Co-op Bank doit remettre à plat cinq ans d’expansion

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Considéré il y a peu encore comme un challenger du secteur bancaire britannique, le groupe s’est en fait égaré dès 2009.

Recruté le 27 mai au poste de directeur général de Co-op Bank, Niall Booker, un ancien de HSBC où il a travaillé trente ans, est conscient de la tâche qui l’attend. « Il n’y aura pas de remèdes faciles », a-t-il d’ores et déjà indiqué. Le nouvel homme fort de Co-op Bank doit en effet ressusciter le groupe mutualiste tombé en disgrâce le 9 mai dernier à l’annonce d’une dégradation de six crans de sa note de dette senior et de dépôt de « A3 » à « Ba3 » par Moody’s ! L’agence a en effet jugé que le groupe pouvait perdre gros sur ses actifs stratégiques et qu’il possédait un faible niveau de couvertures de ses créances douteuses. Enfin, ses niveaux de fonds propres core tier one ont également été jugés considérablement inférieurs à ceux de ses principaux concurrents. De quoi précipiter le départ de l’ancien directeur général de Co-op Bank, Barry Tootell, mais aussi la chute de son obligation subordonnée - de près de 30 %.

Cette dégradation est intervenue quelques semaines après que le groupe mutualiste a annoncé l’abandon de son projet de rachat des 632 agences de la banque partiellement nationalisée Lloyds Banking Group. Un coup dur pour Co-op que les observateurs britanniques imaginaient déjà en challenger dans un secteur bancaire ultra-concentré.

Ses difficultés remontent en réalité à l’acquisition des 245 agences de Britannia Building Society en 2009. A l’époque, les pouvoirs publics avaient vu d’un bon œil le rapprochement de ces deux entreprises, dans un contexte difficile pour le secteur des banques mutualistes. L’acquisition avait permis à Co-op de tripler sa taille et de devenir une super-mutuelle dotée de 46 milliards de livres d’actifs (53,8 milliards d’euros). Or cette transaction s’est également accompagnée d’un changement de profil de risque pour le groupe : Britannia opérait à l’époque sur le créneau des prêts immobiliers, de l’investissement locatif, des prêts sans preuves de revenus et des crédits subprime représentant quelque 40 % du portefeuille de prêts du groupe bancaire fin 2008. Son exposition aux crédits immobiliers commerciaux était aussi de mauvaise qualité : « Les actifs de Britannia ont été acquis à une faible décote (5 % du total des actifs et 4 % des prêts) de manière à refléter les attentes des pertes à venir, explique une note de Barclays. Or cette décote s’est révélée insuffisante et Co-op Bank continue à être impacté par de hauts niveaux de créances douteuses, qui progressent. »

Refinancement

Au cours du second semestre 2012, Co-op Bank a publié des pertes nettes de 463 millions de livres avec des provisions pour pertes sur prêts à hauteur de 380 millions de livres, soit quatre fois plus qu’au premier semestre 2012… Son ratio de fonds propres durs, qui avait chuté à 8,8 % fin décembre, est modestement remonté à 9,2 % en janvier. Reste que le déficit en fonds propres de Co-op Bank, qui a interrompu courant mai sa production de prêts nouveaux aux entreprises, se chiffrerait entre 800 millions et 1,8 milliard de livres, selon Barclays. Or la structure de sa maison mère Co-operative Group limite les sources possibles de refinancement, en raison de la séparation entre les activités financières du groupe mutualiste et son pôle de distribution.

Co-op Bank, non cotée, ne peut pas émettre d’actions et ne peut pas davantage utiliser les dividendes en provenance des opérations de distribution. En revanche, la banque peut s’appuyer sur les dividendes issus de ses opérations d’assurance ou les recettes des ventes de ses filiales en assurances ou en gestion d’actifs… D’ores et déjà, Co-op Bank a annoncé la cession de ses opérations de gestion d’actifs et d’assurance-vie Royal London pour 219 millions de livres, mais il lui faudra attendre le début de l’an prochain pour percevoir une grande partie de ce montant.

Les regards se portent maintenant sur la vente du pôle d’assurance-dommages pour lequel le groupe aurait déjà reçu des marques d’intérêt. Selon la presse anglaise, Co-op pourrait aussi émettre entre 1 et 1,5 milliard de livres à travers un nouveau type de titres de capital, des actions à remboursement différé, un instrument approuvé en mai 2012 et destiné à répondre aux besoins en fonds propres des mutualistes. Dans l’intervalle, le groupe mutualiste poursuit ses discussions avec le régulateur en attendant de dévoiler un plan de refinancement d’ici à la fin du mois de juin.

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