CNP Assurances doit changer de modèle, mais pas d’actionnaires

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

La volonté de BPCE de ne plus confier la production d’une partie de ses contrats au premier assureur-vie de France chamboule aussi la sphère publique.

CNP Assurances doit changer de modèle, mais pas d’actionnaires - Photo : PhB

Tous les facteurs étaient réunis pour que la galaxie CNP change de configuration. A la Caisse des dépôts (CDC), à La Banque Postale (LBP) comme chez BPCE – les actionnaires de l’assureur liés par un pacte –, les nouveaux patrons ont planché sur leurs stratégies à moyen terme. Or les accords commerciaux qui lient distributeurs et producteur arrivent à terme fin 2015. François Pérol, président du directoire de BPCE, a ainsi décidé de confier à Natixis, qu’il définit depuis son premier plan comme la plate-forme industrielle du groupe, la production des contrats d’assurance-vie de ses deux réseaux – Caisses d’Epargne et Banques Populaires –, ainsi qu’une partie de leur assurance-dommages.

Pour CNP Assurances, dont les produits sont surtout distribués par LBP et l’Ecureuil en France, cela entraîne de fait un changement de modèle. Dès lors, son conseil d’administration « entend que les discussions soient menées avec BPCE en vue de définir, à compter du 1erjanvier 2016, un modèle renouvelé de partenariat en assurance de personnes, autour du stock et des affaires nouvelles (…), explique-t-il. A cette fin, la société examinera les schémas de coopération envisageables dans une optique de préservation de l’équilibre global d’un accord de partenariat entre les deux groupes, de protection des intérêts des assurés et des salariés, de protection de l’intérêt social de CNP Assurances et de création de valeur pour l’ensemble des actionnaires de CNP Assurances ». Pour cela, l’assureur se garde des leviers de négociation. Ainsi pourrait-il mettre un terme au mandat par lequel il confie la gestion de ses 128 milliards d’euros d’encours issus des Caisses d’Epargne à Natixis Global Asset Management… pour proposer ces avoirs de 4,8 millions de clients à La Banque Postale Asset Management. Propriétaire des encours et des contrats, CNP pourrait en outre gérer ce portefeuille en extinction, soit lui-même, soit en le confiant à un réassureur.

Prochain produit phare

Quoi qu’il en soit, les flux de CNP seront réduits aux nouveaux contrats noués par LBP et aux versements effectués sur tous, y compris ceux signés dans les Caisses d’Epargne jusqu’à fin 2015. Au premier semestre de cette année, le chiffre d’affaires de CNP réalisé avec l’Ecureuil s’est réparti entre 1,7 milliard d’euros d’affaires nouvelles et 1,9 milliard en versements sur des contrats existants. « Il est très difficile de séparer les flux et les stocks dans cette activité d’assurance-vie, insiste une source au sein de CNP. Il faudra dix ans à Natixis Assurances pour atteindre le niveau d’encours que nous avons actuellement avec les Caisses d’Epargne. Et comment sera traité le prochain produit phare en assurance-vie, l’euro-croissance ? On estime que 15 % à 20 % du stock pourrait être transféré vers ce nouveau produit » présenté en conseil des ministres le 13 novembre. Certifiant préserver l’exclusivité de CNP jusqu’au terme de leur accord, François Pérol aurait prévu un comité de pilotage entre les Caisses d’Epargne et CNP Assurances à ce sujet. Toute baisse d’affaires nouvelles affaiblira néanmoins la capacité de l’assureur à générer du résultat, ce qui peut avoir un impact sur sa rentabilité et sur son cours de Bourse. Dès que le Figaro a évoqué une nouvelle donne commerciale, les volumes d’échange ont d’ailleurs grossi et le titre a chuté. « La présence des Caisses d’Epargne est constitutive de l’entreprise, rappelle la même source interne. La décision de BPCE nous laissant avec un seul réseau de distribution peut faire peser un risque sur notre statut boursier. » BPCE détient 18,7 % de CNP Assurances, via Sopassure - holding commun avec LBP. Son éventuelle sortie du capital déclencherait une offre publique, avec l’effet d’un big bang, risquant de détruire de la valeur pour LBP, mais aussi la CDC.

Ces actionnaires se connaissent bien, même si les hommes ont changé à leur tête. La CDC est aujourd’hui au capital de CNP et de La Poste. En 2006, date des précédents accords négociés entre CNP Assurances et Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE), elle sortait de la CNCE (dont elle détenait 35 %) et progressait dans celui de l’assureur… En 2008, CNP a en outre été sollicité pour racheter Natixis Assurances. François Pérol ne peut donc pas prendre le risque politique et social de tirer un trait sur le pacte d’actionnaires, toutefois lui aussi renouvelable fin 2015, quelles que soient ses raisons objectives d’y rester.

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