Caisses d’épargne espagnoles, l’étonnant retour

le 31/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Malgré des bénéfices, la prudence reste de mise concernant celles qui constituent la pierre angulaire des crédits immobiliers avant crise.

Bloomberg

Bonne nouvelle pour l’Espagne du côté des caisses d’épargne : au premier semestre 2013, elles ont renoué avec les bénéfices. La Confédération espagnole des caisses d’épargne (CECA) a annoncé mi-septembre que celles qui étaient considérées comme le talon d’Achille du système financier espagnol affichaient désormais 2,86 milliards d’euros de bénéfices, contre 5,94 milliards de pertes un an auparavant. Eduardo Escrihuela, responsable du département de fusions et d’acquisitions de la compagnie d’audit MGI Audicon & Partners, estime : « A partir du moment où le bilan est assaini et que tous les actifs toxiques disparaissent, la banque peut de nouveau gagner de l’argent avec son activité normale. »

Deux décrets-lois du ministre de l’Economie, Luis De Guindos adoptés l’an dernier ont forcé les caisses d’épargne à mettre plus de 53 milliards d’euros de côté pour assainir leurs comptes, selon la CECA. Avec cet énorme effort, en 2012, les résultats des douze caisses ont globalement plongé à près de 6 milliards de pertes alors qu’ils étaient positifs de 2,1 milliards l’année précédente. Cependant, le quotidien El País écrit que derrière ces chiffres apparemment positifs se cache une réalité amère : « Elles gagnent plus parce qu’elles ont moins provisionné (8,5 milliards d’euros), parce qu’elles ont gagné de l’argent en rachetant des actions préférentielles à leurs clients (2,9 milliards d’euros cette année, surtout pour les caisses nationalisées) ou parce qu’elles ont vendu des participations industrielles (soit 4,7 milliards d’euros). »

Deux traitements

L’économiste Joaquín Maudos, de l’Institut de recherches économiques de Valence, distingue les caisses d’épargne qui ont été nationalisées des autres. Même parmi les premières - Catalunya Banc, Novacaixagalicia et Bankia -, il y a d’« énormes différences ». Dans le cas de la catalane, issue de la fusion de trois caisses et nationalisée en septembre 2011, « si on enlève les plus-values extraordinaires, explique-t-il, sa marge de bénéfices est pratiquement nulle ». S’il estime que le Fonds de restructuration bancaire espagnol (Frob) aura moins de difficultés à vendre la galicienne Novacaixagalicia, il précise cependant que l’Etat ne pourra pas récupérer tout l’argent public injecté, soit un total de 9 milliards d’euros.

Quant à Bankia, elle affiche un résultat après impôts de 648 millions d’euros sur les neuf premiers mois de 2013, et « la valeur de ses actions sera multipliée par cinq dans les prochaines années », estime Eduardo Escrihuela. Mais après que ce géant né du regroupement des activités de sept caisses d’épargne en 2010 aura vendu des participations en vertu d’un accord passé avec Bruxelles, il devra aussi « réduire ses coûts pour améliorer son rendement », souligne Joaquín Maudos. Selon l’agence Reuters, la banque devrait recevoir d’ici à la fin du mois 5 milliards d’euros, soit « une avance sur les 19 milliards d’euros que Bankia a demandés à l’Etat dans le cadre d’un plan de sauvetage global de 23,5 milliards d’euros » - le montant de l’aide publique qui a servi à renflouer les caisses nationalisées en Espagne.

Même si « le secteur s’est totalement assaini », c’est au prix d’« une restructuration brutale en termes de nombre de succursales et d’emplois », remarque Joaquín Maudos. Sur les 45 caisses d’épargne qui existaient en 2008, seules 12 ont survécu. Ont ainsi été sacrifiés environ 10.000 agences et 45.000 emplois. Mais le secteur n’est peut-être pas au bout de ses peines car la Banque d’Espagne a demandé de nouvelles provisions pour que les banques se protègent contre les prêts renégociés avec leurs emprunteurs. Un effort supplémentaire qui pourrait coûter entre 5 et 10 milliards d’euros.

Pour le moment, le montant exact des provisions que chaque établissement devra réaliser n’est pas connu, ce qui pourrait peut-être encore provoquer des « surprises du côté des caisses nationalisées »,estime Joaquín Maudos. La prudence reste de mise tant que la revue des actifs européenne n’aura pas passé à la question chaque établissement. Mais, quoi qu'il en soit, cet effort additionnel va encore retarder l’ouverture du robinet des crédits tant attendus par une économie espagnole en panne de financement depuis le début de la crise.

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