Consensus français

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Parmi les plus claires conséquences qu’aura eues la crise financière en France figure le consensus massif sur la nécessité de redonner au pays un pôle de financement public puissant. Le débat présidentiel l’a confirmé, au point que le résultat du 6 mai influera peu sur l’évolution de ce dossier. Les deux principaux candidats ont des idées proches qui consacrent le rôle central de la Caisse des dépôts et ne présentent que des différences de degré dans l’intégration, mais non pas de nature. Si Nicolas Sarkozy est élu, il poursuivra dans la voie qu’il a lui-même tracée, et si c’est à son adversaire socialiste qu’échoit le mandat suprême, il achèvera l’édifice en le structurant plus solidement encore en une véritable «banque publique d’investissement». Cette commune volonté n’a rien pour surprendre, puisqu’elle plonge ses racines au plus profond du dirigisme français mis entre parenthèses pendant une petite vingtaine d’années tout au plus. L’idée que l’Etat est légitime pour se substituer au marché défaillant est solidement ancrée dans les élites administratives et politiques. Et c’est tout naturellement que celles-ci ont assigné au nouveau pôle la mission de relayer les banques commerciales entravées dans leur capacité d’action par les nouvelles réglementations prudentielles et de liquidité.

Pour consensuelle qu’elle soit, la démarche ne va pas sans risques. Investir en capital ou prêter implique d’abord des possibilités de gains mais aussi de pertes importantes. La sphère publique en a essuyé de fort lourdes dans un passé tout frais. Sans remonter au défunt Crédit Lyonnais, faut-il rappeler le coût de Dexia pour la CDC? Les résultats tangents de cette institution en 2011 sont là pour inciter les décideurs publics à ne pas présenter la constitution de ce nouveau pôle comme la panacée aux problèmes de financement de l’économie et de sécurité financière. Des limites doivent être tracées si l’on veut que les finances publiques ne soient pas trop exposées. Or, on n’en voit, pour l’instant, nulle trace dans les discours.

Fixer des limites permettrait encore de préciser quel rôle sera dévolu à la sphère financière privée. Or, celui-ci pourrait varier largement, surtout si François Hollande était appelé à donner corps à son idée de scinder banques d’investissement et banques de dépôts. La manière dont il procédera pourrait avoir de grandes conséquences sur le développement de ces deux activités, et finalement sur l’aptitude des banques, commerciales mais aussi mutualistes, à faire pleinement leur métier. La logique de financement « classique » remise à l’honneur dans la sphère publique ne doit pas faire oublier que la France a aussi besoin de BFI performantes, ne serait-ce que pour accompagner le mouvement de désintermédiation rapide du financement de l’économie que Bâle III lui impose pour les prochaines années.

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