Dossier Cartes

Les cartes bancaires prépayées décollent timidement

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Préchargées d’un montant à dépenser, elles peuvent séduire les particuliers mais aussi les entreprises et les acteurs publics.

Un montant de 117 milliards d’euros. Voilà ce que pourrait représenter le marché européen des cartes prépayées d’ici à 2017, selon une étude du Boston Consulting Group commandée l’an dernier par Mastercard. Si trois pays (Royaume-Uni, Italie et Russie) pèsent plus de la moitié du total, le potentiel en France est tout de même estimé à 7,5 milliards d’euros. Sur ce marché non négligeable, les banques françaises se sont pourtant lancées avec timidité.

Les premières expériences remontent à 2005. LCL proposait une carte de paiement Visa prépayée à offrir comme cadeau. Le produit a rencontré un succès limité. « La distribution était trop contraignante car la carte n’était vendue qu’en agence et à condition d'avoir un compte bancaire ouvert, contrairement aux cartes concurrentes comme Kadeos, disponibles en grandes surfaces, analyse Philippe Bertinchamps, président de l’association Prepaid Exchange France. De plus, la carte n’était pas assez personnalisée et attrayante : elle ressemblait trop à une carte bancaire classique pour être perçue comme un cadeau. »

Pour Philippe Bertinchamps, la carte prépayée constitue avant tout une solution marketing qui doit faciliter les transactions de certains segments de clientèle. Première cible : les parents, à travers les cartes prépayées jeunes qui leur permettent de verser de l’argent de poche à leurs enfants, tout en gardant un œil sur leurs dépenses. Egalement visés par ces cartes, les interdits bancaires et les personnes ne disposant pas de compte en banque. Les populations étrangères ont aussi la possibilité d’acheter ce type de cartes pour les envoyer à la famille dans leur pays d’origine, si ce dernier est suffisamment équipé en réseaux comme Visa ou Mastercard. La carte prépayée constitue aussi une alternative à des organismes comme Western Union.

Généraliste

Au-delà de ces cibles spécifiques, la carte prépayée peut faire office de carte généraliste. Certaines personnes s’en servent pour réaliser leurs achats sur internet, considérant qu’en cas de fraude, la somme perdue sera limitée au montant chargé sur la carte. Mastercard communique actuellement sur PCS, une carte prépayée et rechargeable disponible dans plus de 20.000 points de vente : bureaux de tabac, relais-presse, etc. La carte est activable immédiatement sur un simple envoi de SMS. Elle permet de retirer de l’argent et de régler les achats en boutique ou en ligne dans tout le réseau Mastercard. La recharge maximale est plafonnée à 1.000 euros, pour des raisons de lutte contre le blanchiment d’argent.

Des opportunités existent aussi du côté des entreprises. Visa a conçu des cartes « incentive » qui sont rechargées en guise de récompenses lors des défis commerciaux. Pour les intérimaires réalisant un nombre d’heures limité de travail, les « cartes salaires » peuvent remplacer le chèque de banque. Autre cible, le secteur public représente plus de 25 % du potentiel de marché en Europe, d’après l’étude du Boston Consulting Group. Les administrations ont la possibilité de verser des allocations directement sur des cartes, sans avoir recours aux chèques et au papier. Des structures publiques aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou encore en Italie utilisent déjà ce type de produits.

En France, 90 % du potentiel de marché s’adresse aux particuliers. Mais « le cadre juridique, encore mouvant, freine les ambitions des banques, décrit Emmanuel Robert, directeur marketing de Visa France. Pour autant, il y a du potentiel partout où il y a du papier : chèques, tickets-restaurant, fiches de paie, etc. » Pour Matt Lanford, responsable prépayé chez Mastercard Europe, la carte prépayée constitue en fait une étape intermédiaire vers le paiement par téléphone mobile. Une analyse partagée par Philippe Bertinchamps, qui insiste sur les moindres coûts d’exploitation : ceux-ci vont décroissant selon que l’on paye par chèque, par carte bancaire ou par téléphone mobile. 

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