Crédit à la consommation, les marges d’abord !

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Outre la loi Lagarde, les règles de Bâle et les contraintes de liquidité pèsent sur l’avenir.

Proposition de crédit dans un magasin Castorama.

Nous n’avons encore rien vu », prévient l’Association française des sociétés financières (ASF) dans son étude sur le revolving (crédit renouvelable). Car « certaines mesures de la loi Lagarde font l’objet d’une période transitoire, explique l’ASF, notamment celles liées à la mise en conformité de l’ensemble des contrats en stock (durée de remboursement et amortissement minimum, NDLR) et au nouveau mode de calcul du taux de l’usure ». Ce dernier volet aboutira dans un an. « L’évolution du taux de l’usure entraîne une baisse des marges, y compris sur les encours, mais surtout sur les gros montants de revolving », souligne Jean-Pierre Viboud, directeur général d’Oney Banque Accord (groupe Auchan). De fait, tous les acteurs du crédit à la consommation ne sont pas touchés de la même manière. Aux extrêmes se trouvent d’un côté des sociétés financières axées sur la vente intermédiée de revolving (70 % des encours et plus) et des réserves supérieures à 3.000 euros, les plus pénalisées, et de l’autre des producteurs dédiés aux réseaux bancaires où le crédit renouvelable ne représenterait que 25 % des encours. La situation de LaSer Cofinoga, qui a annoncé un plan social en France (L’Agefi Hebdo du 22 mars), n’est donc pas celle de Natixis Financement. Toutefois, des groupes bancaires, tels BNP Paribas ou Crédit Agricole, sont dotés d’importantes filiales spécialisées, ce qui doit porter leur part d’encours en crédit renouvelable à environ 45 %. Dès lors, nul n’échappe à une révision de son modèle. « L’adaptation est moins difficile pour les établissements qui ont déjà une gamme diversifiée », constate Françoise Palle-Guillabert, délégué général de l’ASF. Et pour ceux qui peuvent s’appuyer sur différents distributeurs. « On sortira à terme des comparaisons entre les différents types de crédits, qui jette aujourd’hui l’opprobre sur le revolving, pour se concentrer sur les canaux de distribution (magasins, agences bancaires, plates-formes…) », estime Eric Spielrein, président de la commission de financement de l’équipement des particuliers à l’ASF. En 2011, six demandes de crédits sur dix provenaient d’internet chez Crédit Agricole Consumer Finance (CA CF).

En France, où elle revendique 4,1 millions de clients, Banque Accord a signé en 2011 « de nouveaux partenariats, avec Krys ou Lafuma, explique son directeur général. Nos partenaires historiques, comme Boulanger, participent aussi à la croissance, notamment avec leur propre développement sur internet. En outre, nous leur proposons des produits innovants comme le ‘3-4 fois carte bancaire’ sur le web ou en magasin que nous avons lancé il y a deux ans : une répartition en trois ou quatre parts du paiement, permettant un financement plus facile ». Banque Accord a aussi choisi « un positionnement de prix bas, grâce à des marges faibles et des coûts moindres, assure Jean-Pierre Viboud. L’objet est de renforcer l’image discount d’une enseigne. Même si nous gagnons moins sur chaque dossier de crédit, nous nous rattrapons sur les volumes. » Innovation et satisfaction clients sont aussi au cœur de la stratégie de CA CF. Mais ne suffisent pas.

Marges et mutualisation

La tendance est aux économies d’échelle, voire à la mutualisation. Celle-ci s’est déjà illustrée dans la constitution de coentreprises telles que La Banque Postale Financement : la filiale bancaire de La Poste y a gagné une expertise immédiate, son partenaire Société Générale de nouveaux flux et revenus. Le groupe BPCE va quant à lui passer à l’étape suivante. « Natixis Financement est né du partenariat noué en 2001 entre Cetelem et les Caisses d’Epargne, rappelle Frédéric Chenot, son directeur général. Nous avons maintenant acquis un savoir-faire sur l’ensemble de la chaîne de valeur. » Natixis va ainsi pouvoir racheter les 33 % de capital détenus par BNP Paribas Personal Finance dans Natixis Financement. Dans le même temps sera créée une plate-forme commune de gestion des contrats qui devrait être opérationnelle en 2014. Ce double accord a été scellé en juillet 2010. « Dans une industrie où les marges baissent, le choix de l’industrialisation et de la mutualisation s’impose, relève Frédéric Chenot. L’enjeu stratégique réside dans l’acte de vente, réalisé dans les agences bancaires avec nos outils de ‘scoring’. Les phases suivantes sont moins discriminantes commercialement. Nous pouvons donc gérer la vie des contrats des réseaux Caisse d’Epargne et Banque Populaire, de BNP Paribas Personal Finance et de ses partenaires sur une plate-forme commune. » L’investissement se chiffre en dizaines de millions d’euros, mais sera amorti en deux ou trois ans, grâce aux volumes traités : plus de 10 millions de contrats.

