Chez Malakoff Médéric, Vincent Cornet optimise les investissements

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Le groupe de prévoyance/retraite complémentaire affine sa gestion actif-passif grâce à une forte proximité des deux pôles.

Agilité, réactivité. » Deux mots clés dans l’exposé de Vincent Cornet, qui a rejoint Malakoff Médéric fin 2009 pour diriger les investissements du groupe. « Notre groupe avait déjà une organisation financière articulée entre investissement et société de gestion. Mais ces liens n’étaient pas aussi étroits que le nécessite le nouveau cadre de Solvabilité II », explique celui qui a depuis recruté de manière équilibrée aussi bien des « attaquants » - au sein de la société de gestion du groupe (Fédéris Gestion d’Actifs, FGA, 25 milliards d’euros d’encours) dirigée par Anne Courrier depuis 2010 - que des « défenseurs » - au sein du pôle allocation des investissements dirigé par Laurent Degioanni, également depuis 2010. Ses équipes approchent aujourd’hui la centaine de professionnels entre la direction des investissements (6), FGA (39), les pôles immobilier/private equity (13), le back-office « titres » (10), les équipes de trésorerie (financière et d’exploitation) du groupe, etc.

Au cœur de Solvabilité II

Fort de son parcours, ce gérant de formation estime « avoir été sans doute l’un des plus sensibles aux contraintes du métier de l’assurance » lors de son passage chez Axa IM (1997-2006) : « Mais je me rends compte aujourd’hui que j’étais encore loin du compte tant les paramètres liés au passif peuvent être optimisés lorsqu’on raisonne en ‘risque absolu’ et qu’on les intègre dans les actes de gestion. » « C’est intéressant pour nous d’avoir un regard neuf sur l’assurance car nous nous sommes tout de suite positionnés dans le cadre de la directive Solvabilité II », ajoute Laurent Degioanni, au centre de la gestion actif-passif (ALM), « un peu comme un interprète entre nos actuaires et nos gérants ». Sachant que le groupe compte cinq grands métiers avec, d’une part, la gestion de la retraite complémentaire (Agirc-Arrco), et d’autre part, l’assurance santé, la prévoyance, l’épargne-retraite et la prévoyance décès : « Avec, pour chacun, des passifs très hétérogènes, et très différents de l’assurance-vie. »

L’équipe de Laurent Degioanni, qui assume aussi le rôle d’économiste pour le groupe, a pour missions principales de participer au pilotage des budgets et résultats financiers, en ciblant les rendements en fonction des options et ajustements sur les marchés et en assurant la solvabilité avec une vision continue et prospective. Et de mettre en œuvre la stratégie d’allocation actif-passif issue de ces réflexions. « Le profil de Laurent, qui a vécu l’expérience du Fonds de réserve pour les retraites, nous est utile pour mieux anticiper les flux, comprendre nos passifs de manière exhaustive, affiner nos gestions et privilégier la liquidité la plus adaptée », résume Vincent Cornet, en évoquant les paramètres liés aux engagements vis-à-vis des assurés : durées, contrats, rendements, etc. « Les horizons moyens sont peu représentatifs », confirme Laurent Degioanni. Par exemple, un contrat de prévoyance santé, dont les engagements sont généralement courts, peut être prolongé en faveur de la veuve ou des enfants jusqu’à leur majorité... Ou un contrat d’épargne-retraite en euros garantissant un rendement minimal va influencer les allocations.

« Il ne faut pas oublier le niveau de fonds propres (supérieur à la moyenne) qui nous permet éventuellement d’assumer certains risques, sachant que Solvabilité II remet l’analyse des risques à la fois d’assurance mais aussi de marchés au centre du système. Avec une logique contre-intuitive dans le sens où, pour augmenter son ‘risque actions’, il faut parfois d’abord réduire son ‘risque taux’ », rappelle Vincent Cornet. Par exemple, pour un passif de 10 ans se rapportant à un actif obligataire de 8 ans, le « gap de duration » de 2 ans va désormais coûter du capital supplémentaire (SCR). Un assureur qui a peu de fonds propres (parfois même les plus grands) devra alors aligner ces durations avant de prendre d’autres risques : « Un autre aura plus de marges de ‘créativité’ quand le ‘beau temps’ revient sur les marchés. »

Gestion internalisée

La spécificité du groupe tient dans la société de gestion FGA, qui a développé une compétence reconnue sur les obligations de la zone euro et les actions large caps, commençant à attirer des clients tiers intéressés par une allocation ciblée. Ses équipes, qui ont par ailleurs mis en place un processus pointu de sélection de fonds pour les actions émergentes, small caps, etc., se sont réorganisées depuis deux ans autour de trois missions : la gestion des mandats (pour les clients « prévoyance » contraints par Solvabilité II, 65 % des encours), la gestion active d’OPCVM (30 % des encours), et l’allocation tactique. Celle-ci permet, via des fonds spécifiques, de mettre en place des stratégies directionnelles ou de corriger l’allocation, « par exemple pour respecter les engagements de certains mandats sans en modifier la composition grâce à l’utilisation de produits dérivés de type ‘swaps’, explique Anne Courrier. Cette gestion précise de nos portefeuilles obligataires à court, moyen et long terme nécessite d’être très proche du pôle ALM ». Notamment via des échanges internes quotidiens, en plus d’une réunion « marché » hebdomadaire globale (hors les réunions des équipes taux, actions, mandats, tactique) et d’une réunion tactique mensuelle avec des représentants de la direction des investissements.

« Solvabilité II nous oblige à réfléchir en permanence à tous les curseurs : nous sommes passés d’une approche statique, avec de simples pourcentages d’allocation, à une approche dynamique, où tout changement a un impact direct sur la duration optimale et sur l’allocation en capital », insiste Vincent Cornet, qui travaille aussi à l’élaboration de « modèles internes », définis à partir du modèle standard d’allocation des fonds propres (QIS 5). « Finalement, avoir sa propre société de gestion, quand on en a les moyens, permet de faciliter la ‘transparisation’ (sic) sur les actifs que nous impose Solvabilité II et d’accélérer la transmission d’informations, qui serait forcément plus longue avec plusieurs prestataires extérieurs », estime Vincent Cornet.

Le lien avec les « clients » que constituent les différentes entités du groupe décisionnaires s’en trouve aussi simplifié : « Quand nous avons repensé notre ‘benchmark’ en intégrant des actions émergentes, nous avons souhaité que nos administrateurs comprennent tout, et nous avons pu être plus précis et transparents dans ce souci de pédagogie. » Cette approche nécessite une flexibilité certaine des équipes de FGA pour être réactifs face aux marchés : « Avec la nouvelle régulation, les autorités ont rendu les investissements procycliques. Tout le monde bouge dans le même sens et en même temps. » Avec une marge de manœuvre limitée, qui pousse à une analyse plus fine et à l’usage de produits plus sophistiqués.

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