Hervé Phaure, directeur associé Risk Advisory chez Deloitte

« Une clarification de la méthodologie et de l’objectif serait souhaitable »

le 21/11/2013 L'AGEFI Hebdo

La BCE évoque une « interprétation conservative » des IFRS. Qu’en pensez-vous ?

Une prise en compte harmonisée des critères réglementaires et comptables doit être appliquée afin d’arriver à des visions comparables d’un pays à l’autre. L’« interprétation conservatrice » des IFRS [international financial reporting standards, NDLR] peut aussi se faire en tenant compte éventuellement des normes locales. Elle vise surtout, selon nous, à assurer que des actifs de natures et d’évaluation comparables seront bien pris en compte. Toutefois, il y a une dichotomie entre le régulateur qui a une vision à un an et le financier qui a une vision à terme, bien que le provisionnement selon les IFRS n’a pas vocation à être conservateur… Par ailleurs, l’approche comptable actuelle est fondée sur une notion de pertes avérées, alors que la future norme IFRS 9 pour la partie provisionnement est basée sur un concept de pertes attendues. Une clarification de la méthodologie et de l’objectif pour ce volet serait souhaitable.

Est-ce que cette revue des actifs (asset quality review, AQR) perturbe la clôture des comptes 2013 ?

Ce sont des exercices disjoints. Cependant, la nature des travaux à réaliser portant dans un premier temps sur la consolidation de données historiques pour l’AQR intervient en même temps, il est vrai, que la clôture des comptes. Sur un plan opérationnel, c’est une charge de travail en plus. Sur un plan financier, l’AQR va porter sur l’analyse des provisions, mais selon des critères et des objectifs qui n’ont pas été clarifiés jusqu’à présent. Toutefois, des enjeux de communication financière seront à considérer au 31 décembre 2013 et dans les arrêtés trimestriels de 2014.

Comment le travail réalisé par la BCE s’articule-t-il avec le vôtre ?

Notre rôle est de vérifier dans chaque groupe dont nous sommes commissaires ou co-commissaires aux comptes si les normes comptables sont respectées et si les processus de contrôle sont adéquats au regard des bonnes pratiques bancaires. La Banque centrale européenne cherche à répondre à un objectif différent qui consiste à réaliser une analyse de grande ampleur des expositions bancaires et des risques encourus, et intervient dans le cadre d’une phase préparatoire à la mise en place du mécanisme de supervision commun. Ainsi, elle va s’appuyer sur des données et des estimations qui auront pour partie été vérifiées dans le cadre des travaux d’audit. On ne peut toutefois pas penser que la nature des analyses et contrôles sera comparable avec les travaux effectués par les commissaires aux comptes, surtout pour les 'stress tests'.

A lire aussi