Les « cajas » espagnoles accélèrent leur mutation

le 26/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Le relèvement des niveaux de fonds propres exigés a précipité la consolidation du secteur des caisses d’épargne.

La mutation historique des caisses d’épargne espagnoles s’est accélérée en ce début d’année. Soucieuce de freiner la contagion de la crise en provenance de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal, la ministre de l’Economie, Elena Salgado, a surpris le secteur en janvier dernier en introduisant un décret relevant les niveaux de fonds propres obligatoires.

Les caisses ayant ouvert moins de 20 % de leur capital aux investisseurs privés ou affichant une trop grande dépendance aux marchés pour se financer devront atteindre un ratio de fonds propres durs de 10 % d’ici à la fin de l’année. Elles doivent y parvenir soit en ouvrant leur capital, soit en faisant appel au fonds d’aide à la restructuration du système bancaire (Frob) qui en deviendra actionnaire pour un maximum de cinq ans. Pour les autres, le seuil minimal monte à 8 %. La Banque d’Espagne et l’exécutif anticipent de la sorte Bâle III. Mais les autorités cherchaient avant tout à pousser les caisses d’épargne en difficulté encore réticentes à « bancariser » leurs activités.

« Aux yeux des investisseurs étrangers, une caisse d’épargne espagnole est un objet difficilement identifiable, observe Jesus Castillo, analyste chez Natixis. D’où la réforme menée en 2010 qui visait à clarifier son statut. » De fait, les caisses d’épargne espagnoles traditionnelles ont pratiquement disparu depuis janvier puisque même celles ayant opté pour les aides publiques ont dû ouvrir leur capital au Frob.

Selon les plans approuvés par le régulateur fin avril, quatre caisses en difficulté - Bankia, Banca Cívica, Banca Mare Nostrum et la fusion menée par Cajastur - ont décidé de tenter leur chance auprès des investisseurs privés. Quatre autres, surtout des caisses catalanes et galiciennes, feront appel au Frob. Parmi elles, seule la CAM (Caja Mediterraneo) a demandé au fonds de couvrir l’intégralité de ses besoins de recapitalisation, soit 2,8 milliards d’euros. Les autres tenteront de réaliser un panachage privé-public.

Deux introductions

La Banque d’Espagne évalue à 15 milliards d’euros les besoins de recapitalisation de ses banques. Un chiffre qui semble « cohérent » à Jesus Castillo : « Cela représenterait 1,5% du PIB espagnol, soit un effort en ligne avec ce que d’autres pays ont déjà injecté dans leur système bancaire. » Deux introductions en Bourse (IPO) sont prévues dans le secteur d’ici à l’automne. La première à l’annoncer fut La Caixa, paradoxalement l’une des caisses les plus solides qui n’était pas contrainte de s’ouvrir aux investisseurs privés. Elle a toutefois préféré prendre les devants. La totalité de son activité bancaire a donc été transférée à sa holding de participation déjà cotée qui est devenue CaixaBank. Elle compte se présenter cet été avec une décote de 20 % par rapport à sa valeur comptable.

« Compte tenu de la situation du secteur bancaire, y compris internationale, ce niveau semble raisonnable, estime Santiago Carbó, professeur à l’université de Grenade. Elle place haut du même coup le seuil pour les caisses d’épargne concurrentes qui devront admettre des décotes plus importantes. » Au premier rang desquelles figure la madrilène Caja Madrid qui mène désormais avec Bancaja le plus grand groupe de caisses, Banco Financiero y de Ahorros (BFA), formé par sept enseignes. Elle prépare pour cet été l’IPO de sa nouvelle banque, Bankia, qui pourrait devoir assumer une décote de 40 %. Le groupe a décidé d’assainir Bankia en assignant tous les actifs liés aux terrains immobiliers, les plus toxiques, au capital de sa banque non cotée, BFA, là où seront aussi injectées les aides du Frob. Ses dirigeants rejettent le terme de bad bank car, assurent-ils, BFA pourra générer des profits. Ils ont notamment décidé d’y placer certaines des participations industrielles les plus juteuses du groupe.

Le recours à une structure de défaisance semble en tout cas faire école parmi les autres groupes de caisses ayant opté pour une bancarisation de leurs activités financières. Cela leur permet de présenter aux investisseurs des établissements débarrassés de l’exposition immobilière. « L’immobilier reste la plus grande source d’incertitude car le marché ne donne aucun signe de reprise », souligne Santiago Carbó. Quant aux fonds d’investissement, ils sont déjà en nombre à Madrid mais ils exigeraient encore des rabais trop importants aux yeux des caisses même les plus désespérées.

Ces dernières attendent en revanche de voir se matérialiser les déclarations d’intérêt faites ces dernières semaines par les fonds souverains du Qatar, de Norvège et de Chine. Tous les investisseurs potentiels sont encore en phase d’observation. « La feuille de route est là et la réforme va dans la bonne direction, mais le processus n’en est qu’à ses débuts », résume Santiago Carbó. La complète normalisation du secteur bancaire et la réactivation du marché du crédit attendront encore.

A lire aussi