Comment réduire le risque d’échec d’un projet informatique

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Une récente étude analyse les causes du ratage de grands programmes informatiques et formule des recommandations pour augmenter les chances de succès.

Plus un projet informatique est important, plus il a de probabilités d’aboutir à un échec : dépassement du budget, du calendrier, périmètre fonctionnel restreint par rapport à ce qui était prévu… Ce constat est issu de l’étude « Derisking : comment sécuriser votre prochain grand projet informatique » réalisée par Roland Berger Strategy Consultants. Ce document a été bâti à partir d’entretiens avec de hauts responsables de onze grandes entreprises, des banques et compagnies d’assurances et deux sociétés industrielles, ayant conduit des projets d’envergure allant de 25 à 200 millions d’euros de budget entre 2000 et 2010. Résultats : deux de ces projets ont été des succès, l’un en banque commerciale, l’autre chez un manufacturier automobile ; une grande majorité ont été recadrés sur un périmètre fonctionnel et/ou géographique plus restreint ; deux projets ont été totalement arrêtés.

Parmi les causes identifiées à ces multiples échecs, la sous-estimation de la complexité des projets qui s’est traduite par un dispositif exécutif et un pilotage sous-dimensionnés, et par un « aveuglement face au risque ». Pour Stéphane Potier, associé chez Roland Berger à Paris, « les secteurs de la banque et de l’assurance ne disposent pas d’une culture des projets complexes, à la différence d’autres industries. Ils ont de l’expérience dans les projets de rapprochement, de fusion dans lesquels l’humain compense les manques. Ils savent aussi gérer des projets purement techniques, comme ceux liés aux systèmes de paiement. Mais pour les grands projets qui doivent reposer sur la rigueur et le management, la complexité est trop élevée. De là la nécessité d’en réduire la taille et la complexité à un niveau maîtrisable et d’adapter la capacité de pilotage et d’exécution ». Des projets plus petits avec des objectifs simples, séquencés dans le temps et une organisation du travail par modules : voilà comment les projets ont évolué depuis les années 2000, tirant les conséquences des grands ratages informatiques.

Les bonnes décisions à temps

Au sein de l’équipe de pilotage, il est aussi nécessaire de faire intervenir des gens du métier et non plus seulement des informaticiens. « Il manque une assistance au pilotage, un consultant métier qui fasse l’interface entre les techniciens et les opérationnels métier, indique Stéphane Potier, des personnes capables de détecter les problèmes d’exécution, de les instruire rapidement et de les soumettre aux décideurs. » L’intégration dans les équipes projets de représentants métier, voire l’attribution du pilotage du projet à des gens du métier, a considérablement fait évoluer les choses, empêchant notamment les informaticiens de figer les processus et de contraindre les utilisateurs à s’y plier.

Autre caractéristique de ces échecs, l’omerta qui règne et empêche de parler ceux qui voient les difficultés s’amonceler : « Les gens n’osent pas aller contre leur corps social et dire que cela ne va pas. Tout arrêter serait un tel gâchis qu’on préfère se taire et continuer à dépenser, explique Stéphane Potier. Le projet se poursuit donc encore plusieurs mois jusqu’à ce que la crise éclate et là, le gaspillage est énorme. » Pour contrer cet état de fait, l’étude de Roland Berger préconise de se doter de marqueurs objectifs qui permettent de savoir où en est le projet à chaque instant et d’une équipe extérieure au projet dans laquelle la direction générale est représentée et qui est en mesure d’évaluer les écarts par rapport au calendrier ou au budget. « Ces indicateurs devraient permettre de connaître en permanence le budget consommé, le budget nécessaire pour terminer le projet et le budget de chaque fonctionnalité à développer, note Stéphane Potier. Car c’est en objectivant la réalité qu’il est possible de poser les bonnes questions et de prendre les décisions qui s’imposent, comme arrêter un projet parti à la dérive afin de lui donner la possibilité de se remettre sur les rails. »

Ces conseils sur les bonnes pratiques de gestion de projet semblent évidents mais sont d’actualité à l’heure où les différents métiers de la finance ont besoin d’investir à nouveau dans de grands projets soit pour internationaliser leurs plates-formes et accompagner un développement mondial, soit pour réduire les coûts, ce qui nécessite de moderniser les processus et de les industrialiser, soit pour répartir les tâches entre plusieurs centres de traitement situés dans différents pays.

A lire aussi