Les captives automobiles accélèrent l’évolution de leur modèle

le 21/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Malgré la baisse de leur activité commerciale et la remontée du coût du risque, les acteurs ont su préserver leur rentabilité.

Violente sortie de route pour Banque PSA Finance (BPF). Ce 14 février, dans la foulée de l’abaissement de la note du groupe PSA Peugeot-Citroën, Standard & Poor’s (S&P) a dégradé sa filiale de crédit (ou captive) d’un cran à « BB+ », la plaçant ainsi en catégorie spéculative. Une décision motivée par la crainte d’une détérioration de ses revenus liée à l’effondrement des ventes du constructeur sur le marché européen. « La résilience de ses revenus nous apparaît moins solide qu’auparavant, juge Rayane Abbas, analyste crédit chez S&P. La contraction de sa base de clientèle est plus prononcée. Dans un horizon de deux ans, la chute des ventes du constructeur pourrait impacter la production de Banque PSA Finance et conduire à un effritement de ses encours. » Las, BPF est d’ores et déjà victime de ce phénomène d’érosion, ses encours ayant reculé de 5,2 % en 2012, à 23,1 milliards d’euros.

Hausse du coût du risque

De fait, les captives des constructeurs ont subi de plein fouet la chute des immatriculations en Europe et la crise économique. Chez BPF, le nombre de véhicules financés a ainsi reculé de 4,6 % et le montant des financements consentis a diminué de 3,7 %. Confrontée aux mêmes difficultés, sa rivale RCI Banque - dont Moody’s a abaissé la note d’un cran à « Baa3 » début janvier - a réussi à limiter la casse. Malgré un recul de 4,7 % du nombre de contrats financés et de 2,6 % de sa production de crédit, la filiale de Renault a en effet vu ses encours progresser de 6,2 %, à 24,2 milliards d’euros. « 2012 restera une année de référence, estime d’ailleurs Philippe Buros, directeur commercial de RCI Banque. Nous avons 35 % de taux de pénétration sur nos marchés, en hausse de 1,4 point. »

Dans un contexte aussi morose, les établissements ont toutefois réussi à préserver leur rentabilité. Les situations sont cependant très contrastées. Si le résultat avant impôt de RCI Banque n’a reculé que de 1,6 %, celui de BPF accuse en revanche une chute de 26,5 %. Un dérapage causé en partie par une hausse marquée du coût du risque : il a bondi de 152 % chez BPF à 290 millions d’euros (soit 1,23 % des encours) et de 75 % chez RCI Banque à 91 millions. Et l’avenir ne s’annonce guère radieux. « Le risque n’a pas dérapé en 2012, mais on s’attend toutefois à une légère hausse du coût du risque en 2013, jusqu’à 0,50 % », pronostique ainsi Dominique Thormann, PDG de RCI Banque.

Chasse aux dépôts

Pas question cependant de céder à la sinistrose ambiante. Malgré la dégradation de leurs notes respectives, les captives ont assuré le refinancement de leurs activités à moyen terme. « Nous ne nous attendons pas à des problèmes de refinancement pour les captives », confirme Rayane Abbas. De fait, RCI Banque a levé 5,4 milliards d’euros avec une maturité supérieure à un an. « Nous gérons un horizon de liquidité élevé afin de survivre pendant 340 jours sans recours au marché », explique Dominique Thormann qui enregistre 6,9 milliards d’euros de liquidités disponibles, dont 4,4 milliards nets. Quant à BPF, outre la garantie de l’Etat de 7 milliards d’euros approuvée provisoirement par Bruxelles le 11 février, son refinancement est sécurisé sur la période 2013-2015 grâce aux 11,5 milliards d’euros de crédits bancaires renégociés en décembre. Afin de réduire sa dépendance aux marchés, la captive a toutefois accéléré la diversification de ses sources de refinancement. L’an dernier, elle a ainsi réalisé 3,1 milliards d’euros de titrisations, leur part bondissant ainsi de 18 % à 27 %. BPF entend désormais partir à la chasse aux dépôts des particuliers en lançant au premier semestre un livret d’épargne qui pourrait lui permettre « d’attirer entre 400 et 600 millions d’euros d’ici à fin 2013 ou début 2014 », avait avancé l’établissement en octobre. Une démarche inspirée du succès du livret Zesto de RCI Banque qui, à fin 2012, a engrangé 893 millions d’euros, soit 4 % de son refinancement. La filiale de Renault entend désormais passer à la vitesse supérieure avec le lancement d’un dépôt à vue en Allemagne ce 18 février, puis d’un compte à terme en France d’ici à mi-2013. Objectif : capter 2,5 milliards d’euros d’ici à fin 2014, soit 10 % de ses encours de prêts. Autant d’outils qui doivent assurer leur autonomie de financement et, ainsi, leur permettre de préserver la pérennité de leur modèle. 

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