Des cartes de paiement dédiées au monde des transporteurs

le 26/01/2012 L'AGEFI Hebdo

La Compagnie de l’Arc Atlantique, nouvel établissement de paiement, a choisi d’installer le système de « core banking » allégé de Sab.

Nouveaux venus dans le monde jusqu’alors très fermé des banques, les établissements de paiement commencent à émerger en France depuis l’entrée en vigueur de la directive sur les services de paiement (DSP) en France en 2009. Destinée à ouvrir ce marché à des acteurs non bancaires, cette directive devrait permettre à des sociétés innovantes et souvent axées sur l’affinitaire de proposer des moyens de paiement assortis de services spécifiques à des communautés. C’est le cas de C2A, la Compagnie de l’Arc Atlantique : issue du monde du transport, elle a reçu son agrément en tant qu’établissement de paiement le 5 septembre 2011 et se prépare à lancer deux cartes de paiement dédiées aux transporteurs (chauffeurs routiers) et aux dirigeants d’entreprises de transport. « Notre objectif est de proposer une solution de paiement et de gestion des notes de frais qui réponde précisément aux besoins des entreprises de transport de l’Espace économique européen, expose Lionel Charrut, directeur général de C2A. En effet, depuis la crise financière de 2008, ce secteur a de moins en moins accès à des garanties bancaires ou à des moyens de paiement adaptés. C’est pourquoi C2A lancera prochainement des cartes de paiement Mastercard paramétrables, qui fonctionnent comme des cartes bancaires traditionnelles, et sur l’ensemble du réseau MasterCard. »

Les cartes sont rattachées à un compte bancaire alimenté par l’entreprise cliente ; chaque compte pourra servir aux dépenses de plusieurs cartes. Les entreprises clientes auront les outils nécessaires pour paramétrer leur utilisation, voire les brider, c’est-à-dire les limiter à certains types de transactions : l’achat de carburant et de produits pétroliers, le paiement d’amendes, de voyages en ferry, de péages autoroutiers, de services de restauration ou d’hôtellerie… Il est aussi possible de restreindre leur usage à certains pays ou à certains jours, voire à certaines heures seulement (du lundi au vendredi, de 6h à minuit…). Les entreprises disposeront également d’une solution de suivi des dépenses. La flexibilité de la solution permet en outre d’attribuer un certain montant de dépenses autorisé par semaine, d’opérer le rechargement avec un plafond d’utilisation en paiement et en retrait, mais aussi d’avoir une vision en temps réel de l’ensemble des consommations de chaque carte grâce à un rapport de gestion permanent.

Règles strictes

Pour ce faire, C2A a dû bâtir un système d’information à partir de briques existantes et avec l’aide de prestataires spécialisés chacun dans son domaine. Les exigences réglementaires ont beaucoup pesé dans le choix de l’architecture : « L’argent est cantonné et uniquement accessible à nos clients, nous appliquons des règles strictes de lutte antiblanchiment et nous disposons d’un système d’alerte et de blocage des transactions en cas de risque de fraude, souligne Lionel Charrut. Ce sont des points très importants pour C2A. C’est pourquoi nous avons opté pour un système totalement paramétrable sur lequel nous gardons la main et que nous pouvons adapter à des besoins spécifiques. » Le progiciel bancaire Sab pour les établissements de paiement a été retenu pour l’ensemble de ses fonctionnalités : gestion des tiers, gestion des opérations, gestion commerciale, gestion de l’activité à l’étranger au cas où C2A bénéficierait ultérieurement du passeport européen. Le progiciel prend également en charge la gestion des moyens de paiement, la facturation des contrats et services, la gestion du risque, la comptabilité, le contrôle de gestion, les déclarations réglementaires (Surfi)…

C2A a également demandé à Sab d’aménager la solution pour qu’elle s’adapte à la partie monétique. « La nouveauté a été d’intégrer l’autorisation temps réel sur les transactions cartes, explique Eric Zerbin, directeur de marchésde SAB. C’est une nécessité pour C2A qui doit apporter un service de haute disponibilité à ses clients, car les chauffeurs routiers sont susceptibles de réaliser des transactions 24h sur 24 et 7 jours sur 7. D’autre part, C2A avait besoin d’un système d’information embarquant une offre applicative dédiée aux établissements de paiement et issue de notre offre ‘core banking’ SAB utilisés par nos clients. » Une offre adaptée à ces acteurs qui, ne pratiquant pas le crédit, n’ont pas besoin de toute la complexité d’un système bancaire classique. Sab s’est positionné sur le marché des établissements de paiement dès 2009 en proposant un progiciel comprenant les fonctionnalités essentielles : comptabilité, rapports réglementaires et procédures antiblanchiment. C2A a aussi choisi cette offre pour son accessibilité en mode Saas (software as a service) qui permet de déléguer la gestion des volumes à Sab et donc d’éviter des dépenses élevées dès le début de l’activité.

Pour le traitement des flux monétiques, C2A s’appuie sur Monext, filiale du groupe Crédit Mutuel Arkéa. Gemalto prend en charge la fabrication et la personnalisation des cartes. Crédit Mutuel Arkéa est la banque chef de file et MasterCard le réseau émetteur international.

Lancement en mars

Les deux premières cartes, C2A Truck et C2A First, seront commercialisées en mars, respectivement pour les chauffeurs routiers et pour les chefs d’entreprises de transport. Elles permettront bien sûr les retraits d’espèces et/ou les paiements aux points de vente limités aux dépenses professionnelles, mais aussi les transactions sur internet en mode 3D Secure pour la C2A First, en particulier pour les réservations de voyages. Le service inclut également un dispositif de génération de carte virtuelle pour les achats en ligne. « Il s’agit d’adapter la technologie et les fonctions du paiement aux besoins métier de nos clients. Celles-ci devront rapidement évoluer à l’avenir », résume Lionel Charrut, qui souligne la progression très rapide de l’usage des smartphones et des tablettes chez les professionnels du transport (+20 % par an).

Plusieurs clients sont actuellement en phase de test. Parmi les services liés à la carte, C2A propose l’assistance médicale/rapatriement du chauffeur, l’assistance au camion, des coupons de réduction chez certains prestataires partenaires. Des accords sont aussi à prévoir avec différents apporteurs d’affaires avec lesquels C2A pourrait émettre des cartes comarquées. Il est donc important pour cet acteur d’avoir choisi un système informatique bancaire évolutif et flexible permettant l’intégration de fonctions à la carte.

Pour l’heure, C2A est le premier établissement de paiement à avoir opté pour Sab. D’autres ont choisi des progiciels non bancaires, comme Aqoba qui s’est équipé de Générix, une solution plutôt tournée vers le commerce de détail. D’autres encore ont développé leur propre système d’information, tel Slimpay qui s’est positionné sur l’acquisition de paiements Sepa (Single Euro Payments Area) : SDD et SCT (équivalents respectifs du prélèvement et du virement). En l’absence de solution de marché disponible au moment de son lancement, la société, dont le personnel est constitué à 80 % d’ingénieurs spécialisés en informatique bancaire, a développé son propre système d’information. A chaque établissement de paiement correspond un choix de solutions, interne ou externe, dédiées à son activité et à son modèle économique.

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