La création d’Aveo ouvre une ère nouvelle dans la monétique en France

le 20/06/2013 L'AGEFI Hebdo

La holding intéresse plusieurs banques. Sur ces sujets d’industrialisation, vitaux dans le contexte actuel, l’économique l’emporte sur le politique.

Aveo est né fin avril, sans que son nom ne révèle sa filiation. Cet « acteur majeur des moyens de paiement et de l’informatique de proximité, ouvert sur l’interbancarité », rassemble les activités des centres monétiques Cirra, Somaintel et Monecam, ces deux derniers ayant absorbé celles des GIE CMM et Monetica. A ce titre, son capital est détenu à 100 % par le groupe Crédit Agricole. Mais il a vocation à s’ouvrir. D’abord, par échange d’actions, à Société Générale, BPCE et Crédit Coopératif, déjà actionnaires de Cirra (à 49 %), spécialiste de la monétique commerçants qui représente « 20 % de l’activité totale d’Aveo » (112 millions de chiffre d’affaires), indique Thierry Hervé, directeur général de la holding. Ensuite à « d’autres banques françaises qui ont dès à présent fait part de leur intérêt pour la démarche, d’ici à la fin de l’année, révèle-t-il. Nous sommes présents sur des métiers où la concurrence bancaire ne s’exerce pas directement et où l’effet volumes est crucial pour optimiser l’équation économique. Les nouveaux actionnaires pourront avoir un siège au conseil d’administration, aujourd’hui restreint à sept membres, même avec une part relativement faible de capital, s’ils apportent un volume d’affaires alimentant le modèle industriel ».

Dans la monétique aux commerçants, ce nouveau groupe gère près de 350.000 terminaux de paiement électronique (TPE) sur un parc d’environ 800.000 en France. « Notre objectif à trois ans est de passer le cap des 400.000. Nous serons plus offensifs sur le reste de l’Europe ensuite, précise son directeur général. Mais nous avons déjà des contrats frontaliers, comme avec Jeff de Brugges, et depuis peu en Europe avec Claire’s et Pimkie par exemple. » Aveo ne travaille pas avec la grande distribution, qui passe plutôt par NCR ou Ingenico, mais avec des enseignes dotées de 40 à 600 magasins - une cible sur laquelle il craint l’expansion d’un groupe comme Point International, fournisseur de solutions de paiement suédois, qui intensifie sa croissance externe en France depuis deux ans.

Le deuxième grand métier d’Aveo réside dans les automates. « Nous venons de passer de 10.000 à 15.000 automates gérés, alors que notre objectif est de 18.000 à horizon 2015, se félicite Thierry Hervé. La seule création d’Aveo a dynamisé nos succès commerciaux. » Paradoxalement, le groupe Aveo n’intervient que sur 60 % du parc de son groupe.

Accompagner des offres globales

En revanche, « lorsque Crédit Agricole Cards & Payments (plate-forme européenne des paiements du groupe, L’Agefi Hebdo du 3 mai 2012, NDLR) a signé l’an dernier avec HSBC France pour lui assurer l'ensemble des prestations monétiques (porteurs, commerçants et automates), ainsi que l'échange pour la compensation domestique de ces opérations de paiements, il a intégré nos prestations de service de centre d’appels et de back-office », explique le patron d’Aveo.

En volume, l’informatique de proximité (postes de travail en agences et services de siège) constitue sa troisième activité. « De ce fait, nous renforçons notre maillage régional, rappelle le directeur général. Sur 800 salariés, plus de 250 sont des techniciens en région. » Et leur nombre ne devrait pas baisser sous l’effet de synergies de coûts, promet-il : « Les sites de proximité sont mutualisés avec les autres activités, mais il n’y aura pas de suppressions de postes car notre objectif est d’augmenter de 25 % le volume d’activités sur trois ans. » De fait, le paiement est essentiel pour le commerce. « Je pense que la reconfiguration des réseaux bancaires aura un impact sur le nombre d’automates, poursuit-il. Mais il sera compensé par leur diffusion dans de nouveaux espaces (commerces, cinémas...). » Aveo s’adapte. « Depuis deux ans, tous les TPE que nous installons permettent le paiement sans contact, précise-t-il. En outre, nous avons été précurseurs, il y a deux ans, dans le domaine des échanges de données informatisées (EDI). Pour les banques, cela représente des volumes quatre fois plus importants que sur les TPE. Notre plate-forme assiste aujourd’hui 30.000 clients en EDI et gestion de certificats. »

Aveo assure enfin des services sur opposition pour 12 millions de porteurs de cartes bancaires, tous clients du groupe Crédit Agricole. « Nous pensons parvenir à 15 millions de porteurs en 2015 », indique Thierry Hervé. Malgré tous ces objectifs de croissance, le directeur général ne fournit pas de montant cible de résultat. « La pression sur les prix sera de plus en plus forte, avance-t-il. Mais nous aurons la capacité de nous aligner grâce à l’effet volumes. » De quoi convaincre les banques de s’allier à ces métiers industriels dont d’autres acteurs souhaiteraient s’emparer. 

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