BPCE, un pas de plus dans l’industrialisation

le 21/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Le groupe mutualiste vise 870 millions d’euros de synergies de revenus entre Natixis et les réseaux d’ici à fin 2017.

François Pérol, président du directoire de BPCE. Photo: Denis Allard/REA

«Ensemble», le plan d’après crise de BPCE axé sur le redressement dans le sillage de la fusion des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires, est en passe de s’achever. Place désormais à «Grandir autrement», la nouvelle feuille de route du groupe mutualiste pour la période 2014-2017. Le cap est mis sur la rentabilité. Sur la base d'un objectif de revenus de plus de 23 milliards d’euros à l’issue du plan, soit une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 3%, le résultat net est appelé à doubler à 4 milliards d’euros. Au-delà d’économies de coûts attendues pour 900 millions d’euros (voir le graphique), l’internationalisation (lire l’encadré) et les synergies de revenus seront au cœur des nouvelles ambitions. L’effort portera sur l’accentuation des interactions entre Natixis et les réseaux, 870 millions d’euros de synergies de revenus étant anticipés, dont 400 millions au profit de la filiale cotée.

Natixis, futur bras armé du groupe dans l’assurance

Au-delà des activités de banque de grande clientèle, Natixis a vocation à devenir l’usine de production de BPCE en matière d’assurance. Alors que les Caisses d’Epargne sont liées en assurance vie à CNP Assurances (CNP) jusque fin 2015, Natixis prendra le relais à compter du 1er janvier 2016. BPCE Assurances, qui développent les activités dommages ainsi qu’une partie des activités prévoyance des Caisses d’Epargne, est par ailleurs appelé à rejoindre Natixis dès 2014. «Notre objectif est d’intégrer davantage la production d’assurance pour devenir un bancassureur de plein exercice», déclare François Pérol, président du directoire de BPCE. «Au cours des dernières années, nous avons investi dans un système informatique, opérationnel depuis 2010, qui nous permet d’accueillir de nouveaux contrats d’assurances sans investissement majeur», développe Laurent Mignon, directeur général de Natixis, chiffrant les investissements passés à «quelques dizaines de millions d’euros». En revanche, «un travail sur le lien avec les réseaux sera nécessaire  afin que chaque conseiller puisse proposer les produits développés par Natixis Assurances », poursuit le dirigeant. «Natixis Assurances, qui assure en vie et en prévoyance les clients des Banques Populaires (hors Bred), a un savoir-faire de longue date dans l’assurance-vie et plus récent dans l’assurance des emprunteurs (depuis 2007). La filiale a développé un système d’information adéquat (y compris extranets), ce qui constitue le nerf de la guerre dans l’assurance. Il se révèle dès lors possible pour Natixis Assurances de concevoir, développer et gérer des offres pour les Caisses d’Epargne », observe Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures. BPCE risque cependant de se livrer à des discussions tendues avec les actionnaires de CNP que sont l’Etat et la Caisse des dépôts et consignations, ces derniers voyant d’un mauvais œil le dénouement des liens commerciaux entre l’entreprise publique et le groupe mutualiste...

Dans le cadre d’un plan stratégique annoncé parallèlement à celui de sa maison mère, Natixis affiche l’objectif d’une croissance annuelle de 10% de ses revenus dans l’assurance sur la période 2014-2017. «Cet objectif apparaît globalement atteignable. BPCE Assurances connaît déjà un taux de croissance annuel de 10%, et ABP IARD, qui gère l’activité dommages des Banques Populaires, de 8 %. Toutefois, les activités d’épargne et de l’assurance des emprunteurs devraient peser sur cet objectif, leurs marchés respectifs connaissant un faible développement; il faudra donc développer fortement la prévoyance », estime Cyrille Chartier-Kastler. Pour parvenir à cet objectif, BPCE mise sur son arrivée tardive dans l’assurance, lui conférant un «potentiel de développement plus important» que ses concurrents, selon François Pérol. Le groupe entend équiper au sein de ses réseaux un client sur trois d’ici à fin 2017 dans les activités dommages, santé et prévoyance, contre un taux estimé de 22% à fin 2013. Les synergies de revenus anticipées dans l’assurance entre Natixis et les réseaux se chiffrent à 322 millions d’euros, soit 37% des 870 millions d’euros anticipés.

