Convalescence bancaire

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Rentrée à haut risque pour le système bancaire français. A première vue, ses champions abordent pourtant l’échéance dans une position relativement confortable. L’été a été clément sur les marchés, bien loin du psychodrame de 2011, et ils échappent aux scandales qui continuent d’affliger nombre de leurs concurrents britanniques ou américains. Les difficultés du CIF, comme celles de Dexia, restent des exemples coûteux mais néanmoins marginaux d’établissements trop exposés au financement de marché. Enfin, les banques françaises ont, en un an, consenti des efforts considérables et non moins remarquables pour renforcer leur bilan. Aux abois en septembre dernier face à une crise de liquidité sans précédent provoquée par le désengagement soudain des fonds monétaires américains et au brutal durcissement des exigences prudentielles, elles ont globalement atteint leurs objectifs de réduction des besoins de financement en dollars. Quand à leurs niveaux de fonds propres, c’est haut la main et sans recours à des augmentations de capital qu’ils devraient répondre aux normes nouvelles, grâce à une baisse drastique des actifs pondérés des risques. Enfin, leur modèle est désormais apuré grâce à de solides plans de réduction des coûts. Jamais il n’avait été tant demandé aux banques en aussi peu de temps. Leur capacité d’adaptation radicale doit être saluée.

Pour avoir assuré l’essentiel, les banques françaises n’en sont pas moins fragilisées. Car une telle cure d’amaigrissement passe aussi par une refonte douloureuse de leur profil, dont le Crédit Agricole demeure le cas plus évident (lire L’Evénement page 8). On ne sacrifie pas des pans entiers d’activités sans traumatismes, y compris dans les équipes. De surcroît, les plans d’adaptation n’ont pas encore réussi à enrayer la baisse des revenus des BFI (lire page 22). Quant à la banque de détail, au vu des prévisions économiques, elle pourrait bien voir son coût du risque se redresser significativement à un moment où la concurrence pour drainer des ressources, couplée à une baisse des commissions, provoque l’affaiblissement des réseaux.

Ces préoccupations ne sont pas les seules. L’horizon réglementaire demeure aussi très chargé. Au niveau européen tout d’abord, avec le projet d’Union bancaire, dont le volet garantie des dépôts s’annonce particulièrement onéreux, et les derniers réglages des ratios de liquidité de Bâle III dont l’importance est capitale. En France, ensuite, si elles étaient mal calibrées, les réformes envisagées pourraient sérieusement déstabiliser des modèles en pleine transition. A l’heure des derniers réglages des projets touchant l’épargne réglementée et la séparation des activités de détail et d’investissement, le gouvernement doit avoir conscience que la création d’un pôle public de financement ne saurait suppléer à tout. Le financement d’une économie bien mal en point a besoin de banques en pleine santé. Or elles ne sont que convalescentes.

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