Bien sûr, la logique bancaire est aussi de resserrer les relations entre producteurs et distributeurs internes. Pour 11,3 milliards d’euros d’encours enregistrés par Natixis en 2011 (+13 % par rapport à 2010), BPCE a communiqué 6,9 milliards d’euros pour le réseau Banque Populaire (-2,2 %) et 10,5 milliards (+1,4 %) pour Caisse d’Epargne. « L’essentiel des crédits à la consommation des Caisses d’Epargne passe par Natixis Financement, précise Frédéric Chenot. Nous intégrons ceux des Banques Populaires depuis l’été dernier. A l’exception de deux d’entre elles, toutes sont maintenant fournies par Natixis Financement. » Dans le projet stratégique « Ensemble » de BPCE, sur 501 millions d’euros de synergies de revenus générées en 2011, le crédit à la consommation tient déjà une part de 39 %. Quant à CA CF, il aurait maintenant 51 % de sa production française (13,7 milliards d’euros pour 28,6 milliards d’encours gérés, hors partenariat avec Fiat) en provenance des réseaux du groupe : LCL et les caisses régionales. Mais les 39 caisses du Crédit Agricole ne sont pas encore toutes convaincues : 35 l’ont choisi pour leur crédit renouvelable, 26 pour leur crédit à la consommation.

Coûts et liquidité

Fin mars, CA CF a commencé à informer son personnel en vue d’un plan social qui serait mis en œuvre en 2013. En France, 250 postes seraient supprimés. CA CF pourrait également procéder à un remembrement de ses services centraux, à partir de juin. « Les acteurs sont amenés à adapter leur stratégie : nous avons présenté notre plan en mai dernier. Après la rupture créée par la crise de la dette souveraine, nous avons aussi dû proposer un plan d’adaptation. Enfin, mi-décembre, nous avons communiqué notre plan de transformation pour la France, avec un modèle recentré sur le client, explique une source interne. Il faut prendre en compte d’une part un contexte macroéconomique et financier défavorable et d’autre part les évolutions structurelles en cours : la réglementation, le pas pris par internet sur les autres canaux de distribution, la projection dans un environnement post-Bâle III. »

Cellules d’accompagnement

Tout n’est pas imputable à la loi Lagarde. Si le coût du risque n’augmente pas en France, la proportion de surendettés et le nombre de procédures de rétablissement personnel s’accroissent dans un contexte économique dégradé. Les prêteurs mettent ainsi en place des cellules d’accompagnement en amont et cherchent le bon équilibre entre taux d’acceptation et coût du risque. Mais ils se sentent pris dans un étau. Le sujet de la liquidité est devenu majeur. « Les établissements qui ne sont pas collecteurs ont les plus grandes difficultés à appliquer Bâle III, tant les spécialistes que les filiales », souligne Françoise Palle-Guillabert. L’ASF a d’ailleurs sensibilisé des députés européens à leur spécificité pour que soit amendée cet été la transposition de la réglementation dans la directive CRD4. Quant aux professionnels, ils activent tous les leviers. RCI Banque a lancé ZestO, un livret d’épargne géré par Crédit Mutuel Arkéa (L’Agefi Hebdo du 23 février). CA CF, qui s’est vu fixer l’objectif de réduire de 8 milliards d’euros ses besoins de liquidité d’ici à fin 2012, et d’autant ses encours, diversifie ses sources de refinancement par la titrisation. Enfin, Cetelem Banque (BNP Paribas) poursuit en France le développement de la vente de produits d’épargne et de prévoyance. Etre adossé à un groupe bancaire constitue tout de même des avantages. Cofidis puis Banque Casino ont ainsi choisi de se rapprocher de Crédit Mutuel-CIC. Ces alliances répondent à la fois au sujet de la liquidité et à celui de la mise en commun de moyens. Désormais, outre les filiales de constructeurs automobiles et GE Money Bank, seule Oney Banque Accord reste totalement indépendante.

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