Caisse des dépôts et consignations, un bras désarmé par l’Etat

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Pour la seconde fois de son histoire, la CDC enregistre des pertes. Et prépare un nouveau plan stratégique dans un univers recomposé.

Pendant les travaux, l’activité continue » : un avis de ce genre aurait pu précéder la présentation des résultats 2012 de la Caisse des dépôts (CDC) à la presse. Moins parce que les principaux bâtiments de la vieille Dame de la rue de Lille sont en effet en chantier, ou parce que sa direction générale a été remembrée entre l’arrivée de Jean-Pierre Jouyet l’été dernier et le départ à la fin de ce mois d’Antoine Gosset-Grainville qui avait assuré l’intérim à partir de mars 2012, mais parce que la CDC vit une restructuration profonde. L’activité continue : le groupe affiche un résultat récurrent positif de 1,55 milliard d’euros (niveau comparable à 2008) tandis que la section « fonds d’épargne » affiche 1 milliard de bénéfice courant (contre 1,5 milliard de pertes en 2008), permettant une dotation de 658 millions d’euros au fonds pour risques bancaires généraux (en 2008, le FRBG avait connu une reprise de 1,7 milliard). Mais les travaux pour en finir avec les colmatages de la crise et pour bâtir la Banque publique d’investissement (BPI) ont ébranlé la Caisse. Au point de faire basculer son résultat consolidé dans le rouge, comme en 2008 (voir le tableau).

C’est dans ce contexte que son directeur général Jean-Pierre Jouyet, qui prévient que la CDC va devoir « maîtriser ses coûts, notamment de fonctionnement », prépare un nouveau plan stratégique pour l’été. Quatre axes soutiennent sa réflexion : s’appuyer sur « le statut de tiers de confiance » de la CDC, notamment pour obtenir « de nouveaux mandats de gestion pour compte de tiers » ; « mobiliser plus que jamais les expertises du groupe pour renforcer sa compétitivité dans les territoires » ; « accroître sa dimension internationale » dans « différents secteurs » et sur « de nouveaux marchés » et « s’affirmer comme un acteur majeur de la biodiversité et du numérique ». Alors que la CDC a déjà « un rôle moteur » dans le financement des collectivités locales, avec une enveloppe de 20 milliards mise à leur disposition jusqu’en 2017 par le fonds d’épargne et la création de La Banque Postale Collectivités Locales (35 % CDC) refinancée par la Sfil (20 % CDC), ses missions seront ainsi recentrées. Pouvait-il en être autrement ?

Consolider les fonds propres

Jean-Pierre Jouyet préfère parler d’un « bras armé dans l’intérêt général » lorsque la CDC est désignée comme le « bras armé de l’Etat », mais a dû constater 2 milliards d’euros d’éléments exceptionnels en 2012 sur des dossiers qui n’étaient « pas forcément du seul choix de la Caisse », relève Henri Emmanuelli, président de sa Commission de surveillance. Le pouvoir exécutif a ainsi forcé la main de la CDC pour qu’elle entre au capital de Veolia Transdev sans y disposer de pouvoir opérationnel (200 millions de dépréciations) ; pour qu’elle intervienne en pompier auprès de Dexia (453 millions de dépréciations) ; ou qu’elle donne corps au Fonds stratégique d’investissement (FSI) dont la seule participation dans France Télécom (13,5 %), apportée par l’Etat lors de sa création en 2009, plombe finalement de un milliard son résultat consolidé. « Ce qui me fait de la peine, c’est que malgré cela nous devions verser 500 millions d’euros à l’Etat au titre de la contribution représentative de l'impôt sur les sociétés, pointe Henri Emmanuelli. Disons une contribution à l’intérêt général », mais ni dividende, ni « prélèvement sur le fonds d’épargne, souligne Benjamin Dubertret, directeur de cette section, car il a été convenu avec le gouvernement de la nécessité de consolider nos fonds propres ».

La Caisse des dépôts se trouve ainsi partiellement désarmée. Le niveau de ses fonds propres est certes « satisfaisant sur la base de son modèle prudentiel » selon Henri Emmanuelli, mais ils remontent de « 2,7 milliards, à 23,7 milliards d’euros, du fait des plus-values latentes », souligne Olivier Mareuse, directeur des finances du groupe, qui précise que celles-ci s’élèvent à 4,3 milliards sur le périmètre consolidé. Le groupe va donc devoir, plus que jamais, se comporter en investisseur avisé : « Nous examinerons les conditions permettant d’optimiser notre patrimoine et la gestion de notre portefeuille, explique son directeur général, étant entendu que nos principaux risques seront dans la BPI. » De fait, pour créer cette banque à 50/50 avec l’Etat, la Caisse des dépôts a principalement été amputée de sa filiale CDC Entreprises, de ses 51 % du FSI et de ses 27 % dans Oséo. Elle compte toutefois sur sa nouvelle filiale pour lui verser des dividendes dès cette année.

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