Entretien avec... Guntram Wolff, directeur adjoint de Bruegel, centre de recherche économique européen

« Construire une union bancaire rapidement est très difficile »

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Dans quelle mesure l’union bancaire est-elle une solution à la crise actuelle ?

Tout dépend de la manière dont on le fait. Il y a trois questions essentielles : qui supervise les banques et comment ? Qui s’occupe de la résolution et comment est-elle menée ? Comment sont organisées les garanties de dépôts ? Dans un monde idéal, nous aurions les trois éléments introduits en même temps, pour toutes les banques, avec un fond de garantie alimenté par les banques et adossé à un Trésor européen pouvant lui-même compter sur la banque centrale en cas de besoin de liquidités. Le problème est que nous n’avons pas de Trésor européen. Dès lors, il faut se demander qui joue le rôle du Trésor et qui paye pour, d’un côté, les mauvaises créances héritées du passé et, de l’autre, celles qui pourraient apparaître à l’avenir.

Est-ce possible et souhaitable de réaliser cette union bancaire à court terme ?

Il est politiquement très difficile d’introduire une union bancaire dans la situation présente, où vous avez beaucoup de mauvaises dettes dans les bilans bancaires. Une union bancaire maintenant, ce serait mutualiser des pertes, alors que le faire dans une situation assainie, cela signifierait mutualiser des risques, ce qui est très différent et beaucoup plus acceptable. A court terme, l’union bancaire est une manière de distribuer les pertes. C’est le motif principal de l’opposition de certains politiques. Le problème est de savoir comment assurer la transition entre la situation présente et cette situation stable future.

Maintenant ou plus tard, que faut-il mutualiser au niveau européen ?

Il faut d’abord un système d’assurance ou de réassurance des dépôts, sinon il sera difficile de maintenir la confiance dans le système bancaire. En dehors de la Grèce, les retraits restent pour l’instant limités mais s’ils s’accéléraient, nous serions vite dans une situation très difficile. Ensuite, il faut s’occuper des créanciers obligataires. Pour les grandes institutions, au moins, vous avez besoin d’une autorité de résolution qui décide qui prend les pertes. Sinon, vous reportez les pertes sur l’Etat, vous fragilisez le souverain. Evidemment, une telle autorité de résolution représente une entorse à la souveraineté des pays.

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