off', NLDR) notre activité de crédit immobilier en Norvège, au Royaume-Uni, en Bulgarie et aux Pays-Bas », indique Alain Van Groenendael, directeur général délégué de BNP PPF.

Cessions d’activités

Certains acteurs ont décidé de réduire la voilure en sortant de certains pays. Depuis l’an dernier, HSBC a ainsi cédé ses activités en Hongrie au profit de Cofidis, tandis que KBC a vendu sa filiale dédiée en Pologne à Santander. Une liste non exhaustive puisque « huit des quinze plus grandes banques universelles européennes ont annoncé des cessions dans le crédit à la consommation depuis 2011 », selon McKinsey. Société Générale Consumer Finance n’est pas en reste. « Depuis le début de la crise, nous recentrons nos activités sur les pays où la présence des réseaux bancaires du groupe nous offre un potentiel de synergies et où nos entités ont la taille critique, explique Gianluca Soma. Ainsi, nous avons cédé notre filiale au Kazakhstan et confié la gestion de notre activité en Slovaquie à notre filiale de République Tchèque. »

Pour maintenir leur rentabilité, les établissements ont procédé à de sérieuses réductions de coûts et d’effectifs. BNP PPF a ainsi lancé un plan de restructuration aboutissant à la suppression d’environ 200 postes, tandis que CACF doit supprimer 213 postes en net en France et environ 300 à l’international. L’heure est aux économies d’échelle et à la mutualisation. « Nous avons développé un centre de compétences unique en Bulgarie, dédié à nos activités de 'scoring', dévoile Maurizio Modino, responsable du développement du crédit à la consommation chez UniCredit. Dans les prochains mois, nous allons créer un autre centre dédié au CRM (gestion de la relation client, NDLR) qui couvrira douze marchés. » La rationalisation de l’informatique va également bon train. Alors que BNP Paribas Personal Finance poursuit ses travaux avec BPCE pour la création d’une plate-forme commune de gestion des contrats, CACF mène un programme de fusions de ses systèmes d’information, selon une source syndicale. Reste à savoir qui sortira vainqueur de ce grand chamboulement. « Il y aura des gagnants, à savoir les grands groupes européens, et des perdants, c’est-à-dire ceux n’ayant pas la taille critique, prédit Andrea Poletto, directeur général de Consum.it, filiale de crédit de la banque italienne Monte dei Paschi di Siena. Le secteur devrait donc connaître une nouvelle phase de consolidation. »

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