BNPP Personal Finance contraint de se recentrer

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

BNP Paribas Personal Finance se désengage du crédit immobilier et mise sur l'automobile et l’international.

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Le crédit immobilier tel qu’il était commercialisé par Cetelem, la marque de BNP Paribas Personal Finance (PF), n’était plus rentable. Cette activité est en voie d'extinction en France. Jusque-là, le prêteur spécialisé distribuait ses produits via un réseau d’agents mandataires exclusifs alimenté par des agences immobilières. Ce système, qui déclenchait le paiement de deux commissions, entraînait des coûts de distribution trop élevés, selon Thierry Laborde, le président-directeur général de BNP Paribas Personal Finance. Ceci alors que le législateur est venu encadrer la profession d’intermédiaire en opérations de banque et en services de paiements, redistribuant ainsi les cartes dans le secteur. Le modèle s’est essoufflé, subissant la concurrence des réseaux de courtiers en immobilier, qui, de leur côté, proposent au client final les produits de plusieurs établissements de crédit. De surcroît, le prêt immobilier nécessite des ressources longues.

Après avoir arrêté toute production de nouveaux crédits à l’international depuis 2011, BNP Paribas Personal Finance ferme maintenant ses 13 dernières agences en France. Son dernier plan de sauvegarde pour l’emploi (PSE) s’est achevé le 28 février. Il prévoit la suppression, en net, de 99 postes – l’entreprise compte 16.000 collaborateurs. La filiale de BNP Paribas ne conserve qu’une plate-forme de 250 personnes à Nantes en charge de monter certains dossiers présentant des problématiques complexes que la banque de détail ne traite pas. La fin d’une histoire ou presque, étant donné l’encours de 36 milliards d’euros qu’il lui reste à porter (lire tableau). La page n’est donc pas définitivement tournée, d’autant plus que BNP Paribas PF vient d’être assignée en justice par 400 emprunteurs dans le cadre de la commercialisation en 2008 et 2009 de prêts en francs suisses remboursables en euros.

Arbitrages imposés

 

BNP Paribas Personal Finance n’est évidemment pas le seul prêteur spécialisé à réduire la voilure ces dernières années. D’après l’Association française des sociétés financières (ASF), le sort de la plupart de ces acteurs est suspendu aux dispositions prises par leurs maisons mères, contraintes à faire des choix pour répondre aux exigences de fonds propres et de liquidité qui leur incombent (lire l’entretien). « Nous avons fait un arbitrage sur l’immobilier mais nous n’avons pas du tout pénalisé le crédit à la consommation », explique Thierry Laborde.

BNP Paribas PF s’est donc recentré sur son cœur de métier bien que « les élus français ne considèrent pas le crédit à la consommation comme un moteur de croissance », regrette-t-il. D’ailleurs, la France ne constitue plus, comme par le passé, son principal axe de développement. BNP Paribas Personal Finance y capitalise sur son portefeuille de clients existants en s’adaptant au fur et à mesure à la donne économique et aux dispositions réglementaires et législatives. Ainsi, l’établissement a totalement revu son offre de crédits renouvelables. Si la production globale sur ce segment de produit est en totale chute libre depuis 2008, d’après les statistiques de l’ASF, BNP Paribas Personal Finance a toutefois signé un accord avec Cora et Leclerc pour reprendre la gestion en marque blanche des cartes privatives des deux enseignes de distribution.

Elle propose également depuis deux ans une gamme de produits d’épargne qu’elle va bientôt compléter de nouveaux services alliant épargne et crédit et dont le lancement est prévu pour le mois de mai. Cette nouvelle offre a vocation à être diffusée, à terme, aux autres pays où l’établissement collecte déjà des dépôts, en Allemagne, en Italie et en Bulgarie.

Plein feux sur le crédit auto

 

C’est d’ailleurs vers l’international que Thierry Laborde regarde désormais pour assurer la croissance de son entreprise. Le dirigeant fonde beaucoup d’espoirs sur le crédit automobile. Un marché sur lequel il entend renforcer la présence de BNP Paribas PF en continuant de développer ce type de crédits dans ses filiales comme Findomestic en Italie ou Alpha Crédit en Belgique tout en instaurant des relations avec des banques locales. Mais elle souhaite surtout nouer des partenariats avec des constructeurs et leurs réseaux pour une commercialisation sur le lieu de vente. Pour industrialiser sa démarche sur ce dernier segment, l’établissement de crédit a ainsi prévu d’investir 75 millions d’euros sur trois ans dans les neufs pays suivants : la France, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, la Turquie, le Mexique et la Pologne. Deux autres marchés – dont les résultats ne seront pas consolidés mais mis en équivalence – entrent dans le projet. Il s’agit de la Chine et de la Russie. Récemment, Cetelem Bank, une co-entreprise détenue à 74 % par Sberbank et à 26 % par BNP Paribas Personal Finance, a récupéré l’activité de financement automobile sur le lieu de vente de la banque russe. Un partenariat dont Thierry Laborde se félicite malgré les événements récents intervenus en Ukraine qui risquent de pénaliser la croissance en Russie.

Les lignes stratégiques ainsi arrêtées, il reste au dirigeant à régler le dossier Laser Cofinoga. Détenu à parité par BNP Paribas Personal Finance et Les Galeries Lafayette, le spécialiste du crédit à la consommation fait l’objet d’un désaccord entre les deux actionnaires sur sa valorisation. Les négociations durent depuis septembre 2012 dans un climat de plus en plus tendu.

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