Dossier Banques émergentes

La City ouvre ses portes aux banques chinoises

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Cette offensive sert autant la stratégie internationale de Pékin que l’ambition de Londres de devenir le centre « offshore » pour le renminbi.

Les banques chinoises ouvrent des succursales à Londres

Le 15 octobre 2013, George Osborne a déroulé le tapis rouge aux banques chinoises. En permettant à ces établissements d’ouvrir des succursales à Londres, le chancelier de l’Echiquier britannique a levé une hypothèque de taille en leur permettant d’opérer dans la City. « A la différence du statut de filiale, le statut de succursale permet à ces banques d’avoir accès au bilan de leur maison mère, élargissant de ce fait leur champ d’action », explique Maggie Zhao, avocat senior au sein de Clifford Chance. « Mais la déclaration diplomatique faite par le chancelier en octobre dernier n’a toujours pas été transposée en réglementation. Il faudra encore quelques mois avant que ces banques puissent ouvrir des succursales. » Jusqu’à présent, seule Bank of China, installée à Londres depuis 1929, opérait au travers d’une agence.

Depuis 2009, les autres quatre plus grosses banques chinoises contrôlées par l’Etat – Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) China Construction Bank (CCB), Agricultural Bank of China (ABC) et Bank of Communications (BoCom) – s’étaient implantées dans la City sous la forme de filiales. Depuis l’annonce de George Osborne, CCB et ICBC auraient posé leurs candidatures pour l’ouverture d’agences, selon des sources bien informées. « L’établissement des banques chinoises à Londres sert à la fois les intérêts des Chinois et des Britanniques » explique Kate Phylaktis, professeur de finance à la Cass Business School, « les Chinois veulent un élargissement de l’influence du renminbi et faciliter les projets d’investissement chinois tandis que les Britanniques veulent maintenir leur position comme l’un des principaux centres financiers mondiaux ».

L'assouplissement des relations entre Londres et Pékin a permis à ICBC, la 3

eplus grosse banque mondiale par capitalisation boursière, d’acquérir le contrôle de l’activité de marché de la banque sud-africaine Standard Bank fin janvier, basée en grande partie à Londres, pour 765 millions de dollars. De quoi permettre à la banque de bénéficier d’un accès direct dans le trading dans la City. Si cette acquisition va permettre à ICBC de contribuer à son objectif de 10 % des bénéfices à l’étranger d’ici à 2016, elle marque aussi une étape importante dans la stratégie des banques chinoises à Londres, concentrées jusqu’à présent sur la banque de détail et commerciale : « Les clients de ces banques sont principalement des grosses entreprises internationales basées en Europe ou ailleurs, qui disposent de connexions avec la Chine » écrivait He Ying, auteur d’une étude sur les banques chinoises à Londres pour le compte du CSFI (Centre for the Study of Financial Innovation) : « Dans le cas des banques qui disposent d’activités de détail, elles ciblent des individus chinois habitant au Royaume-Uni à qui elles proposent des services de banque en ligne pour compenser l’absence de réseaux d’agences. »

Investissements massifs dans l'économie britannique

Au fil des ans, la Chine a massivement investi dans l’économie britannique. Plus de 18,8 milliards de dollars auraient circulé au Royaume-Uni depuis 2005, selon des données du Heritage Foundation : China Investment Corporation (CIC), le fonds souverain chinois, détient aujourd’hui 10 % de l’aéroport d’Heathrow, 8 % de Thames Water ou encore 100 % de Songbird, la société de gestion du quartier d’affaires de Canary Wharf. En 2007, China Development Bank (CDB) avait acquis une participation de 3,1 % dans la banque britannique Barclays et, plus récemment Londres, a permis à la Chine d’investir dans les centrales nucléaires britanniques.

Outre la multiplication de ces investissements, Pékin s'est lancé dans une politique d’internationalisation du renminbi à laquelle le Royaume-Uni a répondu présent. Depuis septembre 2011, George Osborne a multiplié les accords avec la Chine afin de faire de la City la plaque tournante offshore du renminbi. Avec déjà quelques succès : China Construction Bank, ICBC, et plus récemment Bank of China ont toutes choisi Londres pour émettre des obligations offshore en renminbi. « Il ne fait aucun doute que la Chine cherche à réformer le renminbi et à rendre plus flexible le taux de change de la devise » explique Kate Phylaktis. « Le potentiel du renminbi est énorme et cette monnaie peut fort bien accéder au troisième rang des devises mondiales. Pour ce faire, Pékin va devoir appliquer des politiques macroéconomiques efficaces pour renforcer la confiance internationale dans le renminbi », conclut l’enseignante. 

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