Les cabinets comptables, bientôt des entreprises comme les autres

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour tous ceux qui s’inscrivent dans la durée, basculer d’une logique de prestataire à une logique d’entreprise de services est un impératif absolu.

Ludovic Melot, directeur d’études chez Xerfi-Precepta

Les cabinets d’audit et d’expertise comptable ont mieux résisté à la crise que la plupart des autres secteurs de l’économie. Il faut dire que la profession demeure très protégée. D’une part, les prestations délivrées sont souvent obligatoires et récurrentes ; d’autre part, le taux de fidélité de la clientèle (de l’ordre de 90 %) ferait pâlir de jalousie les secteurs concurrentiels de l’économie marchande. Enfin, les cabinets évoluent encore (pour l’instant) en situation de monopole.

Les petits cabinets sont ceux qui ont le mieux traversé la crise, que ce soit en termes d’activité ou de marges. Cela dit, cette bonne résistance ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. La profession, qui s’est longtemps caractérisée par des évolutions lentes, voit en effet les mutations de son environnement s’accélérer. Parmi les principaux facteurs d’évolution, citons notamment la disparition de pans entiers de l’activité des cabinets dans le cadre des projets de simplification des démarches administratives des entreprises (1), mais aussi l’inflation réglementaire et le durcissement des normes en matière d’audit et de comptabilité.

Une inflation qui peut certes être source de missions, mais qui pèse lourdement sur les coûts de formation des cabinets. S’ajoute à cela la montée en puissance de la concurrence des acteurs associatifs (et notamment CER France), qui bénéficient d’un environnement réglementaire favorable, mais aussi (surtout ?) d’un positionnement qui paraît mieux à même de répondre aux besoins de l’entreprise de demain. On constate également des tensions sur les prix nées de la « banalisation » des prestations comptables traditionnelles, et des mutations dans la demande des entreprises, qui veulent des prestations globales (et plus seulement purement comptables), tout en conservant une relation de proximité avec leurs partenaires.

Enfin, les cabinets comptables vont devoir faire face à la remise en cause annoncée de leur monopole et très certainement à l’arrivée sur le marché de la comptabilité d’opérateurs puissants comme les banques et les compagnies d’assurances.

Compte tenu de ces mutations, les petits cabinets comptables, qui, rappelons-le, dégagent encore des marges très satisfaisantes, font face à un choix stratégique. Soit ils se contenteront de gérer le déclin de leur modèle actuel, fondé sur l’expertise technique et la relative captivité de leur clientèle. Avec pour ambition de « se vendre » à un Big Four (Deloitte, Ernst & Young, KPMG, et PricewaterhouseCoopers, NDLR) en mal d’implantations locales ou à un acteur associatif (2).

Ce choix peut notamment s’avérer pertinent pour des patrons de cabinets qui approchent de l’âge de la retraite (et ils sont nombreux). Soit les professionnels se remettent en cause et font évoluer la nature de leurs prestations pour se placer dans une logique « d’apporteur de solutions », plutôt que dans une optique purement technique. Un choix qui s’impose pour les cabinets qui se situent dans une optique de développement à long terme.

Pour tous ceux qui s’inscrivent dans la durée, basculer d’une logique de prestataire de services à une logique d’entreprise de services est en effet un impératif absolu. Les cabinets vont donc rapidement devoir s’interroger sur des problématiques comme le positionnement, la structuration de l’offre de conseil, le marketing de l’offre, l’attractivité et la gestion des ressources humaines, les techniques de management, les outils de gestion de la relation client, la communication, etc.

Bref, les cabinets comptables vont devenir des entreprises comme les autres, ce qui les poussera à manier des concepts qui sont depuis longtemps le pain quotidien de leurs clients.

(1) La suppression de l’obligation de certifier les comptes des petites sociétés par actions simplfiées (SAS) a constitué un premier coup de semonce, mais la remise en cause de l’obligation de tenue de comptabilité pour les petites entreprises représenterait une catastrophe majeure pour la plupart des petits cabinets comptables

(2) Les grosses associations de gestion et comptabilité sont d’ailleurs de plus en plus sollicitées par des petits cabinets qui souhaitent se faire racheter afin de pérenniser leur activité.

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