Dossier/Direction achats

La carte d’achat en quête d’un nouveau souffle

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Ce moyen de paiement qui réduit les coûts de traitement commence à devenir visible, grâce aux administrations.

Bien que présente en France depuis une quinzaine d’années, la carte d’achat est encore loin d’être banalisée, d’autant plus que rares sont les banques à la commercialiser. Parmi elles, on trouve le Crédit Mutuel-CIC, Société Générale, BNP Paribas et la Banque Populaire. Destinée à simplifier les approvisionnements en produits non stratégiques dans les entreprises, cette carte est à l’origine d’échanges évalués entre 500 et 600 millions d’euros l’an dernier, dont plus de 90 % dans le secteur privé, les grandes entreprises en particulier. « Elle remplace avantageusement le chèque dont le traitement revient cher et ne permet pas une bonne collecte d’informations, détaille Luc Janssen, senior vice president en charge des cartes entreprise de Visa Europe. La carte d’achat permet un paiement électronique qui s’accompagne de nombreuses données facilement intégrables dans le système d’information de l’entreprise. » De son côté, le secteur public commence à s’en servir depuis la publication en 2004 d’un décret autorisant les services de l’Etat, les collectivités locales et les établissements publics à recourir à la carte d’achat. Selon le Crédit Mutuel-CIC, les principaux utilisateurs sont les villes, les communautés urbaines, les départements. Le groupe bancaire compte ainsi parmi ses clients Paris, Toulouse, Dijon, le Grand Nancy, les Bouches-du-Rhône ou les Hauts-de-Seine.

L’intérêt de ce moyen de paiement réside dans les économies qu’il permet par l’automatisation du processus de traitement des factures : tous les échanges sont réalisés sous forme de données numériques entre le fournisseur, la banque et l’acheteur, alors que le traitement papier de la procédure occasionne des frais évalués entre 80 et 150 euros par achat, soit souvent plus que la valeur des biens acquis. Après plusieurs étapes réglementaires, le marché interministériel de la carte d’achat a été attribué, à l’issue d’un appel d’offres, à BNP Paribas en janvier 2009. La banque doit donc fournir pour une période de quatre ans les cartes elles-mêmes, mais aussi toutes les prestations de conseil et d’accompagnement lors de leur mise en place.

Sensibiliser les PME

Une dynamique s’est créée si l’on en juge par la progression des montants payés grâce aux cartes d’achat dans le secteur public, c’est-à-dire près de 69 millions d’euros en 2009, soit une hausse de 58 % sur une seule année (voir le graphique). « Ce nouvel enthousiasme des acteurs publics pour la carte d’achat devrait lui permettre de susciter à nouveau l’intérêt des entreprises, espère Solange Ligeret, secrétaire générale de l’Apeca, l'Association des professionnels européens de la carte d’achat. En effet, les collectivités locales souhaitent d’abord travailler avec des prestataires locaux qui eux-mêmes doivent être équipés pour pouvoir accepter ce type de paiement. Or, souvent, ces TPE et PME ne connaissent pas la carte d’achat et hésitent à investir dans un équipement qui leur paraît coûteux. Mais il y a des solutions accessibles à tous, comme le recours à un prestataire tel qu’Ogone ou ITS. » C’est pour mieux faire connaître la carte d’achat et ses modalités d’émission et d’acceptation que l’Apeca a lancé en 2010 un tour de France qui a reçu un bon écho. Il sera prolongé dans trois villes en 2011. L’association diffuse en outre de nombreux documents pour aider les candidats à bien évaluer l’intérêt de se lancer dans ce type d’initiative. « Mettre en œuvre la carte d’achat constitue un vrai projet de fond, structurant et appuyé par la direction de l’entité, estime-t-on au Crédit Mutuel-CIC. Cela implique de nombreux services, achats, approvisionnements, finances, comptabilité, utilisateurs, communication ainsi que les fournisseurs de l’entité et le Trésor Public. »

Côté entreprises, on constate une reprise de l’équipement après quelques années d’essoufflement. « La carte d’achat devrait à nouveau se développer car les entreprises ont fini leurs investissements dans les grands ERP (progiciels de gestion intégrés, NDLR) et se mettent à travailler sur les achats non paramétrables, en particulier sur les achats de prestations intellectuelles décomptées en jours/homme comme l’intérim ou le conseil… », explique Olivier Taligault, directeur business development BtoB chez American Express, leader du marché. De plus, le contenu de la carte elle-même s’est considérablement enrichi : outre le paramétrage qui fixe un cadre à la nature et au montant des achats, les rattache à un budget et à certaines personnes autorisées, cette carte offre de nombreuses informations. « Nous proposons des outils de gestion de l’intégration comptable, de 'reporting', de dématérialisation fiscale », complète Stéphanie Laroque, directrice marketing d’American Express. Les sociétés en tirent ainsi une intéressante capacité d’analyse et de gestion de leurs dépenses. D'ailleurs, Visa Europe mise sur le développement de ce marché avec une nouvelle plate-forme destinée à ses banques partenaires et offrant des services de ce type.

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