Commerzbank modélise la complexité informatique

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

La banque allemande a mis au point un modèle de simulation pour analyser l’impact des nouveaux projets. D’autres établissements sont déjà intéressés.

Nous sommes en train de mettre au point un outil de simulation basé sur notre modèle de description de la complexité informatique pour analyser l’impact des nouveaux projets sur le système d’information », déclare Peter Leukert, directeur des systèmes d’information de Commerzbank. Ce modèle est baptisé « Complexity IT ». Sa conception a débuté en 2008, pour faire de la gestion de la complexité un avantage concurrentiel, notamment en termes d’innovation et de délai de mise au point de nouveaux services. « Nous sommes partis du principe que ce qui ne peut être mesuré ne peut être efficacement géré, expose Peter Leukert. Or la complexité est inhérente au système d’information des établissements bancaires, du fait de la pression concurrentielle accrue, des nouvelles demandes des clients, des évolutions réglementaires notamment. »

La mise au point d’IT Complexity a nécessité deux postes ETP (équivalents temps plein) pour la modélisation et l’identification des données nécessaires. Début 2011, la direction des services informatiques (DSI) de Commerzbank a fait appel à Capco, cabinet de conseil spécialisé en stratégie et architecture IT dans le secteur des services financiers, pour développer le modèle et le rendre exploitable par d’autres établissements financiers. Capco a mobilisé de son côté deux ETP. « Cinq grandes banques sont déjà intéressées, dont trois en Europe et une aux Etats-Unis », révèle Peter Leukert. La diffusion du modèle permettra à Commerzbank et aux autres banques utilisatrices de disposer de données comparatives pour s’étalonner par rapport à un échantillon neutre (benchmark). En collaboration avec Capco, qui était déjà prestataire de la banque allemande lors de sa fusion avec Dresdner Bank en 2009, Commerzbank a organisé une quarantaine d’ateliers pour présenter son modèle à New York, San Francisco, Londres, Genève et Paris. A l’issue de cette première année de collaboration avec Capco, outre l’amélioration du modèle avec la vision transverse à plusieurs établissements bancaires du cabinet de conseil, un outil informatique a été mis au point. Il permet de collecter les données nécessaires au calcul des indicateurs de complexité, de visualiser ces indicateurs et de simuler des scénarios d’impact. Il est également pourvu de fonctions de confidentialité en vue de la mise en place du benchmark. Des contacts ont été initiés au cours du dernier trimestre 2011 avec deux grandes banques françaises, sans possibilité de communiquer leur nom. Le but de ces réunions à venir est de présenter les indicateurs sur lesquels repose IT Complexity.

Des améliorations régulières

Car concrètement, ce modèle repose sur 19 indicateurs, couvrant quatre grands domaines (voir le tableau). Le premier a trait aux fonctionnalités, c’est-à-dire les processus métiers ou logiques supportés par une brique technologique. Le deuxième concerne les interfaces assurant l’interopérabilité entre les briques. Le troisième traite des données. Et le dernier relève des technologies employées. En fait, l’unité élémentaire de ce modèle, ou la brique technologique susnommée, est une application. Dix-sept indicateurs concernent les applications logicielles et deux spécifiquement les éléments d’infrastructures. Ainsi, Commerzbank, qui utilise près d’un millier d’applications, a dû calculer une vingtaine de milliers d’indicateurs pour pouvoir simuler des scénarios d’impact en termes de complexité pour ses projets de développements informatiques. « L’efficacité de ce modèle réside dans sa capacité à rendre compte des différents aspects de la complexité, indique Peter Leukert. Ainsi, par exemple, la complexité la plus importante dans le domaine fonctionnel concerne le suivi des mises à jour des logiciels fournies par les éditeurs, ou les développements internes autour de solutions éditeurs. » En termes de technologies, c’est bien évidemment les applications front-office de la banque d’investissement qui remportent la palme. Quant aux données, c’est la gestion centralisée des données clients dans la banque de détail qui s’avère très complexe. Si le modèle est opérationnel depuis deux ans, des améliorations sont régulièrement apportées. Ainsi, le calcul des indicateurs se sophistique. Des éléments de pondération sont ajoutés progressivement. Par exemple, concernant les interfaces, sont désormais considérés les différents types comme l’accès à une base de données, un web service ou un échange de fichiers. Une dizaine d’indicateurs ont ainsi été pondérés.

Une efficacité déjà éprouvée

Depuis la mise au point du modèle, les indicateurs sont désormais utilisés dans la gestion des projets informatiques. « IT Complexity nous procure un avantage compétitif car nous prenons nos décisions en sachant où investir et quel degré de complexité impliquer, souligne Peter Leukert. La corrélation entre le coût et la qualité du service concerné est très forte. » Ainsi, si l’on considère le projet de fusion avec Dresdner Bank, l’utilisation du modèle a permis de fortement réduire la complexité avec le basculement sur une seule plate-forme informatique et une division par deux du nombre d’applications. Autre exemple, sur les deux dernières années, la mise au point de la nouvelle plate-forme front et middle-office pour la gestion des devises en cash a bénéficié de quatre scénarios issus d’IT Complexity combinant neuf indicateurs. Enfin, plus récemment, la stratégie d’utiliser une base de données centralisée pour les informations liées aux clients nécessitait un nouveau système d’information. Mais à la lumière de trois scénarios issus d’IT Complexity, il est apparu que conserver l’ancien système en lui adjoignant un outil complémentaire de compliance et de gestion des risques permettait de réduire la complexité de 80 % pour 30 % ou 40 % du coût initialement prévu. Montée en puissance du multicanal dans la banque de détail, contraintes réglementaires accrues et resserrement des crédits informatiques dans la banque d’investissement, si ce modèle s’avère effectivement applicable à tous les établissements bancaires, le succès devrait être au rendez-vous. Baisse des coûts et gestion de la complexité, les DSI n’attendent que cela.

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