Entretien avec... Marc Van Caeneghem, associé industrie financière risk advisory chez Deloitte

« Le calcul des ratios nécessite de compléter les modèles de données »

le 23/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans votre étude sur « Bâle III et la gestion de la liquidité », 71 % des banques européennes interrogées déclarent pouvoir calculer leur ratio de liquidité court terme (LCR) de façon trimestrielle. Pourquoi les banques françaises ne publient-elles pas d’estimations ?

La définition et le calibrage du LCR, et plus encore le ratio de liquidité à long terme (NSFR), ne sont pas encore définitifs. Il subsiste par exemple des différences entre la directive CRD4 récemment adoptée et les propositions du Comité de Bâle de janvier dernier dont on peut anticiper qu’elles devraient être largement reprises à terme dans les règles européennes. Compte tenu de la sensibilité de ces indicateurs et des incertitudes réglementaires qui subsistent, il n’est pas surprenant que les établissements ne cherchent pas à communiquer ces éléments au marché. Cela leur permet d’ailleurs de continuer à adapter au besoin leur structure financière ainsi que les processus de production.

Le traitement des dépôts dans le calcul du LCR est la principale difficulté soulevée par les banques (pour la moitié d’entre elles). Pourquoi ?

Pour les dépôts, la difficulté réside principalement dans la capacité à distinguer dans les outils actuels les parts stables et instables. De manière générale, le calcul du LCR, que ce soit par entité ou en consolidé, nécessite systématiquement de compléter les modèles de données existants notamment pour pouvoir véhiculer de manière suffisamment granulaire les caractéristiques des actifs/passifs utilisées dans le calcul du ratio. Outre les dépôts, cela concerne aussi, par exemple, les actifs éligibles ou encore les éléments de hors bilan. Quel que soit le mode retenu pour calculer ces ratios (outil de consolidation ou gestion actif-passif) la mise en place de ce dispositif requiert le plus souvent des ajustements significatifs des outils et des processus.

Les organes dirigeants sont-ils impliqués ?

En raison de l’importance du risque de liquidité (accès au refinancement et hausse de son coût), les dirigeants sont bien sûr beaucoup plus impliqués qu’il y a quelques années. Pour autant, nous constatons dans notre étude que les organes délibérants (conseil d’administration ou équivalent) restent encore en retrait dans la définition de l’appétit au risque et des limites correspondantes. Ce point nous semble d’autant plus important que la liquidité n’est pas un silo et qu’il est nécessaire de prendre en compte les interactions entre la gestion de la liquidité, la gestion du capital ou encore la gestion du risque global de taux.

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