Dossier Moyens de paiement

Le chèque recule lentement mais sûrement

le 01/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Si ce mode de paiement conserve des atouts, il souffre de son coût. Pouvoirs publics et banques cherchent à limiter son utilisation.

La France reste de loin le pays européen qui en utilise le plus. En 2011, 2,97 milliards de chèques ont été émis dans notre pays, pour un montant total de 1.787,4 milliards d’euros, d’après les chiffres que s’apprête à publier la Banque de France. Le chèque demeure le deuxième moyen de paiement, en valeur, derrière le virement. Cependant, le nombre de chèques émis, lui, diminue, d’environ 4 % chaque année depuis dix ans, et de 4,9 % l’an dernier. Il ne représente plus que 17 % des opérations de paiements en volume (voir le graphique).

« Les Français utilisent de moins en moins de chèques, mais ils continuent de préférer ce moyen de paiement pour les gros montants, d’où le maintien de son importance, en valeur », explique Pascal Burg, associé au cabinet de conseil Edgar, Dunn & Company. Le montant moyen d’un chèque était de 602 euros en 2011, contre 50 euros pour la carte bancaire.

Un passage obligé

Le chèque bénéficie encore d’une série d’atouts pour les particuliers qui en sont les principaux utilisateurs. « C’est un outil largement accepté et très souple, estime Maxime Chipoy, chargé de mission banques et assurances à l’association UFC-Que Choisir. Il est à l’initiative de l’émetteur puisque ce dernier décide du montant et du moment du paiement, tout en sachant qu’il bénéficie d’un différé d’encaissement de quelques jours. » Autre avantage de taille : il est gratuit.

Dans bien des cas, le chèque est un passage obligé. « Les particuliers utilisent beaucoup leur chéquier, notamment pour payer d’autres particuliers dans le cadre de services à domicile et de cadeaux, mais aussi pour régler des frais de santé, de crèche, de cantine et de scolarité, ou des activités sportives et culturelles, précise Pascal Burg. Dans tous ces domaines, le chèque est souvent le seul moyen de paiement possible. »

Sa grande concurrente, la carte bancaire, gagne néanmoins du terrain. Les raisons ? Avec l’explosion du commerce sur internet, les Français prennent l’habitude de payer en ligne. D’autre part, de plus en plus de commerçants, tant dans les magasins que les restaurants, refusent tout simplement le chèque, par crainte qu'il soit sans provisions ou volé. « Le chèque n’offre aucune garantie de paiement à celui qui l’encaisse, contrairement à la carte qui délivre ou non une autorisation de paiement à chaque transaction », souligne Pascal Burg.

Au-delà des petits commerçants, les entreprises de la grande distribution, les facturiers - tels les groupes d’énergie, de télécommunications, etc. -, les administrations publiques et les banques veulent aussi réduire l’usage du chèque, en raison de son coût estimé, selon une étude d’Edgar, Dunn & Company, entre 0,35 et 0,80 euro par chèque encaissé, soit environ 1,3 milliard d’euros par an pour les entreprises et la grande distribution. Pour le secteur bancaire, le coût du chèque atteindrait entre 0,7 et 4 milliards d’euros par an, selon cette étude. C’est en se basant sur ces estimations que le rapport sur L’avenir des paiements en France, remis il y a quelques mois par Georges Pauget et Emmanuel Constans, président du Comité consultatif du secteur financier, juge qu’il est devenu trop onéreux et qu’il faut réduire de moitié d’ici à 2017 le nombre de ses émissions en France. A cet égard, le Sepamail, service de virement de proximité (lire page  41), que veulent lancer les grandes banques de la place, pourrait réduire de 25 % en dix ans le nombre de chèques s'il convainc consommateurs et entreprises.

Développer le virement en ligne

Rendre le chèque payant, qui serait le moyen le plus radical pour le réduire brutalement, n’est toutefois a priori pas envisagé. « Il faut avant tout développer les possibilités de paiements par carte bancaire et de paiements en ligne, qu’il s’agisse du paiement par carte sécurisé en ligne ou du virement en ligne qui est gratuit et très peu développé en France », préconise Emmanuel Constans.

Dans le domaine du virement en ligne, les initiatives foisonnent. Paypal propose un service pour régler les factures, mais aussi pour les paiements entre particuliers, via leur adresse e-mail ou leur numéro de téléphone portable. Crédit Agricole a lancé une offre sur ce créneau, avec son service Kwixo, de même que des opérateurs de téléphonie mobile, avec Buyster. « Nous assistons à une floraison d’offres de paiement par mobile. Cependant, il n’y a pas un système qui s’impose, avec des standards communs, et donc pas encore de solution de remplacement au chèque qui est, lui, universel et gratuit », estime Max Chipoy. Dans cet environnement, le chèque risque de continuer à décliner, lentement, pour le moment.

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