Outre l’assurance, les interactions sont essentiellement attendues dans les services financiers spécialisés (47% des synergies prévues), «pour atteindre un niveau de parts de marché en France similaire à celui des réseaux», et dans la gestion d’actifs, où des initiatives ciblées sur le segment des particuliers vont être lancées. Une collecte globale de 75 milliards d’euros, hors effet de périmètre, est visée à horizon 2017, dont 22 milliards d’euros en Europe. «[Cela] correspond à un taux de collecte annuel de l’ordre de 3% qui paraît réaliste. La croissance des revenus sur un rythme de 7% à 8% par an suppose donc un effet marché favorable et une amélioration des marges grâce au développement de produits mieux margés», jugent les analystes d’Oddo Securities. La hausse globale de la part des fonds propres alloués à la gestion de l’épargne, de 25% à 37% sur la période, sera financée par la sortie définitive de Natixis de sa structure de défaisance courant 2014 et par l’introduction en Bourse de l’assureur-crédit Coface d’ici à juin 2014, sous réserve de bonnes conditions de marché.

Le Crédit Foncier, filiale de BPCE dédiée au crédit immobilier, apportera également son écot à une intégration renforcée au sein du groupe. Sa filiale de refinancement, la Société de Crédit Foncier (SCF), sera utilisée par l’ensemble des entreprises de BPCE pour le financement de leurs crédits long terme (financements exports pour Natixis, crédits à l’habitat de longue durée et crédits aux collectivités locales pour les réseaux). «5 milliards d’euros [contre 1,3 milliard refinancé en 2013, NDLR], et probablement davantage, seront dès l’an prochain mis à disposition des Banques Populaires, des Caisses d’Epargne et de Natixis» et 2,5 milliards d’euros au-delà, annonce François Pérol. A terme, «en 2025, environ 45% des encours de la SCF seront représentés par des actifs émis par d’autres organismes du groupe, anticipe-t-il. Nous cédons des actifs internationaux et libérons de la place dans notre bilan pour les actifs du groupe». «Cette accélération des cessions pèsera sur le compte de résultat du groupe et se traduira par une perte, pleinement assumée, pour le Crédit Foncier en 2013 », ajoute Bruno Deletré, directeur général de la filiale spécialisée.

Concentration en vue dans les régions

BPCE se fixe parallèlement de grandes ambitions dans la gestion privée au sein des réseaux, avec un objectif de croissance des encours de 6% par an. Le nombre de clients est appelé à s’accroître de 175.000 d’ici  àfin 2017 dans cette activité ainsi que dans la gestion de fortune, où BPCE s’appuiera sur Banque Privée 1818. Dans la banque de détail, où le groupe souhaite gagner un million de clients additionnels de plus de 25 ans (sur une base de 36 millions de clients à fin septembre) en tant que banque principale, une concentration pourrait intervenir. «La plupart de nos banques régionales ont la taille critique et c’est une responsabilité qui revient à chacune d’entre elles», déclare François Pérol. Toutefois, «j’ai la conviction qu’il y aura des rapprochements, entre Banques Populaires d’une part [au nombre de 19 aujourd’hui, NDLR], entre Caisses d’Epargne d’autre part (au nombre de 17)», livre le président. Aucune fusion n’est intégrée dans le plan stratégique, de même qu’aucune fermeture d’agences n’est prévue au sein du réseau physique composé de 8.000 guichets.

Relance: Une croissance annuelle des revenus de 10% dans l’assurance jugée atteignable

Gouttière: Un ratio de solvabilité common equity tier one supérieur à 12% visé en 2017, contre 9,9% à fin septembre 2013

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